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Sept milliards d’humains

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Nous y voilà : nous sommes maintenant sept milliards à chercher le sens de la vie sur cette bonne vieille Terre. Y a-t-il encore de la place pour quelques troubadours de plus? Je suis mal placé pour répondre à la question. C’est qu’il y a quelques semaines, nous avons accueilli numéro 2 au sein de notre petite famille, même pas 18 mois après l’arrivée de numéro 1. Un vrai lapin, que je suis.

N’empêche, à sept milliards d’humains, la question démographique est ce mammouth dans la chambre à coucher dont on ne peut plus ignorer la présence, à moins de faire preuve d’un aveuglement papal. Où trace-t-on la ligne au-delà de laquelle on court au désastre? Par le passé, certains penseurs se sont aventurés à la tracer, dont l’économiste britannique Thomas Malthus. Il s’est royalement planté avec ses prophéties de désastre démographique pour le milieu du XIXe siècle.

À plus d’une occasion, ces gare-au-loup ont discrédité tous ceux qui s’inquiétaient de l’emprise des Hommes sur la Terre. Sauf que la croissance de notre espèce, et par le fait même la croissance économique, ne peuvent être perpétuelles. Rien ne croît sans arrêt. Même l’expansion de l’univers cessera un jour, pour évoluer à rebours vers le Big Crunch, selon les théories des astrophysiciens.

Nous vivons un accident de parcours de l’aventure humaine. Des 125 000 générations qu’il y a eu depuis le premier homo sapiens, seules les 8 dernières ont connu des croissances consécutives. C’est aussi durant cette période que le descendant du singe s’est révélé suffisamment sagace pour développer les technologies qui lui ont permis de consommer toujours plus de ce que la Terre a de bon à lui offrir. C’est ce qu’on appelle la croissance économique.

Mais depuis la parution dans les années 1960 de l’essai Silent Spring de Rachel Carson, dans lequel la thèse des limites naturelles de la planète a pris du galon, la science a pu démontrer que le rythme de cette consommation dépasse maintenant la capacité de la nature à renouveler ses stocks. Or, la nature suit aussi une logique économique : par exemple, l’offre et la demande de lichen influence les populations de caribous. D’un million de têtes qu’il comptait il y a 20 ans à brouter jusqu’à l’épuisement cette insignifiante plante qui prend une éternité à se renouveler, le prospère troupeau de la rivière George dans le Grand Nord québécois n’en compte maintenant plus que 75 000, et ils ne sont pas en grande forme.

Même si, dans notre cas, la catastrophe n’est pas pour demain, il faut en envisager l’éventualité. C’est à quoi s’est attelé l’économiste canadien Peter Victor. Ce professeur à l’Université York s’est demandé si l’économie et la population mondiales pouvaient toutes deux stopper leur marche en avant, sans nous ramener à la frugalité du temps des colons. Il a créé un modèle informatique reproduisant l’économie canadienne, dans lequel la consommation, la productivité et la population cessaient de croître graduellement après 2010. Pour éviter la dépression, il a réduit la semaine de travail normale à quatre jours, taxé davantage les riches, augmenté les services sociaux aux pauvres et instauré une taxe sur le carbone. Résultat : après une vingtaine d’années, le taux de chômage était à 4 %, le niveau de vie global avait augmenté et les gaz à effet de serre avaient diminué radicalement.

Qu’importe si ce modèle tient réellement la route, il n’est valide que pour une économie développée comme la nôtre. Allez condamner les slumdogs des faubourgs d’Islamabad ou de Rangoon d’envisager à perpèt’ leur vie actuelle en les empêchant de croître économiquement… De toute façon, l’histoire le démontre, la croissance économique s’avère le meilleur moyen d’arrêter la croissance démographique. Hans Rosling, médecin et statisticien suédois renommé, l’a démontré joliment lors d’une conférence TED à Cannes en 2009 (googlez ça, c’est sur YouTube et c’est un must) : au fur et à mesure que les populations s’enrichissent, leur taux de fécondité chute dramatiquement. Même dans une société ultraconservatrice comme l’Iran des mollahs atomiques, le taux de fécondité des Iraniennes est maintenant semblable à celui des Québécoises, c’est-à-dire sous le seuil de remplacement, grâce à un niveau de vie et un indice de développement relativement élevés.

Sapré paradoxe! Pour éviter la surpopulation, nous, l’Ouest si confortable malgré la crise, devons permettre au reste de la planète de croître économiquement. Et pour sauver la planète, il doit y avoir une limite à la croissance économique. Un genre de quadrature du cercle qu’aucun intellectuel, économiste ou scientifique n’a encore réussi à résoudre. Mais nous devrions tous nous y mettre. Maintenant. Sinon, quel héritage vais-je laisser à ma petite numéro 1 et mon petit numéro 2?

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