accueil-jobboom accueil-jobboomecrivez-nous
à la uneextraitscarnet webarchivesressources
on sait ce que l'avenir vous réserve

présentation du magazine

 
tarifs publicitaires


emplois général
emplois comptabilité / finances
emplois génie
emplois soutien administratif
emplois technologies de l'information
emplois ventes / service à la clientèle
Votre carrière

retour au sommaire

  [Salon - Étienne Tittley, président de Force Jeunesse, et le choc démographique]
Ils ne savent pas ce qu'ils font...
par Éric Grenier

Le choc démographique est à nos portes, avons-nous annoncé dans le précédent numéro de Jobboom. De cinq travailleurs par retraité aujourd'hui, il n'en restera plus que deux vers 2050.

Le Québec est-il prêt à y faire face? Pas une miette, déplore Étienne Tittley, le nouveau président de Force Jeunesse, au lendemain d'un colloque sur la question organisé par son groupe en octobre dernier.

Force Jeunesse, qui se voue à la défense des jeunes travailleurs et à l'équité entre les générations, dénonce la stratégie de la terre brûlée adoptée par certains leaders québécois : ces derniers préfèrent promettre aux Québécois des avantages immédiats, puis refiler la facture aux générations futures.

Et quelle facture! Les entreprises risquent de voir leur productivité affectée par la pénurie de main-d'ouvre qui, elle, peinera à subvenir aux besoins d'un État aux prises avec une explosion spectaculaire de ses dépenses en santé.

Si rien n'est fait, le Québec se dirige droit vers des lendemains qui déchantent : un niveau de vie qui s'étiolera rapidement, un fort contingent de chômeurs chroniques, des finances publiques en déroute, le tout dans un État qui croule déjà sous les dettes.

C'est plus que suffisant pour inquiéter Étienne Tittley.



À votre avis, le Québec est-il prêt à faire face au choc démographique?
Absolument pas! Collectivement, le seul geste posé en fonction du choc démographique jusqu'à maintenant, c'est le gouvernement du Parti québécois qu'il l'a fait, en rehaussant les cotisations à la Régie des rentes il y a six ans. Un autre pas a aussi été fait par ce même gouvernement en éliminant le déficit budgétaire chronique des finances publiques. Mais il aurait fallu aller plus loin et s'attaquer immédiatement à la dette, afin qu'on ait une marge de manouvre dans 10 ou 15 ans, quand les revenus de l'État stagneront et que ses dépenses exploseront. Mais notre dette n'a pas cessé de croître depuis, au contraire.

Tout reste encore à faire. Et nous avons déjà du retard. Le programme du gouvernement actuel ne fait aucunement référence au choc démographique. C'est un plan de réduction des impôts et de la taille de l'État étalé sur cinq ans, et qui pourrait théoriquement fonctionner pendant ces cinq années. Mais c'est justement après cette période que les problèmes vont se pointer en grande force, alors que nous n'aurons rien fait pour nous y préparer.

Même individuellement, les Québécois ne sont pas prêts. La majorité n'ont pas les fonds nécessaires pour bien vivre leur retraite. Les trois quarts des gens n'ont même pas 10 000 $ d'épargne, alors qu'ils sont endettés jusqu'au cou.

Le choc démographique, ce n'est pas une lointaine échéance, il est déjà commencé!

Les Québécois savent-ils à quel point le choc démographique pourrait avoir des conséquences désastreuses sur leur société s'ils ne s'organisent pas en conséquence?
Au fil de nos discussions avec divers groupes, nous avons constaté qu'il y a très peu de Québécois, même chez les élites politiques, académiques et économiques, qui ont un niveau de conscience adéquat des conséquences qu'aura le choc démographique. Les politiciens, par exemple, qui constatent chaque jour un des premiers effets du vieillissement de la population — leurs dépenses en soins de santé augmentent deux fois plus vite que leurs revenus depuis plusieurs années! —, ont une propension à nier le phénomène. S'ils le reconnaissaient, cela les obligerait à abandonner des objectifs plus "rentables" politiquement, comme la baisse des impôts. Pour les gestionnaires dans les entreprises privées, la transformation de notre démographie ne cadre nulle part dans leurs grilles d'analyse basées sur le rendement financier à très court terme.

En fait, ce qu'il faut déterminer, c'est à quel point nous sommes prêts à assumer les conséquences du choc démographique. Si nous choisissons de nous débarrasser de notre système public de soins de santé, alors on n'a pas besoin de s'y préparer. Si on veut un Québec qui s'appauvrit sans arrêt, on n'a qu'à continuer à faire ce qu'on fait présentement dans les relations de travail et profiter du départ des baby-boomers pour orchestrer un grand ajustement des conditions de travail vers le bas. Ainsi, on n'aura pas à se soucier de la qualité de notre main-d'ouvre.

Pourquoi tant d'ignorance face à un phénomène pourtant bien documenté?
Je ne dirais pas que c'est la faute des médias, mais ils se prêtent mal à une ouvre de vulgarisation aussi colossale. Dans sa conférence d'introduction lors de notre colloque, il a fallu une heure au professeur Jacques Légaré pour réussir à cerner sommairement ce que veut dire réellement le choc démographique. Comment voulez-vous résumer ça dans un topo de deux minutes pour les nouvelles? Il nous faut trouver des porteurs de la nouvelle assez forts pour monopoliser l'attention des médias, et ce n'est pas un professeur d'université ni le président de Force Jeunesse qui va le faire. Ça prend un chef de parti politique, une personnalité publique importante, un chef d'une grosse organisation, qui en parlera longtemps et souvent. Pour le moment, personne ne s'est donné ce rôle.

