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Des citoyens se lancent dans l’éolien

Le prix Nobel d’économie de 2009, l’Américaine Elinor Ostrom, affirmait que la meilleure façon de développer les ressources naturelles est la gestion collective. Portrait d’un projet québécois d’investissement citoyen dans l’éolien.

Au milieu des années 2000, des résidents de Saint-Gédéon, petit village tranquille mais apparemment venteux du Lac-Saint-Jean, sont contactés par des promoteurs qui voient un potentiel éolien dans la région. On veut qu’ils signent des contrats pour permettre l’installation de turbines sur leurs terrains en échange de rétributions.

Les résidents, surtout des agriculteurs, en décident autrement. «Une bonne partie d’entre eux avaient déjà des réflexes coopératifs et une expérience en entrepreneuriat collectif», raconte Patrick Côté, un citoyen qui habite sur le territoire convoité et enseignant en économie au Cégep de Jonquière. «Certains étaient impliqués dans une coopérative agroalimentaire ou de machinerie agricole, d’autres avaient relancé une fromagerie ensemble.» Ils décident que, pas plus fous qu’un autre, ils peuvent eux-mêmes développer un parc éolien et «garder le contrôle».

Inspirée par des modèles danois et allemands, la coopérative de solidarité Val-Éo est fondée en 2005 par une cinquantaine d’agriculteurs et propriétaires fonciers du coin. Elle s’associera ensuite à la firme Algonquin Power & Utilities Corp. pour soumettre à Hydro-Québec un projet de 50 MW, soit assez pour subvenir aux besoins énergétiques de 2 500 résidences.

Cinq ans plus tard, Hydro-Québec acceptait le projet dans le cadre d’un appel d’offres d’énergie éolienne issue de projets communautaires. La mise en service des huit turbines est prévue pour 2015, à condition que les études de faisabilité soient positives et que le montage financier se complète. Seulement pour la phase de développement qui précède la construction, Val-Éo doit amasser au minimum deux millions de dollars. Au total, le parc éolien coûtera 70 millions.

Pour atteindre le premier objectif, l’entreprise vend des parts aux citoyens et aux municipalités, une première au Québec. Déjà, une centaine d’investisseurs se sont associés au projet.

Val-Éo estime qu’ils se partageront chaque année au-delà d’un demi-million en redevances.

«C’est de l’argent qui va rester dans la région, qui ne partira pas au siège social d’une entreprise à Montréal ou ailleurs dans le monde», explique Patrick Côté, le directeur général. Autre avantage, la région est en train d’acquérir une expertise en développement éolien.

La route n’est toutefois pas sans embûches. La coopérative doit se conformer aux mêmes normes qu’une grande entreprise et composer avec des citoyens qui veulent garder leur paysage intact.

N’empêche, le fait qu’un projet soit profondément ancré dans le milieu, ce qui est le propre de l’entrepreneuriat collectif, «ça change énormément la façon de faire du business, selon Patrick Côté. Une organisation étrangère qui fait des affaires au Lac-Saint-Jean ne gère pas son entreprise de la même façon qu’un entrepreneur qui vit à Chicoutimi, qui a son chalet dans les Monts-Valin et qui veut conserver une bonne réputation dans la région. Dans le cas de Val-Éo, les propriétaires sont ceux qui vont vivre 25 ans avec les éoliennes.»

La coopérative a beaucoup de pression sur les épaules. Si le parc éolien voit le jour, les citoyens de la région de Saint-Gédéon, ou d’ailleurs au Québec, voudront peut-être lancer d’autres projets d’investissement collectif. «Mais si on échoue, pense Patrick Côté, ce sera l’effet inverse : plusieurs diront que ça ne marche jamais, les projets collectifs.»

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