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Décrochage scolaire : du calme!

La rédaction de cet éditorial a été motivée par 3 données : 70%, 49% et 30%. Leur addition donne un extraordinaire 149%, ce que peu de joueurs du Canadien ont alloué comme effort cette saison… même en soustrayant Scott Gomez de l’équation.

Surtout, cela nous fournirait la mesure de l’avenir de misère qui s’annonce. Ainsi, le premier chiffre – 70% – correspond à la proportion des emplois qui exigeront soit un cégep, soit un diplôme universitaire d’ici à 2019. C’est une bonne nouvelle, qui traduit le virage d’un Québec ancien fait d’«huile de bras» incapable de rivaliser avec les masses exploitées de l’Asie, vers un nouveau, tout en savoir, en connaissances et en prospérité.

Ça se gâte avec le 49%, référant à une statistique de la Fondation pour l’alphabétisation, selon laquelle 1 Québécois sur 2 ne peut lire ce texte en y comprenant quelque chose. Difficile de conjuguer savoir et connaissances avec un niveau d’alphabétisation aussi faible.

Enfin, le 30 % serait le taux de décro-chage scolaire, comme le veut la rumeur publique largement répandue dans les médias. Bref, si vous faites partie des 51 % de Québécois capables de comprendre cet éditorial, vous aurez saisi qu’on est mal barré.

Je m’apprêtais à me lancer dans le même wagon qu’un grand nombre de commentateurs afin de dénoncer ce système scolaire disjoncté et à exiger une table rase au plus sacrant. Après tout, c’est ce diagnostic qui justifie la spectaculaire réforme de structure du réseau scolaire proposée par François Legault.

Or, à la suite d’une recherche, force est d’admettre qu’on s’apprête à administrer une puissante chimiothérapie à un patient pétant de santé (un état qui tient du miracle, compte tenu de toutes les expériences médico-bureaucratiques qu’on lui a fait subir depuis 30 ans). C’est que le Québec, royaume du décrochage et de l’école «pourrite», est un modèle.

Par exemple, à 49% d’alphabétisme de bas niveau, c’est mieux qu’aux États-Unis, un peu moins bon que dans le reste du Canada (48%, quand même) et à peu près kif-kif avec le reste de l’Occident. C’est ce qu’on apprend en analysant les résultats de l’Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes de l’Organisation de Coopération et de Développement Éconimiques (OCDE). La dernière livraison en 2003 (la prochaine aura lieu en 2013) nous apprend que le score moyen des Québécois en capacité de lecture était de 266 contre 272 pour le reste du Canada. Aux États-Unis, c’est 260. À l’enquête précédente, 10 ans plus tôt, l’écart entre le Québec et le Canada était de 15 points. Il y a donc eu une formidable progression, grâce, entre autres, aux jeunes, dont la cohorte québécoise de 16-25 ans affichait un score de 3 points supérieur à celui des Canadiens du même âge. Les jeunes Québécois lisent donc mieux que leurs aînés, que les autres Canadiens et que bien d’autres Occidentaux.

S’ils savent mieux lire, pourquoi décrochent-ils tant de l’école? En fait, le tableau est moins sombre que l’on croit.Selon les plus récents Indicateurs de l’éducation au Canada de Statistique Canada, publiés en septembre dernier, 90% des Québécois âgés de 25 à 34 ans détenaient au moins un diplôme de cinquième secondaire en 2009 contre 92% au Canada et 80% dans l’ensemble des pays les plus développés du monde.

Surprenant, non? Encore plus lorsqu’on regarde le chemin parcouru : en 1990, la moitié des Québécois avait juste une cinquième secondaire ou rien du tout. En 2009, c’était 20%! Les chances qu’un jeune obtienne aujourd’hui son diplôme d’études secondaires sont plus élevées au Québec que partout ailleurs au Canada, selon l’indicateur du taux de diplomation (une mesure différente du pourcentage de détenteurs de diplôme). Le seul problème, c’est que les Québécois sont plus nombreux à quitter les études avant leur fin. Par contre, les décrocheurs québécois raccrochent plus que les autres, d’où la confusion à propos du décrochage scolaire. Environ 1 diplômé sur 10 a obtenu ses lettres de créance scolaires après un détour à l’école de la rue. Cela dit, il ne s’agit pas d’une particularité québécoise. Les scores de raccrochage scolaire sont plus élevés ou égaux au Danemark, en Norvège et en Finlande, des modèles scolaires fréquemment cités.

Quant à savoir s’ils pourront combler les emplois du futur, on est sur la bonne route : 55% des Québécois de 25-35 ans détiennent un diplôme collégial ou universitaire, alors que la moyenne dans le monde industrialisé est de 38% et de 56% au Canada. Il y a 20 ans, c’était seulement 35%.

Bien que l’école québécoise mérite toute notre attention, et que l’on espère d’elle une amélioration continue, on doit admettre qu’elle n’est pas loin de fournir son 149% d’effort. Sur ce, bonne année.

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