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[Formation | Emploi]
L'emploi en enseignement
Nouvelles classes
par Natalie Valade
Le monde de l'éducation est en transformation. D'une part, il y a les réformes de l'enseignement : celle du primaire, qui est déjà en application, et celle du secondaire, qui sera officiellement implantée dès septembre 2004. D'autre part, au niveau postsecondaire, le rôle et la fonction des collèges, en particulier des cégeps, sont régulièrement remis en question. Le monde universitaire n'échappe pas à cette nouvelle donne, puisqu'il fait face à la nécessité à court terme de renouveler son personnel enseignant.
Tous ces bouleversements ont des impacts sur les professions dans le domaine de l'enseignement. Les professeurs autant que les gestionnaires de tous les niveaux de scolarité auront plusieurs grands défis à relever au cours des prochaines années.
Une fois de plus, l'école vit de grands bouleversements. Mais finies les folies expérimentales des années 1970 et 1980, la dernière réforme en date du réseau de l'éducation amorcée il y a deux ans vise à revenir à l'essentiel : apprendre à lire, à écrire et à compter aux jeunes Québécois. Un plus grand nombre d'heures d'enseignement seront d'ailleurs consacrées aux matières de base, comme les mathématiques et le français.
Cependant, les cours d'écoles ne sont plus ce qu'elles étaient il y a 40 ans. L'augmentation des élèves en difficulté d'apprentissage, la diversité ethnique et culturelle grandissante et la prolifération des nouvelles technologies forcent le système scolaire à prendre de nouvelles habitudes.
«La mission de l'école est d'instruire, mais aussi de permettre à l'élève de se qualifier tout en réussissant sur le plan social», affirme Jean-Pierre Proulx, président du Conseil supérieur de l'éducation, l'organisme qui conseille le gouvernement pour ses politiques en éducation. Il souligne au passage l'importance de tenir compte de ces nouvelles réalités pour s'assurer de la réussite de la réforme scolaire.
Pour ce faire, le ministère de l'Éducation (MEQ) a décidé de modifier les cycles scolaires au primaire (il y a maintenant trois cycles de deux ans, au bout desquels un «bilan des apprentissages» est remis à l'élève). Il a aussi regroupé les programmes d'études en grands domaines d'apprentissage pour introduire les fameuses compétences transversales, selon lesquelles on peut apprendre à lire, à écrire et à compter dans toutes les matières. L'évaluation des élèves se fera désormais par lettres (A, B ou C) plutôt que par notes - au grand désarroi de certains parents. De plus, le MEQ entend favoriser un meilleur encadrement des élèves en ajoutant du personnel non enseignant, comme des psycho-éducateurs.
Grands bouleversements
La réforme au primaire entreprise il y a deux ans suit son cours, mais celle au secondaire prend du retard. Alors qu'elle devait être pleinement en fonction en septembre dernier, elle n'entrera finalement en vigueur qu'en septembre prochain, et de manière progressive seulement, a décidé le nouveau ministre de l'Éducation, Pierre Reid.
Au départ, ce seront les élèves et les enseignants du premier cycle (de la première à la troisième année du secondaire) qui expérimenteront le nouveau programme scolaire. Le deuxième cycle commencera l'année suivante.
Les bouleversements occasionnés par la réforme sont énormes; les défis qu'elle représente, tout autant. Il faut remplacer l'ensemble du matériel pédagogique, et les enseignants doivent s'y habituer. Il faut aussi apprendre aux maîtres à travailler ensemble, en montant des projets pédagogiques communs plus fréquemment.
Pour Pascale Lemoyne, enseignante de cinquième année depuis trois ans à l'école primaire Charles-Lemoyne à Longueuil, les parents peuvent compter sur son engagement pour assurer une réforme en douceur pour les tout-petits. «L'implantation de la réforme va prendre beaucoup de temps, mais l'engagement personnel et la détermination des enseignants en permettront la réussite.»
Elle-même avoue avoir douté de l'utilité de la réforme. Sa lourdeur administrative la rebutait. «Mais peu à peu, j'y souscris, au fur et à mesure que j'enseigne selon cette nouvelle manière.»
Briser les habitudes
Concrètement, les réformes amènent un changement fondamental dans l'approche scolaire : le travail en équipe. Une tâche colossale. «Traditionnellement, le professeur se croit seul maître à bord de sa classe, une fois les portes fermées», explique Christiane Goyer, professeure-chercheuse en éducation à l'Université du Québec à Montréal.
