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[Carrière]
Un fléau
On pensait que l'absentéisme au travail était le pire fléau des organisations. D'après une étude menée en 2002-2003 par le cabinet-conseil en ressources humaines Watson Wyatt, il coûte au moins 16 milliards de dollars chaque année à l'ensemble des entreprises canadiennes. Un montant conservateur, qui gonflerait avec les milliers d'employés qui travaillent chaque jour dans un état de santé physique et mentale non optimal, observe la firme.
En effet, l'absentéisme ne pourrait être que la pointe de l'iceberg. «On entend parler de l'absentéisme dû à la santé mentale, qui concerne de 2 à 3 % de la main-d'oeuvre active. Mais cela ne veut pas dire que les gens qui sont au travail n'éprouvent pas de problèmes psychologiques», dit Jean-Pierre Brun.
Des employés malades se présentent donc au boulot afin de répondre aux attentes de leur employeur. «Dans le contexte actuel, il n'est pas évident de se retirer du travail, rapporte le Dr Michel Vézina, conseiller médical en santé au travail à l'Institut national de santé publique du Québec. Pour les gens en situation de précarité, s'absenter avec le billet du médecin réduit notamment les chances de promotion.» La peur d'être stigmatisé compte aussi pour beaucoup dans l'acharnement à être présent malgré des malaises physiques ou psychologiques. «Par exemple, la collectivité médicale n'encourage pas les médecins à montrer leur vulnérabilité», dit Michel Vézina.
Même chose dans les grands cabinets d'avocats, où la semaine normale de travail fait au moins entre 50 et 70 heures. «C'est valorisé et bien vu de travailler tard le soir au bureau», dit une avocate d'un grand cabinet qui préfère conserver l'anonymat. «Et c'est mal vu de faire un burnout. Cela signifie que tu as une mauvaise façon de gérer ton stress.» Après un épuisement professionnel, un avocat risque d'ailleurs d'être rejeté par ses pairs. «Les collègues ne veulent plus travailler avec toi», dit-elle.
Les bourreaux de travail (workaholics) entretiennent le culte du présentéisme en entreprise. «Ma patronne est une super nurse, dit Hugo. Même lorsqu'elle est fatiguée, elle donne toujours plus. Cela influence le climat de travail.» Florian Ouellet, président-directeur général du Réseau santé mentale au travail, rappelle qu'il n'y a pas si longtemps, des entreprises citaient en exemple auprès de leur personnel des employés workaholics. «Lorsque ces modèles ont fait un burnout après deux ans, les entreprises ont réalisé qu'elles y étaient allées trop fort», dit-il.
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Les grands brûlés
Signaux d'alarme

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