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La lettre de démission de Michel Arsenault (genre)

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Voici en exclusivité la première lettre de démission de l’ex-président de la FTQ, Michel Arsenault, celle qu’il a écrite avant de la remettre aux bonnes grâces de la déchiqueteuse et de rédiger l’officielle.

Homme intègre et loyal, on n’en doute guère, il est aussi un type «fierpète» qui n’aime pas roter du vieux sur. C’est cette seconde partie de sa personnalité qui a gagné. La lettre originelle (ou, du moins, comme on aurait aimé l’imaginer) se lit comme suit :

Je vous annonce que je ne me représenterai pas à la présidence de la FTQ. J’aurais poursuivi mon aventure encore quelques années, mais les circonstances font en sorte que je dois me sacrifier pour le bien du mouvement.

Le moment est venu de laisser place à un capitaine plus jeune, nourri d’idées neuves et d’expériences différentes de celles de ma génération.


Si je lève l’ancre de ce port d’attache qu’est pour moi la FTQ, c’est donc pour lui donner les coudées franches et la liberté nécessaire à son rétablissement moral. De ce fait, je tiens à préciser que je n’ai aucun dauphin et que je n’appuierai aucun candidat à ma succession. Aux membres et à leurs délégués de choisir un nouveau président qui aura l’autorité et la crédibilité pour remettre cette grande organisation, à la fois phare du syndicalisme canadien et plus importante centrale au Québec, dans le droit chemin. Quand la FTQ attrape la gonorrhée, c’est tout le mouvement qui se gratte.

Il y a longtemps que je navigue dans le mouvement. Le moment est venu de laisser place à un capitaine plus jeune, nourri d’idées neuves et d’expériences différentes de celles de ma génération, qui ont fait leur temps.

Tout au long de ma présidence, j’ai agi avec diligence. Mais pas autant qu’il l’aurait fallu, dois-je le reconnaître aujourd’hui. Je n’ai pas eu le courage de m’attaquer avec célérité à la gangrène du crime organisé, présente à la FTQ-Construction, qu’ont laissée entrer des dirigeants comme Lavallée, Dupuis et Goyette, redevables qu’ils étaient – je le savais – à des gens peu présentables à sa mère. Par peur de perdre des membres. L’autonomie dont jouissent les syndicats au sein des centrales leur accorde la liberté de quitter la FTQ pour se joindre à une autre centrale. Si j’avais eu le courage, j’aurais pris ce risque et fait le ménage.

La FTQ aurait pu sortir affaiblie de l’opération, mais c’est l’institution qu’est le syndicalisme qui en serait sortie plus forte.

Mais que voulez-vous, dans le monde syndical, on a l’habitude de régler ces choses-là entre hommes, entre deux whiskys et derrière des portes closes. C’est pas toujours élégant, ça sent le vestiaire d’aréna, mais ça donne des résultats. Les dénonciateurs qui courent après les caméras de télévision, on ptiche ça en dessous de l’autobus.

J’ai manqué à mon devoir de changer cette culture de Rambo. Par mes omissions et mon camouflage, j’ai donné de l’élan aux adversaires des droits des travailleurs. Je pense notamment au gouvernement Harper et ses nombreuses lois et politiques populistes.

Il n’y a pas que la suppression du crédit d’impôt pour les fonds de travailleurs. L’obligation aux syndicats d’en dévoiler plus sur leur administration que les sociétés cotées en bourse est d’une iniquité sans nom. L’abolition du droit de grève pour de nombreux travailleurs de la fonction publique fédérale l’est tout autant.

La réforme de l’assurance-emploi, la politique sur les travailleurs étrangers et les projets de loi visant à restreindre la portée de la formule Rand concourent tous à affaiblir le rapport de force des travailleurs.

Vous croyez les syndicats obsolètes à l’heure des pénuries de main-d’œuvre et du soi-disant gros bout du bâton qu’auraient les salariés d’aujourd’hui? Dois-je vous faire remarquer qu’il a fallu la syndicalisation de certains de ses dépanneurs pour que Couche-Tard reconnaisse son devoir moral de s’occuper de ses employés victimes de hold-up? De barrer les portes, la nuit? De ne pas demander à des filles enceintes de lever des caisses de lait?

Quand un investissement de 275 millions de dollars dans une entreprise se traduit par la création de seulement 90 jobs pour des humains, le reste dédié aux robots, on voit bien que le gros bout du bâton aux travailleurs annoncé est une chimère.

Au sujet de la commission Charbonneau, même si je me sais coupable de rien, et si le procédé m’afflige, je conçois que les escouades policières affectées à la lutte au crime organisé aient obtenu l’autorisation d’une cour pour m’écouter électroniquement.

À mon corps défendant, il y avait des empreintes de membres haut placés du crime organisé dans de nombreux recoins de mon organisation. Leur présence, si près de la tête du Fonds de solidarité, n’a rien à voir avec, par exemple, leurs comptes dans les grandes banques. C’est beaucoup plus grave.

Je reconnais que certaines de mes amitiés avec d’importants entrepreneurs maintenant traduits devant les tribunaux ont pu porter ombrage à ma loyauté envers les travailleurs. Je comprends le principe d’apparence de conflits d’intérêts. Il m’aurait été plus sage de naviguer sur des eaux plus neutres.

En terminant, je demande pardon à tous les membres de la FTQ et à l’ensemble des travailleurs.

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