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Stabilité pour les conseillers juridiques

Me Anthony Houde et Me Nadia Martel, Bombardier Produits Récréatifs
Photo : Sofia Photographe

Contrairement aux avocats en cabinet, les conseillers juridiques ne butinent pas de client en client. Car ils n’en ont qu’un seul : l’entreprise qui les emploie.

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Etre aux premières loges : voilà pourquoi Anthony Houde a choisi à l’été 2011 de devenir conseiller juridique chez Bombardier Produits Récréatifs (BRP). Admis au Barreau en 2009, ce spécialiste du droit du travail avait passé près de deux ans dans un cabinet de Montréal.

«J’ai un intérêt marqué pour le monde de l’entreprise. J’aime côtoyer des gens aussi différents que des ingénieurs, des spécialistes du marketing et des fournisseurs. Je veux aussi participer aux prises de décision», dit cet avocat de 28 ans, également titulaire d’un MBA.

Les conseillers juridiques travaillent pour les contentieux d’entreprises, de ministères et d’organismes gouvernementaux ainsi que pour des organismes sans but lucratif.

Conseillère juridique principale chez BRP, Nadia Martel se souvient également des défis particuliers reliés à la pratique privée. Elle a pratiqué le droit commercial, corporatif et fiscal au sein de grands cabinets montréalais pendant six ans avant de faire le saut en entreprise. «J’étais très intéressée par les nombreux enjeux auxquels faisaient face nos clients, mais souvent, on ne nous consultait que pour une transaction spécifique ou un dossier précis. À moins de le demander à ses clients, il est difficile, en cabinet, de savoir quels sont les résultats concrets de ses interventions sur la destinée de l’entreprise», indique Me Martel, au service de BRP depuis 2004.

En outre, certains aspects de la pratique privée ne conviennent pas à tous. C’était le cas de René Khayat, qui a exercé pendant quatre ans en cabinet. «Je n’étais pas à l’aise au sujet de la recherche constante de clientèle ni des objectifs d’heures facturables», explique Me Khayat, qui travaille pour le Cirque du Soleil depuis 1998 et en est le vice-président affaires juridiques et commerciales depuis 2006.

«À cause des contraintes de budget des clients en cabinet, je ne pouvais pas non plus approfondir les sujets abordés. Ce qui était très frustrant.»

Pour sa part, après avoir passé une dizaine d’années en cabinet, Bruno-Étienne Duguay est désormais vice-président aux affaires juridiques chez Novacap, un fonds d’investissements privés. Novacap investit de l’argent dans d’autres compagnies afin de les aider à croître et à se développer. Me Duguay souligne à quel point travailler chez Novacap lui a permis «d’être au cœur de l’action».

Une connaissance intime du milieu

Aujourd’hui, Anthony Houde et Nadia Martel s’impliquent dans divers comités de BRP. Ils y côtoient des spécialistes en ingénierie, en marketing, en approvisionnement et en finances. Et, parce qu’ils connaissent bien leur milieu, ils disent être en mesure d’anticiper les futurs besoins de leur employeur, chose impensable dans l’univers des cabinets, où l’on agit au cas par cas. Même son de cloche du côté de Me Khayat, qui sillonne la planète afin de négocier des droits en propriété intellectuelle et de discuter des ententes avec des promoteurs de spectacles. «J’ai maintenant le temps et les ressources nécessaires pour approfondir toutes les questions juridiques que cela implique», dit-il.

Un univers varié

Les conseillers juridiques travaillent pour les contentieux d’entreprises, de ministères et d’organismes gouvernementaux ainsi que pour des organismes sans but lucratif. Selon un sondage de 2010 commandé par l’Association canadienne des conseillers juridiques d’entreprises (ACCJE), le salaire de base annuel moyen se situe à 150 500 $. À cela s’ajoutent des bonis et des avantages sociaux d’une valeur annuelle de 38 000 $.

Étant donné que les conseillers ne peuvent pas tout connaître, il doivent parfois confier certains mandats juridiques à des bureaux d’avocats externes.

Les conseillers juridiques travaillent dans des contentieux dont la taille dépend de l’entreprise et de son secteur d’activité. Par exemple, Novacap, qui emploie environ 25 personnes, dispose d’un contentieux de 2 employés. Celui du Cirque du Soleil en compte 25. «Mais le Cirque a plus de 5 000 salariés, dont 2 000 au Québec», souligne Me Khayat.

La nature du travail varie aussi en fonction du type d’entreprise. Par exemple, les conseillers juridiques s’occupent plus de conformité réglementaire s’ils sont employés par des sociétés dont les actions sont transigées en Bourse et ils exercent davantage en litige s’ils travaillent pour un ministère ou un organisme gouvernemental. Les conseillers juridiques pratiquent également dans d’autres domaines comme la gouvernance, l’emploi et la main-d’œuvre, la propriété intellectuelle ou l’environnement.

Tous les conseillers juridiques – qu’importe leur milieu – doivent s’assurer que leur employeur respecte les réglementations propres à son secteur d’activité. Ils s’occupent aussi des réclamations et des procédures touchant les clients et les fournisseurs.
Et étant donné que les conseillers ne peuvent pas tout connaître, il doivent parfois confier certains mandats juridiques à des bureaux d’avocats externes. «Par exemple, si Novacap pensait un jour à acheter une compagnie en Ohio, je pourrais alors faire appel à un bureau d’avocats de cette région, bien au fait de la fiscalité et du droit des affaires typiques à l’Ohio», illustre Me Duguay. Il revient alors aux conseillers juridiques de veiller au bon déroulement de ces dossiers donnés en impartition et à en contrôler les coûts.

Diminuer le risque

Qu’ils soient de petite ou grande taille, tous les contentieux d’entreprises partagent la même mission fondamentale : gérer et diminuer le risque des décisions d’affaires. Il faut éviter, par exemple, qu’une entente en fusion-acquisition d’entreprise ne dérape en raison de l’opposition d’actionnaires minoritaires. Ou qu’une entente pour le développement d’un site minier soit bloquée parce que les évaluations d’impact environnemental sont déficientes.

La plupart des conseillers juridiques commencent leur carrière en cabinet privé.

La détection de ces risques est une question de «réflexes», soutient Me Duguay. Car personne n’ira agiter une petite clochette aux oreilles du conseiller juridique afin de le prévenir de l’existence de tel risque de nature environnementale ou de tel autre de nature fiscale. Mais comment développer ces automatismes? «En s’impliquant à fond dans l’entreprise afin de connaître ses stratégies, ses contraintes et ses enjeux. Et en misant sur une expérience personnelle variée en droit des affaires, acquise en cabinet», précise Me Duguay.

C’est pourquoi la plupart des conseillers juridiques commencent leur carrière en cabinet privé. D’ailleurs, selon le sondage de l’ACCJE, près de neuf conseillers juridiques sur dix ont travaillé en cabinet, durant six ans en moyenne.

Grâce à cette expérience en cabinet, ils auront développé leur sens critique et des connaissances très utiles. Mais dès qu’ils auront franchi les portes de l’entreprise, ils auront alors à relever un tout autre défi, celui de collaborer, quotidiennement, avec des gens ne parlant pas le langage du droit. Car, comme le dit Me Houde, «il faut toujours se mettre dans la peau des autres. Si on veut être compris, il faut savoir vulgariser notre vocabulaire de juriste.»

Cet article est tiré du guide
Les carrières du droit 2013

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