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S’occuper durant la saison morte

Des employeurs usent de créativité pour prolonger la période d’emploi de leurs travailleurs. Voici comment déjouer les règles des saisons.

Quand l’hiver s’installe, une partie des employés de l’entreprise Les Embellissements des deux Rives – Teronet Paysagiste troque l’aménagement paysager contre la fabrication de portes et fenêtres.

La transition est facilitée par une entente de prêt de main-d’œuvre conclue avec un autre employeur de la région de Québec. «Ça fait l’affaire de quelques employés : ça leur procure un salaire à l’année et ça change leur routine pendant trois ou quatre mois», dit Mehdi El Gaied, copropriétaire. L’hiver dernier, il a même fait l’acquisition d’une érablière en Beauce, toujours pour permettre aux employés qui le désirent de travailler pendant la saison morte.

Mehdi El Gaied semble avoir adopté la formule idéale pour retenir les travailleurs dans un emploi saisonnier.

Les possibilités de partage de main-d’œuvre sont multiples. En Gaspésie, au printemps 2013, un regroupement de neuf usines de transformation de produits marins a accueilli une vingtaine de travailleurs des secteurs forestier et touristique avant que leur saison d’activité ne commence.

Cette expérience, une première, fut un succès, selon Jean-Paul Shannon, directeur du Regroupement des employeurs du secteur bioalimentaire 2011, l’association locale qui a piloté l’entente. «Grâce à cela, les usines n’ont pas eu besoin de recourir à des travailleurs étrangers durant les quelques semaines où leur volume de travail augmente.»

«En France, les jardineries font office de café, d’animalerie et de fleuristerie, ce qui permet d’attirer la clientèle à l’année et de maintenir les emplois.»
— Véronique Côté

Le jumelage d’entreprises n’est toutefois pas une solution miracle pour occuper les saisonniers en période creuse. Il y a quelques années, une entente de prêt de main-d’œuvre entre le Massif de Charlevoix et le Manoir Richelieu à La Malbaie avait échoué en raison de cultures de travail très différentes et de la cinquantaine de kilomètres qui sépare les deux entreprises.

Et ce ne sont pas tous les employés qui passent facilement d’un emploi à un autre. Non seulement les compétences requises varient, mais la nature du travail aussi. «Disons que tu travailles dans le homard, et qu’on te demande d’aller dans le hareng, ça sent moins bon, ça peut te sembler moins intéressant», explique Jean-Paul Shannon.

Parfois, ce sont les employeurs qui sont réticents. «Ils sont ouverts, mais ils veulent aussi s’assurer qu’ils vont garder leur main-d’œuvre, que l’employé va revenir pour la prochaine saison», raconte le responsable du développement économique au Centre local de développement de La Jacques-Cartier, Marc Giroux. Il évalue présentement la possibilité de jumeler certaines entreprises touristiques de cette MRC située au nord de Québec pour faciliter le recrutement.

Plus de services

C’est peut-être aussi aux entreprises de diversifier leurs services pour maintenir leurs employés au travail. L’enseignante en horticulture et jardinerie Véronique Côté milite pour que les centres horticoles offrent des services connexes été comme hiver. «En France, par exemple, les jardineries font office de café, d’animalerie et de fleuristerie, ce qui permet d’attirer la clientèle à l’année et de maintenir les emplois. Un peu comme le fait la Ferme Guyon, à Chambly.» Ce centre regroupe entre autres une fleuristerie et une serre, mais aussi une volière de papillons en liberté, un marché alimentaire et une ferme pédagogique.

Suivant cette logique, le Zoo de Granby propose depuis 2008 un service de traiteur et de location de salle qui permet à des employés des cuisines de travailler pendant la basse saison.

Ces efforts, en plus d’aider les employés, stimulent l’économie. Mais ça prend des investissements, rappelle Medhi El Gaied. «Ce ne sont pas toutes les entreprises qui peuvent acheter une érablière de 30 000 entailles…»

Dans ce dossier

• La double vie des travailleurs saisonniers
• Mobilité d’emploi : les Québécois bien enracinés
• Le travail saisonnier en déclin

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