Portrait métier :
Enseignant(e) au secondaire

Jobboom vous présente une profession très recherchée présentement au Québec, celle d’enseignant au secondaire.

Julie Frappier est enseignante au secondaire depuis 15 ans dans un établissement de la Commission scolaire de Montréal, et elle nous parle de sa carrière dans les moindres détails!

Jobboom : En quoi consiste le métier d’enseignant(e) au secondaire?

Julie Frappier: L’enseignant doit préparer ses cours en se basant sur le programme et les donner. Il effectue également des tâches d’évaluation et de correction, de suivi auprès de certains élèves en difficultés (rattrapage, récupération et rencontre éventuelle avec leur famille “sans les élèves ») ainsi que de participer à des comités divers qui concernent les enseignants et la pédagogie.

Mais on doit aussi participer à la vie de l’école, que ce soit sans les élèves, mais aussi avec eux comme lors d’activités parascolaires.

Jobboom : Quelles sont les compétences primordiales pour exercer le métier d’enseignant(e) au secondaire?

Julie Frappier: Les deux premières compétences qui me semblent primordiales sont l’organisation et l’efficacité. Il y a beaucoup de choses à faire. Dans une même journée, au secondaire, on doit gérer plusieurs groupes d’élèves contrairement aux enseignants du primaire.

Le sens de la pédagogie est également primordial pour enseigner, car nos matières ne sont pas toujours simples et parce qu’on a parfois affaire à des élèves qui ne sont pas toujours motivés. Il faut donc rendre les choses simples pour que ces derniers puissent les assimiler rapidement.

Jobboom : Quels sont les traits de personnalités particulièrement utiles à un enseignant(e) au secondaire?

Julie Frappier: Le premier, sans hésitation, c’est la patience.

L’humour peut s’avérer également très utile à un enseignant. Ça passe toujours mieux avec, mais il y a des profs qui n’ont pas vraiment le sens de l’humour et qui s’en sortent très bien quand même.

Il faut également être capable de souplesse dans la fermeté. C’est-à-dire que nous devons faire preuve de jugement par rapport à certaines situations. Les élèves aiment avoir et ont besoin d’un cadre, mais il faut être capable d’en sortir quand on le juge bon!

Il faut également faire preuve de vivacité d’esprit. Des études ont montré qu’en 1h15 (le temps d’une période), l’enseignant a environ  80 décisions à prendre : est-ce que j’interviens là, est-ce je fais ci, est-ce que je fais ça? Alors il faut réfléchir vite. Cette vivacité nous est bien utile face à des élèves qui n’ont pas toujours la langue dans leur poche.

Au final, il est préférable d’avoir un fort caractère pour enseigner. Parfois, les petites personnalités mangent un peu de misère.

Jobboom : Quels sont les principaux challenges à surmonter en tant qu’enseignant(e) au secondaire?

Julie Frappier: Un de nos challenges est de gérer des classes de plus en plus chargées et hétérogènes. Ces temps-ci, on se bat avec des classes qui sont excessivement nombreuses. Le maximum d’élèves par classe est normalement de 32 mais ce n’est pas un maximum absolu. On peut enseigner à des groupes plus nombreux et dans ce cas, on sera rémunéré pour chaque élève supplémentaire.

Un autre des challenges à relever est d’assurer une part de ses cours dans une autre matière que celle dans laquelle on est spécialisée. Cela représente un gros défi d’adaptation. D’un point de vue syndical, nous sommes assurés que 51 % de nos tâches seront dans notre spécialité mais pour les 49 % restants, c’est à la discrétion de la direction.

C’est sûr que la direction fait tout son possible pour que ses enseignants soient heureux afin de les garder, mais un moment donné, on appelle ça des queues de tâche. Si un enseignant peut prendre 4 groupes, mais qu’il y en a 5, et bien le 5e groupe doit aller à quelqu’un d’autre. Alors c’est souvent les nouveaux enseignants qui vont ramasser ce genre de tâche-là en début de carrière.

