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Le métier de maréchal-ferrant

Le métier de maréchal-ferrant

Richard Morin, maréchal-ferrant et enseignant de maréchalerie à l’Institut de technologie agroalimentaire de La Pocatière
Photo : Guillaume D. Cyr

Ou comment gagner sa vie comme au XVe siècle.

Je ferre et j’entretiens les pieds des chevaux depuis une quarantaine d’années. Je m’occupe de chevaux de course, de randonnée, d’équitation classique ou western et même de rares bêtes qui servent encore aux travaux de la ferme.

Le fer sert à empêcher l’usure du sabot, la corne qui protège le pied du cheval. Comme un ongle chez l’humain, cette corne pousse continuellement et doit être taillée.

Je m’occupe de certains chevaux depuis 28 ans. On s’attache à ceux qui sont gentils, moins à ceux qui sont impatients.

Le métier de maréchal-ferrant n’a pas changé à travers les siècles. Il ne sera jamais remplacé par des machines, même s’il est dur physiquement, pour le dos, surtout, puisqu’on est continuellement penché.

Dans les courses, on peut aller chercher quelques fractions de seconde en s’assurant que l’animal est vraiment d’aplomb dans son angle naturel.

On doit ferrer les bêtes toutes les six semaines en été et toutes les huit semaines en hiver. On retire d’abord le vieux fer pour enlever, à la pince, la corne qui a poussé sous le pied depuis le dernier ferrage. On lime ensuite le dessous du sabot pour le mettre de niveau avec les autres sabots. Puis, on remet le fer ou, s’il est trop usé, on en pose un nouveau. Il faut d’abord chauffer le fer sur le feu de forge avant de l’appliquer à chaud sur le sabot quelques secondes pour qu’il en prenne la forme. Puis, on refroidit le fer pour pouvoir le poser à mains nues, le clouer et fabriquer les rivures, des crochets qui en augmentent la solidité.

J’ai subi plusieurs ruades, mais je n’ai jamais été blessé sérieusement. Il faut toujours rester proche du cheval. Le pire endroit, c’est à deux ou à trois pieds derrière lui, là où on peut recevoir un coup de patte en extension maximale. Je l’ai échappé belle une fois : un cheval de 2 000 livres m’a fait traverser l’écurie en vol plané sur une quinzaine de pieds!

Dans une journée, je peux ferrer environ six chevaux. Cela prend environ une heure pour les quatre pattes, mais il faut aussi compter les déplacements d’une écurie à l’autre. Avant, le client amenait son cheval à forge. De nos jours, c’est le maréchal-ferrant qui va au cheval. Je transporte tout mon matériel dans mon camion, y compris le feu de forge.

Chaque cheval a une démarche unique. Le maréchal-ferrant peut aider à régler les défauts de locomotion et diverses pathologies, comme l’arthrite ou la boiterie, et prolonger ainsi la vie du cheval.

Dans les courses, on peut aller chercher quelques fractions de seconde en s’assurant que l’animal est vraiment d’aplomb dans son angle naturel. L’une de mes satisfactions : quand un cheval dont je m’occupe remporte une compétition. Je me dis alors que c’est parce qu’il était bien ferré!

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