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Finance : Montréal n’est pas en reste

La finance québécoise a-t-elle encore un avenir? Fusion boursière ou pas, il y a tout de même quelque 126 000 professionnels des affaires dans la seule région montréalaise. C’est plus que dans les industries aéronautique, pharmaceutique et des jeux vidéo confondues!

Alors que Toronto parade en 10e position du palmarès des centres financiers internationaux du Global Financial Centres Index, Montréal occupe plus modestement le 26e rang du prestigieux classement londonien. Pourtant, forte de 108 000 emplois répartis dans plus de 3 700 entreprises, la grande région montréalaise a beaucoup à offrir pour qui veut frayer avec les requins de la finance.

Les conditions de travail des pros de la finance vont souvent bien au-delà des salaires et des commissions, en particulier dans le domaine bancaire, où l’on joue des coudes pour attirer et garder ses troupes.

«Si l’on inclut tous les avocats fiscalistes et les chercheurs, on parle de 126 000 professionnels dans la région, ce qui représente autant de travailleurs que dans les technologies de l’information», lance John Rooke, vice-président développement des affaires du Centre Financier International de Montréal.

Et c’est sans compter les centaines de cracks de l’informatique qui planchent ici même sur la plateforme technologique qui fait tourner les bourses de Londres, d’Oslo et de Rome. Le Mouvement Desjardins assure à lui seul 16 000 emplois à Montréal, auxquels s’ajoutent ceux des autres gros joueurs des banques et de l’assurance, dont plusieurs ont leur siège social au centre-ville (voir tableau).

«Avant la récession, le climat de l’emploi en finance était déjà exceptionnel» à Montréal, raconte Jean-Philippe Gauthier, directeur du recrutement à la firme de gestion en ressources humaines Robert Half International. Même au plus fort de la crise, le marché de l’emploi financier à Montréal s’est mieux tiré d’affaire que celui des États-Unis, mais les entreprises roulaient en équipes réduites. Aujourd’hui, elles recommencent à embaucher.

Emploi-Québec juge les perspectives d’emploi favorables dans la plupart des professions du secteur et prévoit 7 000 postes de plus d’ici 2015.

Machine à sous

«Quand le marché bouge, l’argent bouge : il faut des gens pour le faire bouger et d’autres pour vérifier qu’il bouge correctement», résume Jean-Philippe Gauthier. De fait, les professions les plus demandées dans le Montréal financier sont celles du secteur des valeurs mobilières et des banques (qui regroupaient, en 2010, 38 % et 40 % des emplois en finance), devant celui de l’assurance (22 %). D’après Emploi-Québec, on manque surtout de vérificateurs et de comptables, ainsi que de conseillers et de planificateurs financiers.

L’arrivée en masse des baby-boomers à l’âge où l’on se préoccupe davantage du rendement de ses placements favorise le recours aux services de spécialistes, notent les analystes d’Emploi-Québec. «Même si l’on voit passer des demandes dans le créneau des investissements, le gros des postes est du côté des équipes comptables qui soutiennent les services financiers. Pour un emploi en finance, on en compte quasiment dix en comptabilité», ajoute Jean-Philippe Gauthier.

Dans le domaine de l’assurance, les agents et les courtiers sont les plus recherchés, notamment à cause des conditions de travail jugées difficiles. Comme l’explique Hugues Leroux, économiste à Emploi-Québec, «ces métiers ont un plus fort taux de roulement, car les horaires de travail sont souvent irréguliers et les salaires sont en grande partie à la commission».

