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Pour en finir avec l’obsession universitaire

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Pourquoi tend-on toujours à considérer le diplôme universitaire comme seule et unique voie valable pour gagner sa vie?

J’ai lu avec intérêt le dossier de L’Actualité sur l’indice québécois d’équité entre les générations.

Dans l’article, le panel d’experts réuni pour en analyser les résultats se questionne notamment sur la capacité des jeunes à maintenir leur niveau de vie actuel dans l’avenir. L’ex-ministre des Finances du Québec Monique Jérôme-Forget suggère comme solution de promouvoir l’éducation pour faire passer la proportion de diplômés universitaires de 30 à 80 %.

Un tel commentaire colporte l’idée beaucoup trop répandue selon laquelle il n’y a que l’université qui soit une voie valable pour s’assurer une bonne qualité de vie. Cette pensée restrictive tend du même coup à discréditer la formation professionnelle et technique, qui, pourtant, offre d’excellents débouchés.

Bien sûr, l’université est une excellente voie. Cependant, je ne pense pas que la société se porterait mieux si le nombre de diplômés universitaires passait de 30 à 80 %. Tout simplement parce que ce ne sont pas 80 % des emplois qui requièrent des compétences universitaires.

Les conséquences d’une telle hausse seraient bien plus négatives que positives :

  • le chômage chez les jeunes augmenterait, car les trop nombreux diplômés universitaires chercheraient en vain des emplois qualifiés;
  • l’endettement étoufferait les jeunes, incapables de rembourser leur prêt étudiant contracté pour payer des études, qui, en bout de ligne, ne leur permettent pas de travailler;
  • le taux de surqualification des jeunes, déjà fort élevé, exploserait, parce que des diplômés universitaires seraient forcés d’accepter des postes demandant des qualifications moindres, faute de mieux.

Il faut cesser cette fixation sur l’université comme unique voie de salut. Oui, l’éducation, c’est la liberté, mais encore faut-il que cette éducation nous permette de gagner notre vie. Et pour ça, il existe d’autres options tout aussi valables (sinon encore plus).

Les deux tiers des formations gagnantes sélectionnées dans le guide Les carrières d’avenir 2014 sont des formations professionnelles et techniques. Dans plusieurs d’entre elles, les diplômés se sont placés moins d’un mois après avoir terminé leurs études, et, dans certains cas, avant même d’avoir obtenu leur diplôme, tant le manque de main-d’œuvre est criant.

La plupart de ces formations permettent en outre d’obtenir de très bons salaires… parfois bien meilleurs que ceux obtenus par des diplômés universitaires. Et comme les formations professionnelles et techniques sont moins longues que les formations universitaires, les diplômés intègrent plus rapidement le marché du travail, donc commencent plus tôt à épargner, à consommer, et à payer de l’impôt; bref, à contribuer à la société.

Un commentaire comme celui de Mme Jérôme-Forget cible le mauvais problème. Selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, un tiers des 25-64 ans ne possédait aucun diplôme qualifiant (professionnel, technique ou universitaire) en 2012. À mon sens, c’est davantage là-dessus qu’il faudrait se pencher.

Si on veut vraiment que les jeunes puissent maintenir leur niveau de vie dans l’avenir, ne visons pas 80 % de diplômés universitaires; visons plutôt 100 % de diplômés, point à la ligne.

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Croyez-vous que l’on insiste trop sur la formation universitaire, au détriment des autres niveaux d’enseignement? Venez en discuter sur LinkedIn.

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Simon Granger

Simon Granger s'intéresse aux enjeux touchant la formation, l'orientation professionnelle et l'accession au marché du travail. Il aime le café filtre, le point-virgule et les mots croisés.

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