Selon la réforme en cours, l'enseignement se fera par projets communs qui impliquent différents domaines d'apprentissage. Au primaire, par exemple, la réforme se traduit par davantage d'activités de groupe, comme des «expo-sciences», ou l'organisation d'événements, comme des pièces de théâtre. Ce sont des projets où les professeurs de différents niveaux et de différentes disciplines doivent coordonner leurs efforts : ces activités doivent permettre aux élèves d'assimiler en même temps des notions de base de plusieurs matières.
«Les jeunes professeurs, qui sont formés en fonction des réformes, se heurtent souvent à l'intransigeance des plus vieux quand vient le temps d'initier des projets, affirme Christiane Goyer. Ils se sentent ainsi isolés et éprouvent de la difficulté à dialoguer ouvertement avec leurs collègues.»
C'est une difficulté réelle que l'on peut observer sur le terrain. «Il faut jouer de diplomatie pour faire sa place, raconte Mélanie, qui fait de la suppléance depuis deux ans dans une école primaire de Sherbrooke. C'est normal : quand tu commences un nouvel emploi, tu essaies de ne pas faire de vagues.»
Or, dans un contexte de départ massif de la main-d'oeuvre enseignante et des cadres scolaires vers la retraite, la responsabilité de l'implantation de ces réformes revient de facto aux plus jeunes et surtout à la relève. Une relève qui a toutefois tendance à décrocher...
L'intégration des nouveaux professeurs
Depuis toujours, les conditions d'arrivée dans la profession des nouveaux enseignants n'ont jamais été faciles.
Ils doivent d'abord passer par la suppléance dans plusieurs écoles à la fois, et souvent avec plusieurs matières à enseigner, pour ensuite intégrer un milieu où ils finiront par être embauchés sur une base permanente. Un jeune professeur prendra de deux à cinq ans avant d'obtenir un poste permanent. D'ici là, il a tout un défi à relever.
Une des solutions envisagées par le MEQ pour prévenir le décrochage des jeunes profs est de mettre l'accent sur le mentorat.
«Les tâches les plus compliquées sont souvent attribuées aux débutants, contrairement à ce qui se passe dans les autres professions», déplore Christiane Goyer.
Un jeune professeur peut se retrouver avec une classe d'élèves en difficulté d'apprentissage, par exemple. Cette situation où les syndiqués les plus anciens conservent pour eux les plus belles tâches a ses conséquences : un nouvel enseignant sur cinq abandonne la profession au cours des cinq premières années de pratique, selon des statistiques issues de la banque de données du ministère de l'Éducation, PERCOS, qui analyse les fluctuations du personnel des commissions scolaires. L'abandon est plus élevé chez les nouveaux professeurs du secondaire.
«Il y a beaucoup de progrès à faire pour assurer une intégration harmonieuse des nouveaux professeurs. Les difficultés auxquelles ils font face sont pourtant connues», reconnaît Jean-Pierre Proulx.
Pour Jean-Pierre Charland, professeur en éducation à l'Université de Montréal et responsable de la révision des programmes de la faculté, la formation générale des futurs maîtres ne permet pas toujours aux diplômés en éducation de s'intégrer sereinement à la profession. Pour pallier les carences, l'Université de Montréal a mis sur pied un nouveau programme de formation continue de 15 crédits pour les jeunes enseignants qui éprouvent des problèmes d'insertion professionnelle. Entre autres, on leur apprend à faire face aux élèves en difficulté d'apprentissage, aux classes d'accueil, etc.
«Les jeunes professeurs, qui sont formés en fonction des réformes, se heurtent souvent à l'intransigeance des plus vieux quand vient le temps d'initier des projets.»
- Christiane Goyer, professeure-chercheuse en éducation à l'Université du Québec à Montréal
D'ailleurs, un important colloque sur la question, organisé par le MEQ, aura lieu les 20 et 21 mai à Laval. Une des solutions envisagées par le ministère pour prévenir le décrochage des jeunes profs est de mettre l'accent sur le mentorat. On veut appeler les enseignants et cadres scolaires à la retraite à jouer un rôle important dans l'avenir. Le gouvernement compte sur eux notamment pour créer des programmes d'aide aux devoirs et d'accompagnement des nouveaux professeurs.