Les grands employeurs du Québec

Mouvement des Caisses Desjardins : 39 786 employés (16 000 dans le Grand Montréal)
Groupe Banque Nationale : 14 581 employés (10 141 dans le Grand Montréal)
Groupe RBC : 8 028 employés (4 600 à Montréal)
BMO Groupe financier : 5 000 employés (3 250 à Montréal)
Power Corporation du Canada : 4 134 employés (3 200 à Montréal)
Groupe Financier Banque TD : 3 335 employés (3 000 à Montréal)
Banque Laurentienne : 3 200 employés (2 000 à Montréal)

Une rémunération «incitative»

Travailler à la commission ou à la prime n’est pourtant pas une mauvaise affaire pour tout le monde. «Ça peut même être extrêmement payant, dit Jean-Philippe Gauthier. Tous les employés en vente ou impliqués dans les investissements font des bonis. Les montants dépendent du volume des transactions.» La crème de la crème : les fameux traders des banques, qui font fructifier les gros capitaux et peuvent multiplier leur salaire fixe par deux, quatre, six ou même davantage dans une «bonne» année.

Les salaires fixes, du coup, ne reflètent qu’une partie de la réalité pour tout un pan des travailleurs du secteur.

Selon Emploi-Québec, un conseiller en finances personnelles gagne en moyenne 63 000 $. Le Guide salarial 2011 de Robert Half International avance des fourchettes de 88 000 $ à 118 000 $ pour un gestionnaire de portefeuille et de 57 300 $ à 89 000 $ pour un analyste en placement. Quant aux postes comptables dans les institutions bancaires, ils affichent des maximums s’échelonnant de 48 000 $ (comptable de fiducies) à 131 000 $ (gestionnaire de la conformité), en passant par 106 000 $ (comptable de fonds spéculatifs).

La guerre des talents

Les conditions de travail des pros de la finance vont souvent bien au-delà des salaires et des commissions, en particulier dans le domaine bancaire, où l’on joue des coudes pour attirer et garder ses troupes.
Ainsi, en plus d’offrir des ristournes sur les taux hypothécaires et autres cartes de crédit comme le font ses concurrents, la Banque Nationale chouchoute ses employés grâce au télétravail et aux horaires flexibles.
«C’est un élément de notre culture d’entreprise qui est très apprécié en entrevue d’embauche, raconte Anne-Marie Bourgeois, directrice du recrutement. Nous essayons d’ailleurs de mettre nos employés d’expérience à contribution pour qu’ils vendent dans leur réseau ce type d’avantage non financier que nous offrons comme employeur.» Et la compétition est rude : la RBC vient d’être reconnue comme le meilleur lieu de travail au Canada pour les personnes de plus de 40 ans, avec des arguments similaires…

Chez Desjardins, on mise aussi sur le bouche-à-oreille. Comme l’explique Louise Grégoire, vice-présidence Acquisition de talents, Relève et Carrière, «nous sommes en train de choisir des employés dans les secteurs les plus critiques, comme la gestion des risques et les finances, pour jouer le rôle d’ambassadeurs sur les plateformes des réseaux sociaux tels Linkedin, Twitter ou Facebook».

«Nous recherchons à la fois des gens d’expérience et des jeunes à former. En plus des compétences techniques et des certifications réglementaires obligatoires, les candidats doivent avoir d’excellentes aptitudes à la communication interpersonnelle, une bonne faculté d’écoute et un sens élevé du service à la clientèle», note Anne-Marie Bourgeois.

L’avenir est donc radieux pour les ambitieux de la finance, qui bénéficieront, peut-être encore plus que les autres, de la prochaine vague de départs à la retraite. «Les employeurs de ce secteur recherchent surtout des employés très polyvalents et expérimentés. Or ce sont ces gens-là qui quitteront bientôt le marché du travail. Les entreprises n’auront d’autre choix que de miser davantage sur la relève», conclut Hugues Leroux.

La finance à Montréal

  • Une bourse spécialisée dans les produits dérivés qui se lancera dans le marché du carbone.
  • Une expertise dans les plateformes technologiques boursières (SOLA).
  • Des mégagestionnaires de caisses de retraite : Caisse de dépôt et placement et Investissements PSP.
  • Une quarantaine de gestionnaires d’actifs.

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Dans ce dossier

• Québec, carrefour de l’assurance

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