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Les yeux du réseau routier montréalais

Les yeux du réseau routier montréalais

Pierre Charbonneau

Pierre Charbonneau, contrôleur de la circulation principal, Centre intégré de gestion de la circulation de Montréal, Transports Québec
Photo : Martin Laprise

Tableau de bord

Je suis chef d’équipe des contrôleurs de la circulation. Cinq ou six contrôleurs sont en poste en tout temps. Notre rôle est de repérer tout événement qui perturbe la circulation – panne, accident, débris sur la chaussée, piéton, animal, etc. – et d’intervenir afin de sécuriser les lieux et de dégager le réseau le plus rapidement possible.

À Montréal, 178 caméras sont braquées sur le réseau de Transports Québec (principalement formé des autoroutes 15, 25, 40 et 720). Il y en a aussi 85 dans le tunnel Ville-Marie et une quarantaine dans le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine.

Deux contrôleurs observent le réseau en direct sur 60 écrans. Comme le tunnel Ville-Marie est particulièrement critique, un contrôleur y est affecté exclusivement. Le tunnel compte 12 000 points d’information : caméras, ventilateurs, feux de voies, détecteurs de gaz, etc. Lors d’un événement, le contrôleur peut réagir à distance en signalant la fermeture d’une voie avec les feux et en actionnant les ventilateurs pour évacuer la fumée, par exemple.

Nous devons également informer les usagers de toute perturbation. Un contrôleur s’occupe donc des 34 panneaux fixes et un autre des panneaux mobiles (il y en a 316, mais tous ne sont pas toujours en fonction). Nous y affichons les messages pertinents sur la fluidité de la circulation, les accidents, les fermetures de voies, les travaux à venir. Un dernier contrôleur communique avec les médias et les chroniqueurs à la circulation.

Le réseau est très achalandé. Par exemple, plus de 200 000 véhicules circulent tous les jours à la jonction des autoroutes 15 et 40. En 2011, 54 000 événements ont été signalés par l’équipe du Centre. Chacun déclenche une intervention : un surveillant routier est toujours dépêché pour sécuriser les lieux. Grâce à notre vue d’ensemble, nous guidons les services d’urgence vers le meilleur chemin pour se rendre sur place et éviter la congestion.

Comme chef d’équipe, je m’assure que tout se passe bien et je donne un coup de main quand trop d’événements surviennent en même temps. J’ai déjà vu 40 incidents se produire simultanément!

En 10 ans, j’ai vu beaucoup d’événements tragiques : des suicides, des voies de fait, des agressions sexuelles, des accidents, des poursuites policières. En pareils cas, la tension monte. Mais il faut garder son sang-froid et faire ce qu’on a à faire.

Peu de gens sont conscients que quelqu’un veille sur eux quand ils sont sur la route et qu’ils seront pris en main en cas d’incident. Je me sens très utile.

Michel Coulombe

Michel Coulombe, surveillant routier, Transports Québec
Photo : Martin Laprise

Sur la route

Je suis surveillant routier depuis 24 ans. Je patrouille la portion du réseau routier de Montréal qui relève de Transports Québec (principalement formé des autoroutes 15, 25, 40 et 720). Je me vois comme une pilule contre le cholestérol : je débloque les artères!

En général, nous sommes huit ou neuf surveillants sur le réseau en tout temps. Le Centre intégré de gestion de la circulation nous envoie sur les lieux de chaque événement qui perturbe la circulation : véhicule en panne, accident, débris sur la chaussée, piéton, etc. Je franchis entre 300 et 600 km par jour. Le volume d’incidents est très variable. Pendant une grosse journée, je réponds à 40 appels.

Quand j’ai un appel du Centre, je me rends sur les lieux le plus rapidement possible. Nos camionnettes ne sont pas reconnues comme véhicules d’urgence au sens de la loi, mais je peux emprunter l’accotement s’il y a de la congestion. Dans presque tous les cas, je ralentis la circulation avec les gyrophares et la flèche lumineuse sur le toit de ma camionnette, et je ferme une ou plusieurs voies avec des fusées routières et des cônes.

Les gens en panne sur l’autoroute sont souvent paniqués, je dois savoir les réconforter. Les automobilistes sont moins contents de me voir arriver quand c’est pour fermer leur sortie!

Une fois les lieux sécurisés, j’attends que les services comme la remorqueuse ou les policiers arrivent. Quand la situation est réglée et que la chaussée est dégagée, je rouvre tranquillement les voies.

Au fil des ans, j’ai à peu près tout vu sur la route. J’ai ramassé des frigidaires, des poêles, des sofas et même un VTT, échappé par un transporteur de Bombardier. J’ai aussi dû attraper des canetons quand une cane a décidé de nicher sur le bord de la 20. Plusieurs collègues ont eu à porter assistance à une femme en train d’accoucher. Heureusement, ça ne m’est jamais arrivé!

Le plus difficile, ce sont les accidents. La nuit, je suis souvent le premier arrivé, avant les ambulanciers et les pompiers. Je dois d’abord ériger un périmètre de sécurité pour éviter que la situation s’aggrave. Ensuite, j’essaie de réconforter les personnes impliquées. Des gens sont décédés alors que je leur tenais la main. Ça fait partie du métier.

Avant de travailler ici, j’étais irrité par toutes les interventions quand je circulais sur le réseau. Maintenant, je mesure à quel point c’est une grosse machine qui nécessite beaucoup d’entretien et d’attention.

Jean Morin

Jean Morin, technicien principal en électrotechnique, Centre intégré de gestion de la circulation de Montréal, Transports Québec
Photo : Martin Laprise

Système nerveux

Je suis technicien principal en électrotechnique. Avec mon équipe, je veille au bon fonctionnement de tous les systèmes de transport intelligents utilisés sur le réseau routier de Montréal et dans la salle de contrôle du Centre intégré de gestion de la circulation.

Plus de 300 caméras filment la circulation 24 heures par jour, 365 jours par année. Elles sont perchées en haut de fûts en béton ou sur les murs des tunnels. Nous vérifions tous les jours l’état de marche de chacune d’elles. Les bandes vidéo sont gardées sept jours. De temps en temps, le service de police nous demande un enregistrement pour voir comment s’est déroulé un accident.

Aux caméras s’ajoutent les panneaux à message fixes et mobiles, et les boucles de détection intégrées à l’asphalte, qui servent au comptage de véhicules pour les statistiques. Tout cela doit fonctionner pour que les contrôleurs puissent effectuer leur travail.

Vu la quantité de matériel, les bris d’équipement sont fréquents. Mes collègues et moi sortons tous les jours pour diagnostiquer des problèmes, remplacer des caméras, etc.

Dans le corridor principal – formé des autoroutes 15, 25, 40 et 720 –, les caméras sont disposées environ à chaque kilomètre. Si l’une d’elles cesse de fonctionner, les contrôleurs peuvent faire pivoter une caméra à proximité et utiliser le zoom pour regagner la visibilité. Mais si, pour une raison ou une autre, un tronçon de route n’est plus visible, il faut réparer le bris rapidement.

Dans le tunnel Ville-Marie, le bon fonctionnement de l’équipement est trop critique pour risquer une panne électrique. Deux génératrices alimentent les caméras, les feux de voies – que les contrôleurs mettent au rouge pour fermer une voie en cas de besoin –, les ventilateurs pour évacuer la fumée, les détecteurs de gaz. Ailleurs sur le réseau, on ne peut rien faire en cas de panne.

Après 11 ans, les autoroutes de l’île et de sa périphérie n’ont plus vraiment de secrets pour moi.

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