Navigation des articles

melissa-guillemette

Le CV a de la concurrence

shredder

Pourquoi présenter un document Word aux employeurs quand votre vie est étalée sur le Web?

Il n’y a pas l’ombre d’un curriculum vitæ sur le bureau de Mireille Couture ni dans un quelconque dossier de son ordinateur. Pourtant, sa tâche principale est de recruter des professionnels et des cadres pour Bombardier Produits Récréatifs, à Valcourt et Sherbrooke. «J’imprime seulement le curriculum vitæ avant de faire une entrevue pour prendre des notes, mais ce n’est pas le document de base de mes recrutements.»

Cette recruteuse branchée passe plutôt sa vie sur LinkedIn. «C’est le plus gros réseau professionnel, rappelle-t-elle. Et les profils sont beaucoup plus à jour que les CV.» D’ailleurs, un postulant sur le site Web de BPR peut directement lier sa demande d’emploi à son profil LinkedIn.

Avec les réseaux sociaux et les données qu’on laisse sur le Web, le CV est-il menacé? Pourquoi les recruteurs comme Mireille Couture se contenteraient-ils d’une version formatée et contrôlée de vos expériences alors qu’ils peuvent trouver beaucoup plus d’information en ligne?

«Le Web est votre curriculum vitæ et les réseaux sociaux sont vos références», écrivait en mai dernier Vala Afshar, auteur et vice-président du marketing chez Enterasys Networks, une entreprise de routage et de solutions de sécurité. Pas fou!

Les traditionnels

Ne partons pas en peur. À l’événement sur le recrutement innovant #TruMontréal, en octobre dernier, un vox pop rapide nous a permis de constater que le CV demeure un outil encore bien utilisé par les recruteurs. «Les gestionnaires nous le demandent encore, indique Sandrine Théard, fondatrice de l’événement et consultante en recrutement. Un profil LinkedIn ne leur suffit pas, ils veulent le document classique.»

Avec toutes les données qu’on trouve sur le Web, c’est de plus en plus facile de démasquer les menteurs.
— Philippe Nieuwbourg, UQAM

Et au Service de gestion de carrière de HEC Montréal, la principale tâche des conseillers reste d’aider les étudiants et diplômés à faire leur CV. «C’est leur outil de marketing, dit le directeur Pierre Francq. Le candidat essaie d’attirer l’attention de l’employeur pour avoir une entrevue.»

Sauf que le CV a maintenant de la concurrence.

Difficile, par contre, d’évaluer avec certitude à quel point les recruteurs recourent aussi aux réseaux sociaux. Aux États-Unis, seules 2,9 % des embauches leur sont dues directement, selon un rapport de 2013 de CareerXroads. Mais leur véritable rôle est sous-estimé, précise le document. Car si un candidat voit passer une offre d’emploi sur Twitter et postule sur le site Carrières de l’entreprise, son recrutement ne sera pas comptabilisé dans «embauche via les réseaux sociaux» mais dans «site Carrières».

En plus d’utiliser les réseaux sociaux pour diffuser leurs offres d’emploi, les recruteurs s’en servent parfois pour valider les dossiers des candidats. «Récemment, un vice-président a eu des propos machistes sur Twitter, raconte Sandrine Théard. Je ne l’embaucherais jamais.»

Ici gît le roi des menteurs

Tant mieux si le CV finit par perdre le monopole, dit Nathalie Carrénard, chasseuse de têtes à la Banque Nationale du Canada. «Ce que j’aime avec tous les changements en recrutement, c’est qu’on va s’intéresser aux personnes autrement que par leur CV. Un CV, c’est une seule dimension; c’est une page lisse. Les gens sont plus complexes que ça.»

Ainsi, une adjointe administrative branchée sur la techno peut le faire ressortir dans son profil LinkedIn, par les nouvelles qu’elle publie ou les interactions qu’elle suscite, en plus de le verbaliser de manière dynamique. Le CV s’y prête moins, en raison du format figé et du ton formel.

Vos contacts sur les réseaux sociaux aussi sont une mine d’informations pour les recruteurs. L’outil Tactics HR, créé en Nouvelle-Écosse, leur permet justement de chercher des candidats sur Twitter à partir des données de localisation, des sujets de discussion, mais surtout en fonction de réseaux.

«Si une personne est connectée avec d’autres dont tu connais les performances, qu’elles se suivent mutuellement et s’échangent du contenu, tu peux imaginer qu’elle est respectée par ces contacts», estime le cofondateur de Tactics HR, Tim Burke, qui part du principe que les bons vendeurs réseautent avec les bons vendeurs.

Pourvu qu’on prenne soin de l’alimenter, le profil en ligne est donc plus complet. Il est aussi probablement plus véridique. Près d’un Canadien sur cinq exagère ses responsabilités passées dans son CV, indique un sondage d’ADP mené en 2010. Mais en ligne, on ment moins sur les expériences et les études, de crainte de se faire prendre, selon une étude de l’Université Cornell.

«Avec toutes les données qu’on trouve sur le Web, c’est de plus en plus facile de démasquer les menteurs», affirme Philippe Nieuwbourg, analyste en intelligence d’affaires et chargé de cours à l’UQAM. Enjoliver son titre ou étirer la durée d’un emploi devient moins tentant quand on sait que l’ex-employeur et les anciens collègues peuvent épier notre profil à tout moment…

Les mensonges les plus communs dans les CV

19 %  Exagération des responsabilités passées
17 %  Compétences fictives
15 %  Détails cachés
12 %  Falsification de titre

Source : Déformer la vérité pour décrocher un emploi, ADP Canada (2010)

Source de recrutement

Référence
(principalement d’un employé à l’interne)
24,5 %
Page Carrières de l’entreprise sur le Web 24,3 %
Site d’emploi 18 %
Chasseur de têtes 6,8 %
Établissement d’enseignement
(service de placement et stage)
5,5 %
Réembauche 3,3 %
Agence de placement et de recrutement 3,1 %
Médias sociaux 2,9 %
Média imprimé 2,3 %
Foire d’emploi 1,2 %
Visite non sollicitée 0,3 %
Autre 7,2 %

Source : CareerXroads, Sources of Hire Report 2013, rapport réalisé à partir des données concernant 185 000 embauches de 37 entreprises américaines en 2012

Dans ce dossier :

commentez@jobboom.com

Partager