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[Survol
de l'industrie
des services automobiles]
La
pédale au fond
par
Sylvie L. Rivard
Ça roule dans le secteur des services automobiles : ventes records,
percées technologiques, amélioration des conditions de travail. Toutefois,
le personnel qualifié ne court pas les rues. Avec le vieillissement de
ses travailleurs, l'industrie doit faire le plein de sang neuf.
Vous croyez que les métiers de l'automobile sont synonymes de cambouis
et de gros muscles? Erreur : l'industrie des services automobiles,
qui regroupe la vente, la réparation, l'entretien des véhicules et la
vente de pièces et d'accessoires, s'est refait une beauté. «La mécanique,
ce n'est plus ce que c'était, dit Raymond Julien, directeur général de
la Corporation des concessionnaires d'automobiles de la Mauricie. Les
travailleurs n'ont plus nécessairement les mains graisseuses. On peut
manger à terre chez certains concessionnaires!»
Pas étonnant qu'on cherche désormais des travailleurs aux compétences
qui font autant appel au cerveau qu'aux bras. «On ne procède plus
par essai-erreur, explique Carolle Larose, directrice générale du Comité
sectoriel de main-d'ouvre (CSMO) des services automobiles. Le travail
de mécanicien, par exemple, ce n'est pas seulement enlever des pièces
et les remplacer; c'est aussi analyser à fond un problème pour poser le
bon diagnostic.»
«De nos jours, donner un bon service à la clientèle est aussi important
que de faire une bonne réparation, ajoute Michael Paul, directeur général
de l'Association des industries de l'automobile du Canada, division du
Québec. On doit expliquer aux jeunes que la réalité est bien différente
dans l'industrie aujourd'hui.»
Précieux outil : le diplôme
L'industrie des services automobiles roule à fond la caisse. Depuis 1995,
les ventes de véhicules neufs sont en hausse constante au Québec. En 2002,
près de 450 000 automobiles et camions légers neufs se sont vendus
au Québec, une augmentation de 9 % par rapport à 2001.
Mais si cette industrie bat des records de ventes, elle implore le ciel
pour dégoter des travailleurs qualifiés et diplômés. Les pénuries se font
sentir chez les mécaniciens, débosseleurs, réparateurs de carrosseries.
L'industrie a aussi besoin de conseillers techniques, de vendeurs et de
commis en tout genre. Parmi le personnel de soutien, on cherche notamment
des comptables, des secrétaires et des réceptionnistes. Et avec le vieillissement
des travailleurs, la situation est préoccupante.
C'est le bagage des connaissances acquises sur les bancs de l'école qui
fait la valeur des travailleurs de cette industrie, expliquent les intervenants.
L'apparition de l'électronique dans les véhicules automobiles ainsi que
d'accessoires comme les démarreurs à distance ou les systèmes anti-vol
nécessite des connaissances pointues en électronique et en électricité,
qu'offrent les programmes de formation professionnelle.
«Auparavant, les véhicules étaient simples, constate Roger Goudreau,
directeur général du Comité Paritaire de l'Industrie des Services Automobiles
de la Région de Montréal. Un garage pouvait se permettre d'embaucher des
personnes sans formation mais habiles de leurs mains. Ce n'est plus le
cas maintenant.»
Les consommateurs, de leur côté, sont plus informés et plus tatillons
que dans le passé. On ne leur en passe pas une si facilement : grâce
à Internet, notamment, ils connaissent souvent les caractéristiques des
voitures de A à Z. Les conseillers en vente ont donc tout intérêt à connaître
parfaitement leurs produits et ceux de leurs compétiteurs. D'ailleurs,
une nouvelle tendance a fait son apparition pour gagner la confiance des
consommateurs, remarque Jean Cadoret, relationniste à la Corporation des
concessionnaires d'automobiles du Québec : la visite de la division
du service. «En amenant les clients de l'autre côté de la salle
d'exposition, les vendeurs peuvent leur montrer le sérieux du commerce.
C'est clair, si un vendeur n'est pas compétent et que les clients ne se
sentent pas en confiance, on ne les revoit plus.»
Désertion
Si l'industrie a grand besoin de travailleurs qualifiés, c'est qu'elle
peine à les recruter puis à les retenir. De nombreux élèves abandonnent
leur formation en cours de route, selon plusieurs intervenants.
Parmi tous les élèves inscrits en mécanique automobile entre 1995 et 1999,
seuls 59 % ont obtenu leur diplôme, selon les données du ministère
de l'Éducation du Québec. C'est dire que quatre personnes sur dix sont
encore en formation ou ont abandonné ce programme. La proportion de diplômés
est supérieure en carrosserie (79 %) et en vente de pièces d'automobiles
(80 %).
Pour freiner le décrochage, les centres de formation professionnelle mettent
les bouchées doubles. Toutes les avenues sont explorées : période
de rattrapage pour les élèves en difficulté, soutien d'un professionnel,
valorisation des élèves, etc.
Mais le défi ne s'arrête pas là. Même une fois diplômés, plusieurs se
laissent décourager par les salaires d'entrée et les conditions de travail
parfois difficiles. En effet, les jeunes recrues commencent au bas de
l'échelle. «Les apprentis sont confrontés à toutes sortes de tâches
ingrates auxquelles les mécaniciens expérimentés ne veulent plus toucher,
comme les vidanges d'huile», indique Denis Benoit, directeur adjoint
du Centre de formation Compétences-2000, à Laval.
Meilleures conditions, meilleurs salaires?