Pour ma part, j’ai plusieurs cordes à mon arc. Cela fait 15 ans que j’enseigne puis au début, j’ai enseigné la géographie, l’Informatique, des matières pour lesquelles je n’étais pas formée, mais j’ai dû le faire.

Jobboom : Dans ce cas, devez-vous vous former par vous-mêmes?

Julie Frappier : Oui, mais on peut également s’appuyer sur l’expérience et les conseils de nos collègues qui enseignent la même matière.  Il faut prendre connaissance du programme, préparer les cours en fonction de tout ça et le cours arrivé,  on espère souvent au fond de nous que les élèves ne posent pas trop de questions!

Cela demande énormément de travail, mais un moment donné, c’est vraiment une question de personnalité. Justement, on avait une conversation à ce sujet avec mes collègues au dîner. Pour ma part, en début de carrière, j’avais vraiment besoin de travailler. J’étais endettée de presque 20 000 $ en prêts et bourses, j’étais prête à tout pour travailler! On m’aurait donné tout sauf du français et je l’aurais fait pareil! Au dîner, il y avait une jeune enseignante qui débutait et elle a dit « moi, j’ai refusé une permanence parce que la tâche ne faisait pas mon affaire ». Je l’ai regardée puis j’étais sans connaissance de l’entendre dire ça. Elle disait qu’un moment donné, il y aurait autre chose et que ça allait être plus beau… Donc ça dépend vraiment de comment tu es.

Le dernier challenge que je mentionnerai est celui de se renouveler année après année. Lorsqu’on enseigne depuis longtemps, on a l’impression de se répéter toujours et encore et parfois même de faire les mêmes jokes, donc se renouveler est un important défi pour les enseignants! Et cela commence par se tenir à jour dans les programmes pour renouveler les textes que l’on fait étudier à nos élèves.

Jobboom : A quoi ressemble une journée type?

Julie Frappier: Dans une semaine type (que nous découpons de 324 à 28 périodes), évidemment, il y a l’enseignement! Les journées sont bien remplies avec de 1 à s périodes de cours. Ensuite, il y a des périodes de récupération, soit le midi ou après l’école.

Nos périodes libres sont dédiées aux corrections, à la préparation de cours et parfois aux rencontres avec la direction ou encore avec des parents pour certains dossiers.

On doit parfois aussi assurer des surveillances le midi, soit de cafétéria ou encore des salles de jeux… C’est une tâche vraiment ardue, mais la surveillance fait partie de notre horaire de travail. C’est souvent sur l’heure du dîner, mais il est prévu par nos syndicats que nous ayons pu manger en amont. Sur ces périodes « libres », des rencontres avec d’autres enseignants peuvent avoir lieu, que ce soit pour échanger sur certains élèves ou pour comparer des planifications. Par exemple, quand plusieurs professeurs enseignent la même matière au même niveau, on va se mettre d’accord pour réaliser les mêmes évaluations, ou encore pour enseigner les mêmes modules aux mêmes périodes de l’année, etc. Une fois par mois, des rencontres générales avec la direction sont organisées après la fin des cours.

Jobboom : Quelles sont les possibilités d’avancement?

Julie Frappier: Il y en a une seule en fait, c’est d’accéder à un poste de direction ou adjointe de direction d’école en suivant une formation complémentaire à l’université. Mais il y a tellement peu de gens qui souhaitent devenir directeur qu’on peut se former et continuer à enseigner en même temps. C’est la seule possibilité. Sinon, il y a des postes à la commission scolaire en ressources humaines et autres, mais je ne m’y connais pas tellement. Tous mes collègues qui ont quitté l’enseignement, c’était pour accéder à un poste de direction. C’est un poste administratif avec des horaires de fou! Ils arrivent tôt le matin et repartent tard le soir. Ils règlent également les problèmes graves rencontrés par les élèves et que les enseignants ne peuvent solutionner seuls.

