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La rémunération globale, bien plus que le salaire

Illustration: maia.carbonmade.com

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L’argent, ça ne change pas le monde, sauf que… Au moment de choisir un emploi, on tient évidemment compte du salaire offert. Mais est-ce la seule chose à considérer si l’on veut avoir une bonne idée de la rémunération globale? Et comment départager deux postes qui semblent équivalents quant au salaire et aux responsabilités?

Pour faire son choix entre deux offres d’emploi qui paraissent identiques, on ne doit pas tirer à pile ou face! Il faut surtout poser les bonnes questions aux recruteurs. «En creusant un peu, on se rend compte que des offres similaires peuvent présenter des différences ayant un gros impact sur la rémunération globale», dit Etienne Couture, ing., président du Réseau des ingénieurs du Québec (RIQ).

Hélène Chrétien, CRHA, associée, ressources humaines et recrutement chez Raymond Chabot Grant Thornton, précise pour sa part que plusieurs candidats n’ont d’yeux que pour le salaire brut. «Les jeunes qui sont ambitieux veulent, avec raison, faire le plus d’argent possible. Or, le salaire brut ne donne qu’une idée générale et incomplète», prévient-elle. Quelles questions faut-il donc poser pour obtenir une bonne vue d’ensemble?

Des points à explorer

Première question : à quel rythme le salaire sera-t-il révisé? Pour des raisons évidentes, «une révision aux trois mois aura bien plus d’impact qu’une révision aux six mois», constate Etienne Couture.

Les assurances collectives, le régime de retraite, les vacances, les jours de congé et la sécurité d’emploi représentent environ le quart du salaire brut. C’est drôlement important!
Hélène Chrétien

Deuxième question : les heures supplémentaires seront-elles rémunérées? Au-delà d’un seuil de 37 ou de 38 heures hebdomadaires, certaines entreprises majorent la rétribution de 50 %. D’autres reportent ces heures dans une «banque de temps», utilisable au besoin. Et, dans certains cas, les heures supplémentaires font carrément partie de la définition de tâches… au point de ne pas être payées du tout! La durée de la semaine de travail peut également varier de 35 à 40 heures. Et, bien sûr, plus la semaine est longue, moins le taux horaire est élevé.

Notons également que certains employeurs offrent des bonis annuels, et parfois même la possibilité de devenir actionnaire, ce qui peut être très intéressant au point de vue financier (voir encadré).

Troisième question : quels sont les avantages sociaux? «Les assurances collectives, le régime de retraite, les vacances, les jours de congé et la sécurité d’emploi représentent environ le quart du salaire brut. C’est drôlement important!» souligne Hélène Chrétien.

Et ces avantages varient d’un employeur à l’autre. Par exemple, un ingénieur pourrait, en début de carrière, profiter de deux semaines de vacances payées; un autre, en avoir trois. Dès son embauche au gouvernement provincial, un ingénieur aura droit à 4 semaines de vacances, auxquelles s’ajouteront 12 congés de maladie transférables d’une année à l’autre… et une sécurité d’emploi complète!

Plus que jamais, les entreprises sont prêtes à faire des compromis, mais il faut toujours poser la question. Les arrangements possibles ne sont pas les mêmes partout.
— Allan Doyle

Les différences vont plus loin. Par exemple, ArcelorMittal paie la totalité des primes d’assurance collective de ses ingénieurs. La compagnie finance aussi leur régime de retraite en y injectant une somme pouvant aller jusqu’à 7 % du salaire brut. Depuis 2012, les employés de la firme de génie-conseil BBA ont, pour leur part, droit à un «compte de gestion santé», c’est-à-dire à une somme d’argent annuelle fixe qu’ils utilisent comme ils l’entendent afin de payer leurs soins de santé, de la chiropratique aux soins dentaires, en passant par les lunettes.

Mais ce n’est pas tout, puisqu’en matière de flexibilité d’horaire, les entreprises ne sont pas toutes égales entre elles. Certaines proposent la semaine de quatre jours, d’autres non. «Plus que jamais, les entreprises sont prêtes à faire des compromis, mais il faut toujours poser la question. Les arrangements possibles ne sont pas les mêmes partout», constate Allan Doyle, directeur du Service des stages et du placement de Polytechnique Montréal.

