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Le mystère du prof idéal

Le mystère du prof idéal

Chacun a sa définition de ce qu’est un bon prof. Pour un consensus, il faudra repasser!

En 1929, une équipe de chercheurs internationale dirigée par deux Américains de l’Université de Chicago a entrepris de tracer le portrait-robot de l’enseignant idéal pour aider les universités à adapter la formation des maîtres.

Elle a accouché, 3 ans plus tard, d’une liste de 25 traits de personalité (et de dizaines de sous-traits) parmi lesquels on trouvait l’adaptabilité, la gentillesse, le bon jugement, l’honnêteté, la santé et même l’apparence personnelle!

Jusque dans les années 1950, des chercheurs ont sondé quantité d’élèves, d’administrateurs, d’enseignants et de parents pour cerner les qualités que doit posséder le prof parfait.

C’est ce qu’affirme Clermont Gauthier, responsable de la Chaire de recherche du Canada en étude de la formation à l’enseignement et professeur à l’Université Laval. «On s’est finalement rendu compte qu’on faisait des listes de critères qui n’avaient pas nécessairement de liens entre eux et qui ne pouvaient pas véritablement nous guider, dit-il. Par exemple, dans une liste de 80 qualités, on trouve, au fond, tout ce qui fait qu’une personne est agréable à côtoyer!»

Cette piste de recherche ayant été abandonnée, le mystère reste entier!

Plutôt que de définir ce qu’est un bon enseignant, la recherche en éducation s’intéresse désormais aux bonnes stratégies d’enseignement qui sont faciles à intégrer à la formation des maîtres de façon concrète. À ce sujet, «il existe différentes écoles de pensée, indique Clermont Gauthier, mais des données objectives démontrent que certaines approches fonctionnent mieux».

Parmi les recettes éprouvées, on trouve l’enseignement explicite. Selon cette approche, l’enseignant doit guider l’élève dans ses apprentissages ou lui laisser découvrir la matière par lui même plutôt que de lui «transmettre» ses connaissances. Par exemple, l’enseignant s’assurera de la compréhension de l’élève tout au long d’une explication plutôt que seulement lors de la correction d’un exercice.

Le bon enseignant serait donc celui qui «réussit à faire apprendre». C’est une vision partagée par Catherine Deshaies, une diplômée en enseignement du français au secondaire qui termine une maîtrise en didactique. «À la fin de l’année, je voudrais que mes élèves disent de moi “Elle était vraiment sévère, mais elle expliquait bien”.»

Perfectionnement accessible

Un bon enseignant doit se servir des résultats de la recherche en éducation pour donner ses cours, selon le professeur au Département d’éducation et pédagogie de l’UQAM Patrice Potvin.

De toute manière, les profs n’ont pas le choix, puisque la loi les oblige à suivre de la formation continue. Ils ont, d’ailleurs, facilement accès à des formations dans leur école, par exemple, sur les activités d’apprentissage. «J’ai déjà eu une conférence sur l’importance du rire en éducation! J’aurais peut-être aimé avoir autre chose…», lance cependant Luc Papineau, enseignant.

Cela dit, peu de profs retournent à l’université pour se perfectionner. «Durant les années 1970, des enseignants se faisaient décharger de leurs tâches pour aller faire un doctorat et revenir enseigner après! Aujourd’hui, les mesures incitatives pour continuer de se former à l’université sont rares», constate Patrice Potvin.

Notes personnelles

«Les bons profs ont souvent été de bons bums. Ils connaissent la game, savent quand laisser de la corde… Quand on a déjà été turbulent, on est plus solide, surtout pour l’enseignement au secondaire.»
– Luc Papineau, enseignant du français au secondaire, Lanaudière

«Pour moi, un bon prof est sociable. Il peut jaser avec les élèves et faire des blagues, pas juste chialer
— Olivier, élève de 2e secondaire, Saint-Constant

«Le bon enseignant se donne tous les jours. Il faut bien connaître sa matière et, aussi, aimer les enfants. C’est un travail de relations humaines.»
— Manon Bernard, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement

«Un bon prof, c’est quelqu’un qui n’est pas trop sévère, mais pas trop smatte non plus. Un mauvais prof, selon moi, c’est celui qui donne des examens-surprises.»
— Marie-Hélène, élève de 3e secondaire, Québec

«Le jackpot de la passion pour l’enseignement, c’est Marie-Josée Martin. Elle fait courir les élèves une demi-heure tous les matins, en leur faisant réviser les maths ou une autre matière. Elle donne beaucoup de devoirs et elle est très exigeante, mais, à la fin de l’année, les jeunes sont fiers de pouvoir courir 30 minutes et de s’être surpassés à l’école.»
— Kathy Landry, mère d’une élève de 5e année, Les Cèdres

«Un bon prof, c’est quelqu’un de gentil et qui fait bien son travail.»
— Gabriel, élève de 1re année, Montréal

«L’enseignante parfaite se résume en deux mots : Mme Estelle. Je l’ai eue comme prof au cours des deux dernières années (5e et 6e années). Elle est douce, mais ferme. Elle nous apprend à trouver nos forces, à travailler nos faiblesses et nos limites, mais, surtout, à nous accepter tels que nous sommes.»
— Julie-Pier, élève de 1re secondaire, Saint-Damien-de-Buckland


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