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Emplois en abondance dans les TIC

La société devient de plus en plus informatisée, au moment où le bassin de jeunes travailleurs progresse très lentement. Conséquence : les employeurs s’arrachent les finissants en TIC.

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Le faible nombre de diplômés en TIC au collégial et à l’université reste l’un des enjeux majeurs sur le plan de l’emploi. Malgré une légère hausse de 6 % depuis 2006, les inscriptions en TIC dans les établissements collégiaux ne sont plus ce qu’elles étaient. En effet, elles ont diminué de 67 % entre 1999 et 2010, selon TECHNOCompétences, le Comité sectoriel de main-d’œuvre en technologies de l’information et des communications.

Pourtant, les emplois ne risquent pas de manquer au cours des prochaines années dans ce secteur. «On estime à 7 500 le nombre de postes en TIC à pourvoir au Québec chaque année d’ici 2014», signale Vincent Corbeil, gestionnaire de projets à l’information sur le marché du travail pour TECHNOCompétences.

La vie après le cégep

Résultat : les taux de placement sont excellents pour les diplômés des TIC qui se lancent sur le marché du travail après leurs études collégiales. Les services de placement des cégeps consultés sont unanimes : le déséquilibre est flagrant entre le nombre de diplômés disponibles et les offres d’emploi reçues par les établissements scolaires. «Dans les 5 dernières années, nous avons reçu 400 offres d’emploi pour 50 finis­sants du programme Techniques de l’informatique, spécialisation Informatique de gestion. En 2012, notre collège a admis une quinzaine d’étudiants en première année. Combien seront-ils à la fin de la formation? Trop peu pour répondre à la demande du marché. Même si les inscriptions doublaient, les perspectives d’emploi seraient encore favorables pour nos diplômés», estime Caroline Hamel, responsable du Service de placement au Cégep de Trois-Rivières. Qui plus est, les cohortes d’étudiants des TIC sont parfois extrêmement petites. Les 10 derniers diplômés* de la spécialisation Informatique de gestion ont pu consulter 98 offres d’emploi, de janvier à juin 2012.

Même si les inscriptions doublaient, les perspectives d’emploi seraient encore favorables pour nos diplômés.
Caroline Hamel, responsable du Service de placement au Cégep de Trois-Rivières

Au Cégep de Matane, la demande accrue de diplômés en informatique s’explique notamment par le départ de plusieurs jeunes vers les grands centres urbains, laissant vacants des postes dans leur région natale. Dans l’est du Québec, le manque de diplômés se justifie également, entre autres facteurs, par la décroissance du bassin démographique, affirme Brigitte Lavoie, responsable du Service des communications et du recrutement. «Moins d’élèves dans les écoles secondaires, ça signifie moins de diplômés au secondaire et moins de candidats à la poursuite d’études au collégial», fait-elle remarquer.

Une chasse à l’emploi facile

Au Cégep du Vieux Montréal, les 30 finissants de 2012** du programme Techniques de l’informatique ont pu consulter plus de 4 offres d’emploi chacun, la plupart pour des postes de programmeurs et de développeurs de logiciels. «Les établissements publics, comme les centres hospitaliers et les établissements scolaires, embauchent beaucoup en raison des nombreux départs à la retraite», explique Louise Phaneuf, technicienne en information.
«Depuis deux ans, on assiste aussi à une belle remontée des emplois disponibles en animation 3D, à cause des productions cinématographiques qui ont lieu à Montréal et de la création de petits studios», indique Pierre Grenier, coordonnateur du Département de cinéma d’animation pour le même établissement. Selon lui, les 23 diplômés de 2012** en animation 3D et synthèse d’images devraient décrocher facilement un emploi dans les domaines des effets visuels ou du long-métrage.

«Nos diplômés sont recherchés pour leurs talents de généralistes. Ils occupent principalement des postes d’animateurs 3D et 2D, de modeleurs, de techniciens à la stéréoscopie ou au compositing. Concrètement, ces derniers utilisent un procédé pour restituer le relief d’une image à partir de deux images planes ou réalisent les dernières étapes de la création des images», précise-t-il. De plus, le quart de ces jeunes travailleurs possèdent un atout de taille : ils ont en poche deux diplômes, un en animation 3D et un second en dessin animé.

Le passage au bac

Des emplois aux conditions de travail intéressantes ne suffisent pas aux diplômés collégiaux : ils sont en quête de meilleurs postes et de meilleurs salaires, souligne Louise Phaneuf. Voilà pourquoi, année après année, un grand nombre d’entre eux poursuivent leurs études à l’université.

Au Collège Montmorency, six des neuf diplômés de 2011 du programme Technologie de l’électronique, spécialisation Ordinateurs et réseaux ont entrepris des études universitaires. «On manque de candidats pour satisfaire aux besoins du marché du travail. Quand j’ai dix finissants et que la moitié poursuit à l’université, il est évident que les cinq autres trouvent rapidement un poste», constate Luc Thomas, conseiller à la vie étudiante.

En rattrapage!