Apprendre et progresser

Cela dit, on ne choisit pas un premier employeur uniquement pour la rémunération, aussi attrayante soit-elle. Il faut aimer ce que l’on fait et avoir l’occasion d’apprendre et de progresser. «Les premières expériences de travail doivent être de qualité afin de permettre le développement de compétences et d’habiletés. Elles sont déterminantes pour le futur», souligne André Raymond, directeur adjoint des services professionnels du Service de placement de l’Université Laval.

C’est ce que confirment des spécialistes du marché du travail. «Le jeune ingénieur doit développer ses compétences le plus rapidement et le plus systématiquement possible, car elles auront une influence directe sur la rémunération des années futures», constate Denis Giroux, vice-président aux relations professionnelles chez Dessau.

Mais comment savoir si un employeur offre un bon environnement d’apprentissage et de progression de carrière? «Encore une fois, en posant les bonnes questions, soutient Etienne Couture. Par exemple, à quelle fréquence pourra-t-on discuter de l’état de son travail et de ses projets? Et avec qui? Aux deux jours? Aux deux semaines?» illustre le président du RIQ.

Des entreprises misent d’ailleurs sur un encadrement de qualité et sur un plan de carrière bien défini afin d’attirer les professionnels. «Certaines établissent, dès l’embauche, des plans de développement de carrière sur deux ans. Les jeunes savent ainsi qu’ils ne feront jamais la même chose pendant plus de trois ou six mois», dit Allan Doyle.

Directeur ressources humaines chez BBA, une firme de génie-conseil de 700 employés, Martin Mathe, CRHA, offre à ses nouveaux ingénieurs au moins une semaine de formation par année afin de les aider à développer leurs habiletés techniques et leurs compétences en gestion.

Une rémunération globale intéressante et un encadrement de qualité, c’est bien beau, mais qu’en est-il de la sécurité d’emploi? Martin Mathe conseille de demander aux recruteurs comment l’entreprise réagit s’il y a une baisse du carnet de commandes. «Est-ce par des mises à pied? La compagnie s’arrange-t-elle pour partager le travail restant, par exemple en implantant des horaires de quatre jours par semaine?» Car la sécurité d’emploi, ça fait aussi partie de la rémunération…


Des bonis annuels à l’actionnariat

Certaines entreprises proposent des bonis annuels à la performance. Par exemple, les ingénieurs d’ArcelorMittal peuvent recevoir une prime pouvant représenter jusqu’à 15 % de leur salaire. On tient compte de l’évaluation du rendement de l’individu ainsi que des profits de l’entreprise. «La moyenne se situe à 10 %», mentionne Denis Carrier, directeur du recrutement. Puisqu’un ingénieur débute sa carrière à 70 000 $ par année, ce boni annuel pourrait atteindre plus de 10 000 $, «une somme qui est loin d’être négligeable», constate M. Carrier.

La firme d’ingénierie-conseil CIMA+, qui compte 2 300 employés, offre également la possibilité de devenir actionnaire. «Les employés peuvent acheter au moins 1 000 $ d’actions par an. Ce montant augmente en fonction de la performance de l’employé», dit Kazimir Olechnowicz, ing., fondateur et président-directeur général. En devenant actionnaire, l’employé bénéficie de la hausse de l’action de l’entreprise. «La hausse peut atteindre 50 % dans les bonnes années», dit M. Olechnowicz.

Qui gagne le plus ?

Comme le démontre l’édition 2013 de l’Enquête sur la rémunération directe des ingénieurs salariés du Québec, du Réseau des ingénieurs du Québec, certains milieux de travail sont plus payants que d’autres. Les champions de la rémunération sont les diplômés en génie géologique, avec un salaire de base moyen de 99 800 $. Les diplômés en génie informatique sont les moins fortunés, avec 81 500 $. Évidemment, l’expérience a beaucoup d’impact, car les débutants touchent facilement deux fois moins d’argent que les vétérans! Par exemple, les spécialistes du génie civil qui ont au plus 3 ans d’expérience affichent un salaire de base moyen de 56 400 $, comparativement à 125 100 $ pour ceux qui en ont au moins 28.

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