Ce sont les sept comités paritaires régionaux relevant du ministère québécois
du Travail qui déterminent et attribuent les statuts d'apprenti et de
compagnon dans le domaine automobile. Ils gèrent le décret sur l'industrie
des services automobiles et fixent les conditions de travail. Ils émettent
aussi les certificats de qualification ou d'apprenti de différents métiers :
débosseleur, mécanicien automobile, peintre, commis aux pièces.
En règle générale, le travailleur qui commence dans l'industrie doit présenter
une demande au comité paritaire de sa région pour obtenir un certificat
d'apprenti. Chaque comité a ses règles, mais le candidat aura à travailler
un certain nombre d'heures avant d'être admissible à l'examen visant à
obtenir son certificat de qualification. À Montréal, par exemple, ce n'est
qu'au terme de 6 000 heures de travail, l'équivalent de trois ans
de boulot, qu'il pourra devenir compagnon et voir son salaire grimper.
Le taux horaire d'un travailleur apprenti oscille entre 8 et 9 $,
et celui d'un compagnon, entre 12 et 16 $. «Ce sont les salaires
minimums assurés par le décret sur l'industrie des services automobiles,
mais un concessionnaire d'automobiles peut facilement décider d'offrir
15 $ l'heure à un apprenti, nuance Roger Goudreau. Compte tenu des
pénuries de main-d'ouvre, à Montréal, les compagnons gagnent facilement
de 20 à 27 $ l'heure.»
Selon Carolle Larose, les pénuries auront un effet sur les salaires. «Les
sortants en carrosserie savent peindre des voitures, mais aussi des avions.
Notre industrie est en compétition avec des monstres comme Bombardier
et Spar Aérospatiale. Contrairement à notre industrie dominée par les
PME, ces grandes compagnies peuvent offrir des salaires plus élevés, de
meilleurs avantages sociaux et conditions de travail. Par contre, les
emplois y sont davantage sujets à des fluctuations de la production que
dans le secteur de l'automobile, où les emplois sont stables, ce qui est
un avantage pour nous.» Les pénuries auxquelles les employeurs de
l'industrie automobile sont confrontés mèneront donc inéluctablement à
une surenchère des salaires, croit-elle.
Quant aux conditions de travail, elles ont fait des bonds prodigieux chez
les concessionnaires d'automobiles, les garages, les ateliers de carrosserie
et les détaillants de pièces et d'accessoires, clame l'industrie. D'une
part, la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) a
imposé des pratiques plus sécuritaires au fil des dernières années. D'autre
part, un équipement plus sophistiqué et de nouvelles méthodes de travail
facilitent la tâche des employés. «Pour soulever une automobile,
un moteur, ou enlever les roues, c'est moins fastidieux qu'auparavant,
souligne Raymond Julien. Les mécaniciens n'ont plus à trimer dur.»
Expérience recherchée
Former des apprentis, c'est bien. Mais encore faut-il que ces derniers
restent en place et réussissent à décrocher le statut de compagnon. L'industrie
a cruellement besoin de ressources expérimentées, car le vieillissement
de ses travailleurs conduira au départ d'environ un tiers d'entre eux
d'ici à une quinzaine d'années. En 2002, 30 % des mécaniciens montréalais
avaient plus de 45 ans, selon les données du Comité Paritaire de l'Industrie
des Services Automobiles de la Région de Montréal. Au cours des 15 prochaines
années, la mécanique automobile et la carrosserie québécoises perdront
la moitié de leur effectif, peut-on d'ailleurs lire dans le plan d'action
2003-2004 du CSMO des services automobiles.
«S'il n'y a pas suffisamment de compagnons, on ne pourra pas former
la relève», s'inquiète Roger Goudreau.
Pour améliorer les taux de réussite à l'examen de qualification du comité
paritaire, de nouveaux outils sont mis à la disposition des apprentis
un test d'autoévaluation et des manuels d'autoformation. Pour éviter
l'hécatombe, les entreprises doivent aussi s'impliquer davantage, selon
Roger Goudreau. Formation continue, possibilités d'avancement, meilleures
conditions de travail, hausse des salaires sont des avenues à explorer
pour retenir les travailleurs de l'industrie.
Certaines entreprises ont décidé de prendre le taureau par les cornes.
Ainsi, l'Équipe Spinelli déroule le tapis rouge pour retenir le personnel
qualifié : programme de formation continue, soutien à la planification
de carrière, assurances collectives, REÉR, alouette.
«Comme c'est difficile de pourvoir aux postes vacants, nous ouvrons
les portes aux jeunes, aux personnes moins expérimentées et aux apprentis.
Mais nous déployons plus d'énergie à l'interne pour les former»,
dit Silvester Taddio, conseiller Senior Ressources humaines. Chose
rare dans l'industrie, un service des ressources humaines a même été créé.
«C'était un réel besoin, explique-t-il. Ce service appuie les gestionnaires
dans la gestion des opérations, le recrutement, la formation continue,
le respect des normes du travail, etc.»
Il ne reste plus qu'à espérer qu'avec de telles initiatives, les travailleurs
pointeront le bout du nez. Car les défis sont au rendez-vous. La taille
des ateliers augmente et les entreprises sont donc plus solides. Normal :
la voiture n'a jamais été aussi populaire. De beaux métiers s'offrent
aux futurs diplômés, fait valoir Carolle Larose. «Ces métiers sont
stables, car l'automobile n'est pas près de disparaître. Et ils sont tellement
complexes, pleins de défis. Un moteur, c'est beaucoup plus intéressant
qu'un tuyau, par exemple!»
La voiture est un moyen de transport essentiel, conclut Denis Benoit,
du Centre de formation Compétences-2000. Un bon mécano l'est tout autant.
«Des travailleurs formés qui restent longtemps dans le métier, c'est
une richesse pour l'industrie et pour la société.»
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