Si les inscriptions au collégial sont en baisse, la situation est semblable dans les programmes universitaires. Mais après plusieurs années de diminution, les chiffres remontent. Allan Doyle, directeur du Service des stages et du placement à l’École Polytechnique Montréal, note qu’entre 2009 et 2011, les inscriptions ont augmenté de 2,6 % en génie électrique, de 2,4 % en génie informatique et de 16,4 % en génie logiciel.

«Ces hausses ne suffisent pas à récupérer le retard accumulé», déplore toutefois Vincent Corbeil. Celui-ci rappelle que les inscriptions au premier cycle universitaire en TIC ont, pour leur part, baissé de 7,6 % par année entre 2003 et 2007. Cette diminution constante a créé une rareté de la main-d’œuvre sur le marché du travail, difficile à rattraper depuis.

Les travailleurs se font rares

D’ici 2014, Emploi-Québec prévoit un manque d’analystes et de consultants en informatique, de gestionnaires de systèmes informatiques, d’ingénieurs électriciens et électroniciens, d’ingénieurs informaticiens et d’ingénieurs en logiciel.

Cette pénurie a un impact sur les méthodes d’embauche. «Beaucoup d’employeurs préféreraient trouver des travailleurs expérimentés. Mais, constatant leur rareté, ils se rabattent sur les finissants et acceptent de compléter leur formation dans l’entreprise», explique Darlene Hnatchuk, gestionnaire des liaisons corporatives au Centre de carrière en génie de l’Université McGill.

De son côté, Julie Bonenfant, coordonnatrice emploi, stage et orientation à l’Université du Québec à Rimouski, avance que «le manque de filles dans les programmes de TIC contribue à la rareté des finissants». Les sciences de l’informatique sont la seule discipline où le pourcentage de femmes est inférieur à ce qu’il était en 1992-1993, selon l’Association canadienne de la technologie de l’information.

Abondance d’offres

Bien sûr, les perspectives d’emploi pourraient être affectées si une nouvelle crise économique devait survenir. Mais les étudiants auraient tort de s’en faire, selon Serge Gagné, directeur de la section placement à l’Université de Sherbrooke. «La différence est si grande entre le nombre de finissants et la demande qu’on a une bonne marge de manœuvre», dit-il.
Cela se reflète dans la hausse des offres d’emploi reçues à l’École de technologie supérieure (ÉTS). Entre 2009 et 2012, le nombre de postes par finissant disponible est passé de 2,8 à 4,6 en génie électrique, de 3,5 à 5 en génie de la production automatisée et de 4,4 à 18,1 en génie logiciel! Les étudiants en ont pris bonne note. L’ÉTS prévoit une hausse d’environ 35 % de ses diplômés en génie logiciel dans deux ans.

Il y a de la compétition pour les meilleurs postes.
Serge Gagné, directeur de la section placement à l’Université de Sherbrooke

À HEC Montréal, on forme une trentaine de gestionnaires des TIC par année. Ils travailleront notamment comme analystes d’affaires, analystes en sécurité informatique ou consultants. Entre 2010 et 2012, alors que les offres d’emploi reçues à HEC Montréal augmentaient en moyenne de 15 %, celles reliées aux TIC bondissaient de 40 %!

En génie électrique, la demande est soutenue par les télécommunications, où la R&D règne en maître. «La compétition est très forte. Les Vidéotron, TELUS ou Bell cherchent à innover et à augmenter la performance et la fiabilité de leurs réseaux», explique Pierre Rivet, directeur du Service de l’enseignement coopératif à l’ÉTS.

Le secteur manufacturier est toujours au ralenti, mais cela pourrait profiter aux ingénieurs en production automatisée. «Les entreprises cherchent à aug­menter leur efficacité en automatisant leur production», poursuit Pierre Rivet, citant en exemple le secteur de l’aéronautique.

Les pièges

Pour certains étudiants, cette abondance recèle des pièges. Marie-Ève Lavigne, conseillère en emploi à l’Université Laval, explique que les étudiants en TIC sont nombreux à travailler dans leur domaine pendant leurs études. «Parfois, ils ne terminent pas leur programme, parce qu’ils ont trouvé un emploi, dit-elle. Mais à moyen terme, cela pourrait leur nuire, surtout si l’économie ralentit.»

Serge Gagné note que certains étudiants se préparent moins et omettent de venir rencontrer les employeurs lors des journées carrières. «Pourtant, il y a de la compétition pour les meilleurs postes, prévient-il. Et une bonne préparation sert aussi à bien cerner les emplois qui nous intéressent.»

Les finissants en TIC seraient-ils trop gâtés? Alors que les perspectives continuent de leur être favorables, ils pourraient bien laisser filer leur emploi de rêve par excès de confiance!


* Le stage des étudiants n’étant pas terminé au moment d’écrire ces lignes, en juillet 2012, les chiffres sont officieux.

** Compte tenu de la grève étudiante, le nombre exact de finissants pour l’année 2011-2012 était inconnu lors de la rédaction de cet article, en juillet 2012.

Les carrières des technologies de l’information et des communications 2013

Cet article est tiré du guide
Les carrières des technologies de l’information et des communications 2013

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