«Je suis prêt à relever ce défi, mais je crois que ce ne sont pas tous les professeurs retraités qui vont avoir l'énergie pour s'impliquer de la sorte», dit Jacques Morin, de l'École Eulalie-Durocher à Montréal, qui enseigne au secondaire depuis 25 ans. «La réforme est essentielle, mais sans ressources financières supplémentaires de la part du gouvernement, comment allons-nous l'appliquer correctement et de façon efficace?» se demande ce professeur qui gère un laboratoire informatique dans son école, mis sur pied par lui-même, faute de personnel qualifié pour le faire.
Formation des maîtres
Les gestionnaires des facultés d'éducation travaillent depuis déjà deux ans à préparer la relève enseignante aux défis de la nouvelle réforme. Les futurs maîtres y sont sensibilisés, et formés en conséquence, depuis février dernier.
Seront-ils assez nombreux pour permettre une réforme harmonieuse? Le MEQ estime que les effectifs scolaires seront en situation critique jusqu'en 2008 à cause des départs massifs à la retraite. Près de la moitié du personnel enseignant a plus de 50 ans.
Plusieurs intervenants, notamment la Fédération des établissements d'éducation privés (FEEP), remettent en question le monopole des facultés d'éducation sur la formation des maîtres. C'est que, depuis 1994, la formation des maîtres a été remaniée de façon à rendre obligatoire, pour avoir un brevet d'enseignement, l'obtention d'un baccalauréat de quatre ans, comprenant 700 heures de stages, dans une faculté d'éducation.
La FEEP voudrait que le ministère permette, comme c'était le cas avant 1994, de remettre des brevets d'enseignement aux étudiants qui ont un baccalauréat dans une discipline spécifique, comme la biologie ou la littérature, et qui ont fait une année supplémentaire en pédagogie, et non seulement aux diplômés des facultés d'éducation. Cela permettrait d'élargir le bassin des candidats à l'enseignement.
Selon Jean-Pierre Charland, la FEEP veut «réinventer la roue». «Les changements apportés en 1994 à la formation des maîtres permettent de former des enseignants globalement prêts à entrer sur le marché du travail. Les compétences des sortants n'ont jamais été aussi bonnes!»
Principales formations
Collégiales
- Techniques d'éducation à l'enfance
- Techniques d'éducation spécialisée
Universitaires
- Andragogie (certificat)
- Développement de carrière (Information et orientation professionnelles)
- Éducation au préscolaire et enseignement au primaire
- Enseignement d'une langue seconde
- Enseignement de l'éducation physique
- Enseignement secondaire et collégial
- Orthopédagogie (Enseignement en adaptation scolaire)
Jusqu'à nouvel ordre
C'est clair : les enseignants ne veulent pas être régis par un ordre professionnel, comme c'est le cas pour les avocats ou les ingénieurs entre autres. Pas moins de 95 % des 55 000 répondants à un sondage mené au cours de l'hiver par les principaux syndicats de l'enseignement se sont prononcés contre la création d'un ordre.
Malgré ce refus catégorique, le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, compte toujours mettre sur pied d'ici à la fin de l'année une commission parlementaire pour examiner la pertinence d'instaurer un ordre des professionnels de l'enseignement, comme il en existe déjà en Ontario et en Colombie-Britannique.
La protection du public est souvent invoquée pour défendre l'idée d'un ordre professionnel. Pourtant, la profession enseignante est déjà fortement réglementée, affirment les syndicats et ceux qui s'opposent à l'idée. Il est vrai que la Loi sur l'instruction publique encadre déjà la profession de façon assez stricte en précisant les obligations du personnel enseignant comme le ferait n'importe quel code déontologique. De plus, les commissions scolaires ont aussi leur part d'encadrement en traitant les plaintes du public et en étant responsables de l'évaluation professionnelle de leurs employés. Créer un ordre, disent les syndicats de l'enseignement, c'est troquer une bureaucratie contre une autre.
Par contre, le Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec (CPIQ), un organisme privé qui regroupe 30 associations d'enseignants, affirme qu'une corporation professionnelle favorisera la compétence et la crédibilité des professionnels de l'enseignement. Le CPIQ pense que plusieurs responsabilités du ministère de l'Éducation devraient être transférées à un ordre professionnel, notamment la délivrance des brevets et permis d'enseignement, l'agrément des programmes universitaires, les règles d'admission aux facultés d'éducation, les politiques de formation continue et le traitement des plaintes.
