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  [Hors piste]
Un homme au poteau
par Lise Villeneuve

Nom : François Pilon
Âge : 46 ans
Profession : Installateur de cordes à linge
Formation : Autodidacte


De fil en aiguille : Il y a quelques années, je travaillais comme sous-traitant pour une compagnie de câblodistribution. Pour nous, les cordes à linge, c’était une nuisance plus qu’autre chose... Les gens les plaçaient un peu n’importe comment sur les poteaux d’utilité publique, et quand on y montait pour installer le câble, il arrivait qu’on en brise. À un moment donné, j’ai eu deux ou trois plaintes à l’intérieur du même mois pour des cordes à linge décrochées. C’est là que j’ai commencé à me demander pourquoi les gens attachaient autant d’importance à leur corde à linge…

D’une corde à l’autre : C’est difficile et parfois dangereux de grimper dans un poteau, surtout jusqu’au troisième étage. J’ai donc réalisé qu’il y avait un marché pour moi dans ce secteur, étant donné que j’étais déjà habitué à travailler du haut d’une échelle. J’ai commencé tranquillement, une installation de corde à linge par-ci, une autre par-là. D’année en année, ça augmentait. Maintenant, j’en installe près de 500 chaque été. Mon marché se développe une ruelle à la fois : quand j’installe une corde dans une ruelle, inévitablement, il y a des voisins qui me voient et me téléphonent.

Tirer son épingle du jeu : J’ai créé ma propre entreprise, Cordes à linge Montréal, avec mon frère. Nous engageons trois ou quatre personnes selon la saison. Je suis le seul à offrir ce service à Montréal. Évidemment, je ne peux vivre que de ça puisque c’est trop saisonnier, alors je fais aussi de l’installation pour une compagnie de télévision par satellite.

Haute saison : Dès que la neige fond, on commence à recevoir des appels.
Ça part en flèche, tout le monde veut sa corde à linge en même temps, et ça se poursuit jusqu’à la Saint-Jean-Baptiste! Ce printemps, c’était un peu différent à cause du mauvais temps. On dirait que les gens n’avaient pas la tête à ça, tant qu’il ne faisait pas assez chaud.

La vie ne tient qu’à un fil : C’est drôle, mais c’est souvent lorsque j’installe des cordes à linge au premier étage qu’il m’arrive des petits pépins. L’été dernier, je suis tombé en bas de mon échelle, mais j’étais seulement à 10 pieds du sol. Quand je dois travailler au troisième étage, je ne cours aucun risque : l’échelle est attachée au poteau, et je suis attaché à l’échelle. La plupart du temps, j’installe les cordes à linge dans des poteaux d’utilité publique, à proximité des réseaux électriques. Il y a donc toujours un danger d’électrocution... C’est pourquoi j’utilise des échelles en fibre de verre, un matériau non conducteur, plutôt qu’en aluminium.

Dans de beaux draps : Mon pire ennemi est le vent. La pluie et le froid ne me dérangent pas, mais le vent!... Ça m’empêche même parfois de faire mon travail. Il y a certains endroits qui sont carrément des corridors de vent. C’est bon pour faire sécher le linge, mais c’est pas bon pour moi.

À quatre épingles : La plupart du temps, les gens veulent une corde à linge mais ils ne veulent pas la voir! Ils doivent parfois faire un compromis : il n’est pas toujours possible d’installer la corde là où ils le voudraient. Et quand la corde doit passer au-dessus du terrain d’un voisin, je leur demande d’obtenir une autorisation au préalable. Régler les chicanes de voisinage, ce n’est pas de mon ressort!

La corde au cou : Une bonne partie de ma clientèle est constituée de femmes chefs de famille monoparentale. Probablement parce que ça coûte moins cher d’accrocher ses vêtements que de les faire sécher à la machine. C’est aussi pour ne pas se mettre dans une position de dépendance – elles préfèrent faire affaire avec moi plutôt que d’avoir à demander l’aide d’un voisin.

La nuit sur la corde à linge : Je n’ai pas besoin d’aller au Nautilus pour m’entraîner! Mon travail me permet de garder la forme. En fait, il faut être en très bonne santé pour faire ce que je fais. Je me couche donc tôt et je ne passe jamais la nuit sur la corde à linge.

Vendu : Oui, je possède une sécheuse chez moi, mais j’ai aussi une corde à linge. Je me sers très peu de la sécheuse, quelques minutes seulement pour enlever le surplus d’eau. Et quand il fait trop froid pour étendre dehors, je fais sécher mes vêtements dans la maison, étendus à plat sur des chaises. Je trouve que la sécheuse, ça abîme trop les vêtements...


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