Alors non seulement ils doivent gérer les parents, mais ils doivent aussi gérer les cas problématiques. Ils doivent aussi siéger à de nombreux comités après l’école, à des évènements sportifs la fin de semaine, etc. Je vous le dis, même moi pour plus d’argent, même si c’était pour 150 000 $ de plus, je ne ferais jamais ça de ma vie. Mais sérieusement, je ne crois pas que la différence de salaires soit si énorme entre nous et eux, pour toutes les tâches supplémentaires dont ils ont la charge. En tout cas, il faut vraiment être fait pour ça, moi, je sais que je ne serais pas une bonne directrice, car je suis trop émotive. Quand les élèves pèsent sur le bon bouton, des fois ça saute!

Jobboom : Quelles sont les carrières vers lesquelles un enseignant(e) au secondaire pourrait facilement se transférer?

Julie Frappier: Eh bien, quelqu’un de spécialisé en français comme moi peut devenir correcteur pour une maison d’édition.

Parmi mes collègues qui ont quitté l’enseignement, c’était pour faire complètement autre chose. Ils sont partis pour travailler en cuisine, en informatique… ils ont vraiment quitté l’enseignement, je ne connais pas de carrières connexes à ça!

Il y a quand même un gros taux de roulement parmi les enseignants de 5 ans d’expérience et moins. Il y a 20 % des jeunes enseignants en début de carrière qui quittent la profession. Dans les 5 premières années, ils vont aller faire autre chose parce que c’est trop dur, ou encore parce que le salaire n’est pas énorme. Un enseignant qui commence va gagner de 30-35 000 $ donc pour tout ce qu’on a à faire et le fait qu’ils sont inexpérimentés, ils abandonnent souvent. Je me souviens de mes premières années, je me couchais vers 18h30, j’étais brûlée tout le temps… Mais sinon, après 5 ans, parmi mes collègues qui sont partis, certains sont partis pour un poste de direction, certains ont pris leur retraite anticipée, mais il n’y en a pas tant qui sont partis faire autre chose.

Jobboom : Quelles études doit-on suivre pour devenir d’enseignant(e) au secondaire?

Julie Frappier: Il y a une seule possibilité. C’est de faire un BAC en enseignement au secondaire et avec une spécialisation donc, français, maths, univers social, peu importe. Mais c’est la seule formation pour obtenir le brevet d’enseignement. Après, il faut faire affaire avec les commissions scolaires pour postuler. Donc quand on a notre BAC en mains, on choisit la commission scolaire qui est la plus près de chez soi puis ils nous contactent lorsqu’ils ont un poste de disponible.  Il y a un tel manque d’enseignants depuis quelques années que les commissions scolaires s’arrachent littéralement les finissants. Ils vont même jusqu’à aller les chercher sur les bancs d’école!

Jobboom : Peut-on apprendre ce métier par soi-même?

Julie Frappier: Non! Exceptionnellement, ils pourraient embaucher quelqu’un qui aurait un BAC dans une autre discipline mais évidemment, il ne faut pas que cela devienne quelque chose de récurrent! Dans mon établissement, tous les enseignants ont leur BAC en enseignement.

Une des choses que l’on apprend de fait par soi-même, c’est à gérer une classe. C’est sûr qu’à l’université on a des cours de gestion de classe, mais ils nous montrent ça comme Unicorn land, comme si tout était beau et que les élèves étaient tous motivés. Alors quand on est confrontés à la réalité, on réalise vite que cela n’a rien à voir avec ce qu’on nous a appris et on doit se former sur le tas. Dans mon établissement, un service d’accompagnement existe pour les nouveaux enseignants et on peut compléter ça par des échanges informels avec des collègues plus expérimentés.  Parfois, c’est vraiment juste la petite tape dans le dos pour nous dire « fais-toi en pas, c’est sûr que tu vas te planter à peu près une fois par jour, mais on est tous passés par là ». C’est vraiment de se le faire dire, se faire rappeler que c’est comme ça les premières années d’enseignement mais que ce ne sera pas toujours comme ça donc il ne faut pas se décourager.

