Portrait métier :
Chef pilote, Hélicoptère

Ce mois-ci nous découvrons un métier plutôt méconnu et pourtant recherché au Québec : celui de pilote d’hélicoptère.

Nicolas Duval est chef pilote – hélicoptère chez Airmedic et aujourd’hui il nous présente son métier dans les moindres détails!

Jobboom : En quoi consiste le métier de chef pilote?

Nicolas Duval : Mon métier consiste, au commencement, à piloter les appareils utilisés par Airmedic lors de missions de transferts pré-hospitaliers (transport de patients vers un centre hospitalier après un accident ou pour un don d’organes) ou inter-hospitaliers (transfert de patients entre centres hospitaliers) de patients au Québec. Dans mon cas, il s’agit de piloter des hélicoptères.

Au sein d’Airmedic, j’occupe le poste de chef pilote sous la supervision du directeur des opérations. Je suis donc responsable des tâches suivantes :

  • la supervision des équipages pour m’assurer qu’ils respectent les normes professionnelles
  • l’élaboration des horaires des équipages
  • l’élaboration des procédures normalisées (que devront suivre de manière similaire l’ensemble de nos équipages)
  • la réalisation des formations de nos pilotes au sol ou en vol
  • la correction des examens
  • les suivis des dossiers de nos équipages
  • la distribution des rapports d’incidents ou d’évènements

Je vais également prodiguer des conseils et des directives aux équipages, comme par exemple, les informer de procédures particulières d’approche sur un héliport donné ou de nouvelles procédures de sécurité liées à un évènement qui est survenu dans une précédente mission ou même dans une autre organisation dans le monde.

Et enfin, je continue à opérer en tant que pilote – commandant de bord, ce qui me permet d’évaluer les procédures et mises en place et d’effectuer la formation initiale pour tout nouveau pilote qui rejoint l’organisation.

Jobboom : Pourquoi avoir choisi le métier de chef pilote?

N.D : C’est un métier fascinant qui me procure une sensation de liberté incroyable! La rémunération est également très respectable.

Les défis que l’on doit relever dans ce métier m’ont aussi poussé à le choisir : les missions sont toutes différentes, comme les conditions météorologiques et les lieux d’intervention ainsi que le fait d’apporter de l’aide aux personnes qui en ont besoin.  Il n’y a jamais de répétition dans ce métier, on ne s’ennuie jamais.

Jobboom : Quelles sont les compétences primordiales pour exercer le métier de chef pilote?

N.D : Évidemment, il faut avoir une bonne connaissance technique et des expériences variées de pilotage, de jour comme de nuit, dans des conditions météo différentes, avec du vol visuel ou à l’aide des instruments. Cela demande aussi d’être une personne polyvalente, à qui les horaires variés ne font pas peur.

Avoir des bonnes compétences d’orateur avec de bonnes habilités à communiquer autant à l’oral qu’à l’écrit est essentiel pour faire passer de nouvelles directives et former les équipes.

Jobboom : Quels sont les traits de personnalité particulièrement utiles pour devenir chef pilote?

N.D : Être un bon leader, être à l’écoute et positif sont des traits de personnalité qui s’avèrent très utiles pour assurer la gestion des membres d’équipage et prendre les bonnes décisions au moment où il faut les prendre.

Ce métier demande aussi d’être quelqu’un de rigoureux, méthodique et structuré dans ses suivis de dossiers de personnels ou d’équipage. Il est également bon d’être débrouillard et d’avoir l’esprit vif parce qu’il faut parfois trouver des options comme changer le plan de vol en cours de mission ou trouver où se ravitailler en essence.

Il faut également avoir un bon jugement. Comme je le disais, on est en charge de personnes, d’un patient, d’un appareil et la situation peut vite évoluer ou des incidents inattendus peuvent arriver. Cela demande de savoir bien et vite évaluer la situation pour réagir en conséquence.

Jobboom : Quels sont les principaux défis à surmonter en tant que chef pilote?

N.D : Le principal défi est de devoir faire face à chaque mission à une situation nouvelle. Comme je le mentionnais précédemment, les lieux d’intervention, la météo, l’état des patients diffèrent à chaque mission.

Il y a, par exemple, pour la météo des outils à notre disposition pour les prévisions, mais cela demande toujours un travail d’interprétation surtout dans des zones isolées où les données sont moins précises. Cela demande une belle gestion des risques puisqu’on a également en charge la gestion des équipages ainsi que de mener à bien la mission de manière sécuritaire.

Le deuxième défi est d’intégrer le médical au domaine de l’aviation. On parle de deux domaines d’expertise très éloignés et on les juxtapose l’un avec l’autre. On doit développer une complémentarité entre les pilotes et le personnel médical envoyés sur la mission.

Il faut être en symbiose puisqu’il y a toujours des interactions. On doit en effet dialoguer en permanence entre nous pour mettre en place le meilleur plan possible pour rapatrier notre patient : on peut par exemple leur indiquer les centres hospitaliers à proximité dont ils n’ont pas forcement connaissance.

