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Prendre une pause pour mieux travailler

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Pour contrer la fatigue et donner un bon rendement, rien de tel que… le repos.

Il y a de cela une éternité, à l’époque où je travaillais pour une boîte de communication, je faisais partie d’une équipe qui s’échinait sur le lancement d’un nouveau produit. Presque tout mon temps éveillé y passait.

Un vendredi en fin d’après-midi, une collègue plus chevronnée m’a dit : «Décroche donc, ce week-end.»

J’en suis restée bouche bée. J’avais intégré – sans doute à l’université – la notion qu’il faut travailler tant qu’il y a de l’ouvrage. L’idée d’aller prendre l’air 15 minutes ne m’aurait jamais traversé l’esprit.

J’ai encore tendance à presser mon propre citron, mais comme disent les fumeurs repentants, j’essaie d’arrêter. J’ai appris récemment que j’aurais sans doute plus d’énergie si je prenais le temps de souffler.

Ressource limitée

«Les études révèlent que la productivité est meilleure lorsque les travailleurs prennent une pause durant la journée», me confirme Julie Ménard, professeure au Département de psychologie de l’UQAM, qui s’intéresse tout particulièrement à la récupération chez les travailleurs.

Combien de pauses? De quelle durée? Ça reste encore à découvrir.

Mais ce qui est certain, c’est que l’énergie que nous consacrons au travail est une ressource limitée. Un peu comme lors d’un entraînement sportif, il faut s’accorder des périodes de repos pour reprendre des forces.

«Là où ça devient risqué, c’est quand on surinvestit des ressources dans la sphère du travail, de sorte qu’il ne nous en reste plus, qu’on s’épuise», dit Julie Ménard, en insistant sur l’importance de se changer les idées les soirs et les fins de semaine.

Prévoir son travail en fonction de son besoin de récupération est une idée qui fait son chemin.

Une évidence? Beaucoup de travailleurs semblent l’avoir oubliée. Au Québec, de 1998 à 2010, le temps de travail a augmenté en moyenne de 3,9 heures par semaine, alors que le temps de loisir a diminué presque d’autant parmi la population active, rapporte l’Association canadienne pour la santé mentale.

Concrètement, on coupe dans nos heures de sommeil pour éviter les bouchons de circulation, on mange devant l’ordinateur, on ramène du travail à la maison, on traîne un téléphone intelligent qui relaie nos courriels et, quand les signes de fatigue se manifestent, on se rabat sur le cappuccino.

D’où ce sentiment de lassitude installé à demeure chez plusieurs.

Accepter la fatigue

Prévoir son travail en fonction de son besoin de récupération est une idée qui fait son chemin chez les gourous du management.

C’est ce que prône notamment Tony Schwartz, fondateur et pdg de la firme new-yorkaise The Energy Project, qui offre des formations sur le mieux-être dans des organisations comme Apple, Google et Sony.

Se basant sur des travaux scientifiques sur les états de veille et de sommeil, il conseille de travailler de manière concentrée 90 minutes à la fois, pas plus, puis de prendre une pause régénératrice : faire de l’exercice, une sieste ou manger1.

Pourquoi 90 minutes? Parce que c’est la durée des cycles au cours desquels notre vigilance fluctue au fil de la journée.

«Il faut accepter le fait qu’on n’est pas des machines qui doivent toujours être optimales», me confie pour sa part Étienne Garbugli.

Ce Montréalais, consultant en ergonomie des systèmes informatiques, a mis en ligne une série de conseils intitulée 26 Time Management Hacks I Wish I’d Known at 20 (26 astuces de gestion du temps que j’aurais aimé connaître à 20 ans).

Sa présentation a été désignée comme la plus appréciée des utilisateurs du site SlideShare en 2013. Parmi les perles de sagesse qu’on y trouve, il y a celle-ci : «procrastinez entre les périodes de travail intense».

Lui-même affirme travailler par sprints de 50 minutes entrecoupés de pauses d’une dizaine de minutes.

C’est à peu de chose près le principe de la technique Pomodoro, qui date de la fin des années 1980 : on détermine une tâche à accomplir, on règle une minuterie pour 25 minutes, durant lesquelles on restera concentré sur l’objectif, puis on prend une pause de 5 minutes.

Après quatre cycles, on s’arrête plus longtemps, soit 15 minutes.

Travailler mieux

À ce rythme, on travaille à peine cinq ou six heures par jour, mais on accomplit plus en moins de temps, selon les adeptes. La méthode ne convient peut-être pas à tous, mais elle permet au moins de prendre conscience des variables que sont l’énergie, le temps et les priorités dans toute démarche qui se veut productive.

De courriels en réunions, n’est-il pas facile de s’éloigner de ses objectifs, même si on a l’impression de se démener? Qui n’a jamais terminé une journée avec les piles à plat et la sensation de n’avoir rien avancé? On se dit alors : «Pourtant, je n’ai pas arrêté.»

Il aurait sans doute fallu…

1. Tony Schwartz, Be Excellent at Anything, Free Press, réédition 2011.

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