La question farfelue : la meilleure façon d’y répondre

Je me souviens encore de l’une de mes premières entrevues en tant que candidat. J’avais postulé pour animer des ateliers de recherche d’emploi pour des adolescents.

Une des membres du comité de sélection m’avait demandé : Mathieu, pour toi, c’est quoi un jeune? 

C’est quoi un jeune?! Euh… Hum…

Je m’étais alors demandé si elle s’attendait à une définition générique du genre : Jeune, mot masculin désignant une personne peu avancée en âge…

Peut-être préférait-elle une réponse poétique : Pour moi, le jeune représente le berceau de notre civilisation. C’est l’engrais du monde de demain…

Bref, je n’ai pas eu l’emploi et, sur le coup, je me suis demandé si je devais en attribuer la responsabilité à cette satanée question.

La technique pour déstabiliser

La question farfelue peut prendre différentes formes. Voici des exemples :

  • Si vous étiez le premier ministre du Québec, vous feriez quoi?
  • Parlez-moi d’un jeu que vous aimiez particulièrement quand vous étiez enfant.
  • Voici un stylo. Faites semblant que vous voulez me le vendre.

Peu importe la formule, son but est clairement d’amener le candidat ailleurs, très loin des discours formatés que tout chercheur d’emploi pratique devant le miroir.

C’est une façon de vérifier la capacité en temps réel du candidat à s’adapter à un imprévu, ce qui est utile pour un poste où il faut se montrer habile avec le public.

Si le candidat paralyse et se met à bafouiller, cela représente déjà un indice.

À l’inverse, s’il fait preuve de répartie et trouve une manière de rebondir sur la question pour mettre en avant une nouvelle facette de sa personnalité ; tout en démontrant son humour, il vient alors de tirer avantage de la situation.

Normalement, un recruteur ne devrait pas se montrer trop sévère à l’égard d’un candidat qui bloque face à une telle question. Pour le candidat, cela devrait représenter une occasion de marquer des points supplémentaires, pas d’en perdre.

Quand je mène moi-même des entrevues d’embauche, j’évite les questions trop farfelues, car on risque de perdre la qualité de la relation avec le candidat.

Certains risquent de se dire : Mais ce recruteur est vraiment trop bizarre! Est-ce qu’il vient de s’enfuir de l’asile? ou encore Il se montre cruel envers moi en me posant de telles questions. 

Dans un cas comme dans l’autre, le candidat demeure davantage sur ses gardes par la suite, ce que je ne souhaite pas.

Par contre, il m’arrive de poser une question qui pourrait sembler farfelue. Par exemple, si le candidat me dit qu’il adore la littérature, aimant moi-aussi les romans, je peux lui demander de me parler d’un livre qui l’a vraiment marqué.

Cette question me permet d’évaluer la passion du candidat et de connaitre ses idées d’une façon plus large que celle d’une entrevue standard.

Toutefois, malheureusement pour eux et pour moi, il arrive que des candidats se figent, car ils se sentent trop loin des contenus habituels d’une entrevue d’embauche.

Comment bien y répondre

J’ai eu un client qui m’a fait part d’une question farfelue d’entrevue qui lui avait été posée.

« Si vous étiez un fruit, lequel seriez-vous? »

Sa réponse avait été : « Un kiwi, car je suis poilu. »

Ce qui s’avérait positif pour lui avait été son aisance à répondre de façon spontanée. Toutefois, pour le comité de sélection, je ne pense pas que de savoir qu’il est poilu apporte quelque chose de plus pour l’évaluer.

Dans l’idéal, il aurait pu commencer sa réponse de la même manière pour provoquer un léger sourire. L’humour est toujours le bienvenu avec une question farfelue.

Je dirais le kiwi. D’entrée de jeu, j’aurais envie de dire que la raison est que je suis poilu…

Toutefois, il aurait pu approfondir la suite de sa réponse pour tenter de marquer un point supplémentaire.

…mais j’ai surtout envie de vous dire que le kiwi est un fruit savoureux au goût tout comme moi. J’aime divertir les gens, les faire rire. En plus, le kiwi a aussi de grandes valeurs nutritives avec sa haute teneur en vitamine C. Je sais apporter des idées constructives qui vont nourrir mon équipe.

Bien entendu, votre réponse ne doit pas être trop longue non plus. Oubliez tout de suite l’idée de faire un discours de 30 minutes sur votre ressemblance avec un kiwi.

Ce qui est difficile dans la préparation aux questions farfelues est qu’il est impossible de savoir la forme qu’elles peuvent prendre. Leurs forces est justement d’être inattendues.

Si vous avez préparé une belle réponse à la question sur le fruit qui vous représente le plus, mais qu’on vous demande plutôt de vous comparer à un animal tropical, que faites-vous?

Ici, il s’agit de développer votre capacité à improviser. La meilleure manière de vous préparer demeure de vous pratiquer en aiguisant votre esprit de façon continue.

Pour cette raison en particulier, j’apprécie de regarder certains talk-shows.

En ce qui me concerne, j’aime bien Jimmy Fallon qui pose souvent des questions farfelues à ses invités ou propose des jeux un peu absurdes.

En général, ses invités donnent de très bons exemples de comment faire preuve de répartie tout en ne se prenant pas trop au sérieux. Ce type d’entrevue peut devenir une source d’inspiration pour vous, bien que les objectifs visés soient complètement différents de ceux d’un entretien d’embauche.

En entrevue, dites-vous que toutes les questions ont leur raison d’être. Quand vous vous sentez déstabilisé par une question, demandez-vous quelle est l’intention du recruteur derrière celle-ci. Ce questionnement devrait vous réaligner dans la bonne direction!

Par Mathieu Guénette, Conseiller d’orientation, « Les Chercheurs de sens ».

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Mathieu Guénette

Mathieu Guénette est un conseiller d’orientation à son compte de plus de 20 ans d’expérience, auteur, chargé de cours et ayant travaillé auprès d’une clientèle variée (jeunes, adultes, gestionnaires, chercheurs d’emploi). En 2017, il a obtenu à la fois le prix professionnel de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec et celui du Livre RH de l'année de l'Ordre des CRHA pour l’ouvrage Le candidat viscéral. Il offre ses services à Montréal, dans Lanaudière et à distance. Son site internet regorge de références pratiques pour vous : Les chercheurs de sens.

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