Mais cela passe aussi par le fait d’inculquer aux personnels médicaux les notions de sécurité des vols auxquelles ils sont moins habitués et pour certains, c’est même une nouveauté. Et la sécurité, ça commence dès la gestion des ressources humaines en s’assurant que tout le personnel va bien et ne rencontre pas de difficultés tant personnelles que professionnelles qui pourraient avoir des répercussions négatives sur la mission.

Un autre défi que l’on doit relever à ce poste est de former correctement un nouveau pilote, de l’entraîner, en développant son expérience. Par exemple, en début d’année 2016, nous avons obtenu le droit d’opérer en vol de nuit avec des lunettes adaptées. Acquérir de l’expérience sur ce type de qualification est difficile puisque les lunettes de vision de nuit n’offrent qu’un champ de vision de 40 degrés versus 180 lorsqu’on vole aux instruments. Alors cela demande énormément d’heures pour acquérir l’expérience nécessaire. Mais cela nous a permis d’avoir plus d’options pour répondre à toutes les demandes que nous recevons et d’aller partout à n’importe quel moment.

Airmedic tente d’ailleurs de relever un nouveau défi en demandant à Transport Canada le droit d’opérer commercialement aux instruments. Pour cela nous établissons de nouvelles procédures d’utilisation normalisée. Tous les pilotes chez Airmedic sont qualifiés aux instruments mais l’organisation n’avait pas encore demandé ce droit à Transports Canada. Ce que nous faisons actuellement avec le directeur des opérations.

Jobboom : À quoi ressemble une journée type en tant que chef pilote chez Airmedic?

N.D : Notre compagnie fonctionne sur appel et on ne sait jamais quand la sonnerie va retentir. Donc lorsqu’on se rend au travail, on peut venir pour s’occuper de l’administratif, des formations, des corrections d’examens, de mises à jour de dossiers ou, par exemple, pour planifier une simulation avec un de nos clients, ou bien on peut être immédiatement appelé sur une mission.

Quoiqu’il arrive, que l’on ait volé ou non, notre journée est limitée à 14 heures consécutives. Ainsi, on ne sera pas envoyé en mission vers la fin de notre quart de travail si la mission risque de dépasser le temps restant sur notre journée de travail. C’est pourquoi nous recrutons afin de consolider les équipes et d’avoir en tout temps un équipage disponible pour partir en mission. On alterne présentement entre nos deux bases, celle de Saint-Hubert et celle au Saguenay. Nous devons également respecter un délai de dix heures de repos entre chaque journée de travail.

On constate aussi que les appels arrivent plutôt en fin de journée et en début de soirée. C’est pourquoi nous privilégions ces horaires-là pour être au bureau. Mais avec le poste de chef pilote et toutes les tâches administratives qui y sont rattachées, on est obligé de commencer notre journée plus tôt, ce qui réduit les probabilités d’être appelé en intervention.

Jobboom : Quelles sont les carrières vers lesquelles un chef pilote pourrait facilement se transférer?

N.D: Le poste de chef pilote offre beaucoup d’opportunités dans d’autres compagnies comme des plateformes de forage ou des compagnies forestières qui opèrent de manière commerciale (transport de passagers) ou n’importe quel type d’organisation qui opère commercialement. Les responsabilités resteraient très similaires mais l’objet des missions serait différent.

Jobboom : Quelles études et formations peut-on suivre pour devenir chef pilote?

N.D : Parlons tout d’abord du parcours pour exercer le métier de pilote . Il y a deux chemins principaux : un civil et l’autre militaire.

Mon parcours personnel est militaire. J’ai opéré une vingtaine d’années au sein des Forces armées canadiennes. C’est l’armée qui a financé l’ensemble de ma formation.

J’ai tout d’abord obtenu un baccalauréat en génie civil pour acquérir les compétences mécaniques et mathématiques qui sont assujetties au métier de pilote et devenir officier des Forces armées. Les pilotes ne sont pas tous ingénieurs, il peut y avoir d’autres spécialisations mais le niveau baccalauréat est obligatoire pour devenir officier.

J’ai ensuite passé au sein des Forces une batterie de tests au sol et avec simulateurs et des examens médicaux bien évidemment.  À noter que la surveillance médicale est annualisée tout au long de notre carrière de pilote et tous les 6 mois quand on dépasse les 40 ans.

On devient alors tout d’abord co-pilote, on acquiert de l’expérience à ce poste, on est continuellement entraîné, envoyé en déploiement, formé. Et on peut éventuellement tenter par la suite de passer ses qualifications en tant que commandant de bord et instructeur. Tous les commandants de bord ne sont pas instructeurs, mais c’est ce que j’ai fait pour ma part.

J’ai finalement quitté les Forces armées pour rejoindre les équipes d’Airmedic en février 2016 quand le poste s’est ouvert.