Que devrions-nous faire pour mieux gérer le vieillissement de notre population?
Il nous faudra briser certaines velléités corporatistes, que ce soit celles des syndicats, des entreprises ou des ordres professionnels. L'intérêt commun devra primer. Car il est clair que notre adaptation au choc démographique va dépendre de notre volonté à faire des sacrifices maintenant, pour préserver nos acquis. Et la tentation est forte pour ces organisations de naviguer à courte vue et de donner des bonbons à leurs membres tout de suite, au risque de faire tout déraper plus tard. Prenons les baisses d'impôts, par exemple : c'est sûr que pour les 10 prochaines années, on serait capable de vivre avec un niveau d'imposition plus bas, mais au bout de cette période, l'État québécois se retrouverait pris avec un déficit budgétaire structurel important qui ne serait pas résorbable — il y aurait trop de bénéficiaires de ses services et pas assez de contribuables. Il faudrait donc ensuite hausser les impôts à des niveaux encore plus élevés qu'ils ne le sont maintenant, d'autant plus que nous n'aurions pas profité de ces 10 années pour renflouer les caisses.

Au cours de la dernière campagne électorale, aucun parti n'a osé proposer formellement la création d'une caisse vieillesse, qui permettrait dès maintenant d'assurer au gouvernement les revenus nécessaires pour affronter l'explosion des coûts du système de santé dans 20 ans.

En matière de ressources humaines, nous faisons face à un véritable casse-tête. À cause de mauvaises décisions prises dans le passé — mises à la préretraite et contingentement de programmes de formation pour des raisons budgétaires, notamment —, nous devrions mettre dès maintenant les bouchées doubles en formation pour satisfaire aux besoins spécifiques de main-d'ouvre à venir. À la place, le gouvernement réduit les budgets d'Emploi-Québec... Pourtant, dans un contexte de mondialisation de l'économie et de déclin démographique, le Québec devra se montrer beaucoup plus productif en augmentant la qualité de sa main-d'ouvre. Nous pourrions aussi réduire nos coûts de main-d'ouvre, comme certains le suggèrent. Mais jusqu'à quel point? Même les Mexicains perdent des emplois au profit de la Chine parce que leur main-d'ouvre coûte plus chère que celle des Chinois!

Pourtant, les Québécois sont plus instruits que jamais. N'est-ce pas un net avantage?
Peut-être, mais s'est-on demandé s'ils ont fait les bonnes études? Ce dont on manque cruellement aujourd'hui, ce sont surtout des diplômés du secondaire professionnel et du collégial technique, et ce, malgré toutes sortes de campagnes de valorisation de ces niveaux de formation. Elles ont été un échec. En même temps, il faudrait augmenter encore davantage le taux de diplômés universitaires. L'effort devra être global : il faudrait évaluer combien de diplômés professionnels, techniques et universitaires seront nécessaires, et déterminer quel type de formation ils devront recevoir, pour qu'on puisse adopter une stratégie en conséquence.

Iriez-vous jusqu'à dire qu'il faudrait "punir" les étudiants qui ne choisissent pas des études économiquement acceptables?
Les gens doivent demeurer libres de leur choix, mais ils doivent quand même être informés de ses conséquences. Par exemple, les travailleurs non syndiqués du secteur des services que nous rencontrons dans le cadre de nos différentes activités ont des niveaux de formation inouïs : des baccalauréats en sociologie, des doctorats en histoire de l'art, des maîtrises en géographie... Cinq ou dix ans plus tard, ils se retrouvent forcés de se réorienter pour trouver de l'emploi. C'est peut-être difficile de vendre à un jeune de 17 ou 18 ans de faire une formation technique en soudure plutôt qu'un baccalauréat en arts, mais je pense qu'il y a beaucoup de travail à faire pour améliorer les services d'orientation scolaire et professionnelle. Sinon, nous risquons de nous retrouver avec un Québec brisé en deux : une partie qui travaille, une autre qui chôme.

Vous craignez qu'il n'y ait pas d'emplois pour tout le monde, même dans une situation de pénurie de main-d'ouvre?
Il existe deux théories à cet effet. Il y a celle qui nous promet l'eldorado, avec des emplois pour tous, parce qu'il y aura une pénurie de main-d'ouvre. Une autre prédit le chômage chronique pour une importante partie de la population, parce qu'on n'arrivera pas à amalgamer les compétences des gens aux emplois disponibles. Je penche pour cette seconde théorie. Si nous ne relevons pas le défi de la formation de la main-d'ouvre rapidement, dans quelques années, les entreprises se retrouveront à faire des choix difficiles : aller investir en Inde, où il y a plus d'ingénieurs que de Québécois au Québec, à une fraction du coût d'un ouvrier d'ici, ou se laisser distancer par la concurrence en restant ici...

Si nous ne nous soucions pas davantage de la qualité de notre main-d'ouvre, il est clair que notre économie va rétrécir comme peau de chagrin.


carnet web
 
Accueil Jobboom
 

 


Commentaires: lemagazine@jobboom.com
Copyright 1996-2006 Canoë inc., Tous droits réservés
Jobboom est une division de Canoë inc.