Jobboom : Avez-vous des conseils pour les personnes qui seraient intéressées par le métier d’enseignant(e) au secondaire?

Julie Frappier: J’en ai 2!

Ne pas se fier aux premières années d’enseignement comme miroir de toute sa carrière. C’est difficile les premières années, mais c’est là où la carapace et le caractère se forment. Donc quelqu’un qui dirait par exemple : « Moi, ça a été la pire première année de ma vie, je ne veux plus faire ça! », bien je lui dirai de se laisser une chance! La deuxième risque d’être moins pire, la troisième encore moins. À un moment donné, on acquiert des mécanismes, on sait comment réagir face à différentes situations donc cela devient moins ardu au quotidien.

Puis le deuxième conseil, ce serait de se trouver un mentor qui est vraiment expérimenté et que l’on pourra appeler pratiquement à toute heure du jour et de la nuit, pour pouvoir dire : « Écoute, j’ai été confronté à cette situation aujourd’hui et j’aimerais ça savoir si toi, tu aurais fait la même chose? ».

Évidemment on a tous des caractères différents, donc de se trouver un mentor, cela ne veut pas dire calquer sa façon de faire sur lui mais plutôt de trouver des idées. « Ah oui, je n’avais pas vu ça, je n’aurais peut-être pas fait ça de cette façon, etc. ». Trouver un mentor, c’est vraiment quelque chose qui nous aide à passer au travers de ces premières années. Pour moi, c’était le professeur de mon 4e stage parce que cela n’est pas forcément quelqu’un du même établissement. Moi, je suis restée les pieds accrochés à cette école-là. J’ai fait mon stage 4 là-bas, j’y ai passé beaucoup de temps et j’y suis encore. Même lorsque je travaillais dans d’autres écoles, je suis restée en contact avec ma prof de stage 4, et ce, jusqu’à sa retraite.

Jobboom : Avez-vous une anecdote de travail marquante à partager avec nous?

Julie Frappier: J’ai cherché et je n’en ai pas tant! C’est sûr qu’on est confrontés à des choses qui sont vraiment drôles, comme lorsqu’on a juste envie de pleurer à la lecture de certaines copies pleines de fautes! Mais je n’ai pas d’anecdote précise!

Jobboom : Est-ce qu’exercer ce métier vous rend heureux?

Julie Frappier: Tout à fait! Heureuse mais usée! C’est le terme que je vais utiliser. J’ai 15 ans d’expérience puis il m’en reste 20 avant de prendre ma retraite. C’est usant! C’est usant surtout quand on veut donner la même qualité d’enseignement et la même énergie qu’en début de carrière à nos élèves  même après 15 ans. Il y a quelque chose là-dedans qui fait que ça gruge de nous  chaque année et on n’a pas nécessairement assez de 2 mois l’été pour redevenir tout à fait ce qu’on était à nos débuts. Donc je suis heureuse, mais je suis usée! J’ai déjà pensé à prendre une année sabbatique pour refaire le plein d’énergie, mais c’est au niveau monétaire que ce serait difficile. On a aussi la possibilité d’avoir des plans de traitement différé. Par exemple je pourrais travailler 5 ans en touchant  80 % de mon salaire annuel et les 20% restants sont mis dans un compte pour bénéficier d’une année payée en bout de ligne, mais je ne suis pas rendue là. Je pourrais aussi retourner aux études éventuellement pour étudier complètement autre chose dans un domaine qui m’intéresse autant que l’enseignement. Mais c’est vraiment à l’état de réflexion, je ne suis pas dans l’action, pas du tout.

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