L’autre cheminement possible pour devenir pilote est civil, c’est à dire qu’une personne choisit par elle-même d’aller obtenir sa licence de vol pour opérer dans le privé après 200 heures, puis dans le commercial en obtenant une qualification de vol aux instruments et de nuit. Cela représente un important investissement financier puisque pour obtenir une licence professionnelle, il faut compter entre 40 000 et 100 000 dollars. La location des hélicoptères pour effectuer des heures de vol et acquérir de l’expérience coûte en effet très cher.

Le métier de chef pilote découle, lui, de plusieurs années d’expérience en tant que pilote d’hélicoptère. Pour devenir chef pilote, on doit répondre à plusieurs exigences de Transports Canada qui sont les suivantes :

  • Une licence professionnelle de pilotage d’hélicoptère que l’on peut obtenir après 1500 heures de vol ;
  • Une qualification de vol aux instruments de groupe 4;
  • Au moins 3 années d’expérience en vol commercial en tant que pilote commandant de bord.

Il s’agit du minimum requis.

Ensuite, une organisation commerciale comme Airmedic détient plusieurs types d’appareils donc le pilote doit être qualifié sur au moins un des appareils.

Et il doit enfin réussir un examen théorique de Transports Canada et une entrevue de plusieurs heures menée par un ou deux inspecteurs pendant laquelle on est interrogé sur notre connaissance du manuel d’exploitation (tout ce que l’on a le droit de faire ou non en tant que compagnie commerciale). Le manuel d’exploitation est propre à chaque compagnie mais certains points se recoupent avec d’autres organisations comme les lois et règlements de Transports Canada. Par exemple, toutes les compagnies commerciales doivent respecter la réglementation concernant le nombre d’heures maximum travaillées ainsi que le temps minimal de repos entre deux journées de travail.

Jobboom : Quelles sont les possibilités d’avancement pour un chef pilote chez Airmedic?

N.D : Au sein d’Airmedic, je pourrais envisager de devenir directeur des opérations, c’est à dire une fonction de gestionnaire, plus administrative.

Jobboom : Avez-vous des conseils pour ceux qui seraient intéressés par ce métier?

N.D : Évidemment, il faut s’investir dans ses études et travailler fort. Mais mon conseil serait surtout de persévérer. Si votre rêve est de piloter, il faut foncer et tout tenter pour y parvenir. On peut obtenir une licence privée pour piloter pour le plaisir ou une licence commerciale pour en faire son métier.

Vous aurez ensuite la possibilité de prendre plus de responsabilités en devenant instructeur ou chef pilote pour transmettre votre expérience aux nouveaux pilotes.

Jobboom : Avez-vous une anecdote de travail particulièrement marquante à nous raconter?

N.D : Je vous parlais précédemment de l’importance d’inculquer les notions de sécurité au personnel médical qui part en intervention avec nous. Il faut être en pleine possession de ses moyens et justement, un jour, il est arrivé un incident à un infirmier. Il souffrait d’une intoxication alimentaire, mais il a quand même décidé de partir en mission… et il s’est retrouvé à gérer la situation dans l’espace clos de la cabine de l’hélicoptère!

Jobboom : Est-ce qu’exercer ce métier vous rend heureux?

N.D : Oui absolument. Ce métier n’est jamais redondant, et c’est motivant de relever des défis chaque jour pour arriver à sauver des vies à chaque mission. C’est extrêmement valorisant de voir que notre expertise est utilisée à bon escient pour aider les autres et leur porter secours.

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Le point de vue du recruteur :

Jobboom : Quelles sont les compétences clés que vous cherchez sur le CV d’un chef pilote?

Roxane Gauthier, Conseillère ressources humaines : En plus des exigences académiques et des licences requises, les compétences clés recherchées sont notamment une expérience de travail au sein d’équipes multidisciplinaires, dans un environnement en constant changement, où la capacité d’adaptation est essentielle. La capacité à travailler sous pression et à composer avec des délais serrés sera aussi prise en compte.

Jobboom : Est-ce que vous demandez également aux candidats de vous faire parvenir une lettre de présentation lorsqu’ils appliquent à une offre ?

R.G : Une lettre de présentation n’est pas obligatoirement requise lors d’une application chez Airmedic, toutefois, le fait d’inclure une telle lettre permet au candidat de communiquer des informations additionnelles et par le fait même de se distinguer des autres applications. Encore faut-il que ladite lettre soit rédigée de façon personnalisée, et non générique, afin qu’elle soit considérée comme une valeur ajoutée au dossier de candidature.

Jobboom : Quels sont les éléments clés qui retiendront votre attention lors de l’entrevue ?

R.G : Le niveau de connaissance des activités de l’entreprise et de sa mission, la compréhension du poste auquel le candidat applique ainsi que les compétences et l’expérience pertinente en lien avec le poste convoité sont tous des éléments pouvant retenir notre attention lors de l’entrevue. De plus, l’arrimage entre les valeurs de notre entreprise et celles du candidat est un élément qui retiendra certainement notre attention.

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