En février 2003, l'Office des professions du Québec a statué qu'il ne voyait pas la nécessité de créer un ordre professionnel des enseignants, principalement parce que le système en place est déjà efficace. Mais l'Office a laissé la porte entrouverte en déclarant que «des mécanismes du système professionnel pourraient enrichir à certains égards l'encadrement déjà en place».
Prévisions d'embauche
Relever la garde
par Natalie Valade
Le Québec fait moins d'enfants. Mais les prévisions d'embauche en enseignement ne diminuent pas pour l'instant. Retraites et augmentation de la fréquentation au postsecondaire créeront plusieurs occasions pour les futurs enseignants.
Durant les années 1980 et 1990, le marché de l'emploi dans le monde de l'éducation était saturé. Mais depuis la fin de la décennie 1990, le renouvellement du personnel s'est accentué à un rythme accéléré à cause des départs à la retraite de plus en plus nombreux.
Aux niveaux primaire et secondaire, les prévisions de recrutement annuel de personnel enseignant sont étroitement liées à la variation du nombre d'élèves. Or, les prévisions démographiques montrant une baisse dans la cohorte étudiante à moyen terme, la pénurie de personnel enseignant pourrait se résorber d'ici à deux ou trois ans. Le nombre total d'élèves va même diminuer de plus de 15 % d'ici à 2015. Il faudra 5 000 titulaires de niveau primaire de moins en 2015.
Mais d'ici là, la demande sera forte au secondaire. Selon les prévisions du ministère de l'Éducation, jusqu'en 2008, les besoins seront importants dans le secteur public comme dans le secteur privé, principalement en enseignement des langues (français et anglais), des mathématiques, des sciences et dans les domaines d'enseignement spécialisé comme l'informatique. Les étudiants qui ont choisi une formation en adaptation scolaire seront aussi gagnants. Cette formation offre une polyvalence quant à leur «employabilité», car ils peuvent travailler au primaire, au secondaire et même en éducation des adultes, un secteur en forte croissance.
Disette universitaire
Au contraire des niveaux primaire et secondaire, le secteur postsecondaire commence à connaître une augmentation marquée de sa population étudiante, ce qui a un impact sur la demande de professeurs.
Au collégial, les cégeps offriront beaucoup de possibilités d'emploi. Cinquante pour cent de l'effectif, tous emplois confondus, devra être renouvelé d'ici à 10 ans, indique la Fédération des cégeps. Dans le cas spécifique du personnel enseignant, il y a actuellement 21 000 professeurs dans les cégeps, avec une moyenne d'âge de 50 ans. «La majorité de nos enseignants a été engagée en 1970 lors de la création des cégeps», rappelle Caroline Tessier, directrice des communications de la Fédération des cégeps.
D'ici à 2012, les universités devront engager 1 000 professeurs par année pour remplacer ceux qui partent et pour répondre à la croissance de la population étudiante.
Par ailleurs, avec la valorisation du secteur technique, les professionnels qui ont une longue expérience en entreprise sont demandés.
Les universités sont quant à elles déjà en situation de pénurie aiguë de personnel enseignant, selon une étude de la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ). Juste pour restaurer le ratio étudiants-professeur qui prévalait en 1994 et 1995, il devrait y avoir 1 340 professeurs de plus dans les universités québécoises qu'il y en a actuellement.
Et d'ici à 2012, il faudra engager 1 000 professeurs par année pour remplacer ceux qui partent et pour répondre à la croissance de la population étudiante.
Les universités sont à la recherche de personnes ayant terminé des études postdoctorales. «Les candidats ayant ce profil sont extrêmement mobiles et sont recherchés aussi bien par les grandes universités à travers le monde que par le secteur privé, avance Robert Lacroix, président de la CREPUQ et recteur de l'Université de Montréal. Dans ce marché hautement concurrentiel et à cause de la situation de sous-financement dans laquelle se trouvent les universités québécoises, la recherche de candidats est difficile.»
À l'Université de Montréal, on a décidé d'innover pour faciliter le recrutement. «Nous sommes en train de définir un nouveau statut de professeur avec une composante pratique extrêmement importante, qui devrait ouvrir la porte aux personnes ayant un diplôme de maîtrise et une solide expérience de travail reconnue dans leur milieu», explique Gisèle Painchaud, vice-rectrice aux ressources humaines. Ainsi, les exigences scolaires pour enseigner à l'Université de Montréal sont abaissées et compensées par une solide connaissance pratique d'un secteur en particulier. «Il reste cependant à voir comment on va pouvoir appliquer ce statut selon les conventions collectives.»

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