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La bosse des affaires

Détenir un titre comptable est un atout indéniable pour ceux qui rêvent de fonder leur propre entreprise. Témoignages de trois jeunes comptables professionnels qui se sont lancés en affaires.

Lyne Breton, CPA, CA
Photo : David Simard

Un parcours atypique

Lyne Breton, CPA, CA, a un solide sens des affaires. En plus de fonder son cabinet comptable en 2010, elle a décidé, en 2011, de s’associer à une PME : Coffrets Prestige. Cette compagnie vend des coffrets contenant un chèque-cadeau et un catalogue de toutes les activités auxquelles ce chèque donne droit.

«L’entrepreneuriat me donne beaucoup de latitude, car il me permet notamment de choisir mes mandats et mes collègues de travail», dit la copropriétaire du cabinet montréalais Breton Carvalho. La comptable professionnelle de 31 ans aime aussi réseauter et dénicher de nouveaux clients. «Je suis très sociable et je prends plaisir à aller à des cinq à sept ou à d’autres événements de ce type», explique-t-elle.

Devenue CA en 2006 après un stage en cabinet, Lyne Breton a d’abord travaillé un an à l’Ordre des comptables agréés du Québec en tant que conseillère Formation professionnelle et relève. Elle a ensuite enseigné l’administration des affaires dans une école secondaire au Pérou pendant un an, puis, de retour au Québec, a occupé un poste en vérification interne chez Agropur.

«J’ai démissionné d’Agropur parce que j’avais besoin d’une plus grande flexibilité dans mon quotidien professionnel : je préfère établir moi-même mes façons de faire», précise-t-elle.

En attendant l’emploi idéal, elle s’occupe de la comptabilité de quelques amis, puis, de fil en aiguille, se bâtit une clientèle. «Quand on m’a proposé un poste, j’ai refusé : j’avais déjà trop de mandats en cours!» dit-elle.

Aujourd’hui, la comptable s’occupe notamment de vérifier et de signer les états financiers chez Breton Carvalho, alors que chez Coffrets Prestige, elle se charge de la vente aux entreprises et de la comptabilité.

Un atout pour un entrepreneur

Pour administrer un cabinet à Trois-Rivières, une PME à Montréal ou une multinationale établie sur trois continents, aucun doute possible : un titre comptable constitue un atout.

D’abord, les comptables professionnels savent rédiger des documents financiers crédibles, ce qui rassure les investisseurs. La formation de deuxième cycle obligatoire pour les futurs comptables professionnels présente aussi bien des avantages. «On y aborde notamment la mesure de la performance et la gestion des risques, dit Lyne Breton, CPA, CA; cela me donne une vue d’ensemble de mon entreprise et m’aide à prendre des décisions éclairées.»

Des cours en coût de revient sont aussi un plus. «Je travaille actuellement sur un modèle d’affaires qui permettrait aux passagers de télécharger sur leur tablette électronique le film qu’ils souhaitent visionner, dit Louis Bélanger-Martin, CPA, CMA. Or, cela exige que je calcule les coûts de revient.»

Louis Bélanger-Martin, CPA, CMA
Photo : David Simard

Se divertir à 10 000 mètres

Le CPA, CMA Louis Bélanger-Martin, 41 ans, est président-directeur général d’Advanced Inflight Alliance (AIA), une multinationale spécialisée dans le divertissement à bord des avions. AIA conçoit les logiciels et les systèmes informatiques qui permettent aux passagers de regarder un film, d’apprendre une langue ou de s’amuser avec un jeu vidéo sur l’écran de leur siège durant le vol.

A priori, rien ne prédestinait Louis Bélanger-Martin à diriger AIA, une compagnie qui compte environ 400 employés. «Dans les années 1980, je m’occupais de la facturation pour une grande chaîne de distribution alimentaire, se rappelle-t-il. J’ai été promu jusqu’à ce que je postule à un poste exigeant des études en comptabilité, mais on me l’a refusé car je n’avais pas la formation nécessaire.» En effet, Louis Bélanger-Martin n’a alors que son diplôme d’études secondaires en poche. Il commence à étudier pour obtenir le titre de CMA avec la ferme intention de retourner par la suite chez le même employeur. Malheureusement, celui-ci déclare faillite au moment où il termine à peine ses études.

C’est alors qu’il entend parler d’une PME qui est en train de voir le jour : DTI. Cette entreprise, qui se spécialise dans les systèmes de divertissement interactifs, sera rachetée en 2008 par AIA. «À l’époque, j’avais décidé d’investir dans DTI et d’en devenir associé parce que mon employeur avait fermé ses portes et que je voulais me lancer dans quelque chose de neuf», explique-t-il. En août 2011, Louis Bélanger-Martin a été nommé président-directeur général d’AIA.

Aujourd’hui, il passe beaucoup de temps à réfléchir à la stratégie d’AIA. «Je m’informe sur ce que font nos concurrents et je cherche comment optimiser notre fonctionnement, améliorer nos produits et faire croître notre entreprise», dit-il.

Les réflexes du bon entrepreneur

Qu’ils dirigent un cabinet ou une compagnie manufacturière, les chefs d’entreprise ont souvent le même profil, note Marie-Ève Proulx, directrice Recherche et innovation à la Fondation de l’entrepreneurship. «Par exemple, ils sont passionnés et créatifs, ils ont beaucoup d’énergie et aiment être autonomes. Ils composent bien avec l’incertitude et ont rarement un parcours traditionnel.»

Il y a donc une part d’inné dans l’entrepreneuriat. Mais il est également possible d’apprendre à mener sa barque professionnelle. Ainsi, s’impliquer durant ses études dans une association ou un organisme communautaire est une bonne façon de tester sa créativité, de prendre des risques et de développer son autonomie.
Par ailleurs, une fois en poste, un chef d’entreprise adroit sait aussi s’entourer, dit Louis Bélanger-Martin, CPA, CMA. «Il est impossible de tout connaître; pour réussir, on doit se faire guider par des gens dont les compétences sont complémentaires aux nôtres.» «Pour connaître le succès, il faut savoir déléguer, renchérit Lyne Breton, CPA, CA; sinon, on risque de se brûler.»

Un bon dirigeant sait aussi établir ses priorités. «En tant qu’associée, je règle toujours trois ou quatre dossiers en même temps; je dois donc sans cesse décider de ce qui est important et de ce qui l’est moins», ajoute Anne Villeneuve, CPA, CGA.

Enfin, faire croître son entreprise demande de bien cerner les besoins éventuels des clients. «Par exemple, si on remarque qu’une entreprise paie cher en intérêts en faisant ses états financiers, on a avantage à lui proposer des solutions moins onéreuses», illustre Anne Villeneuve. Cela pourrait se transformer en un nouveau mandat pour le cabinet – tout en faisant plaisir au client!

Anne Villeneuve, CPA, CGA
Photo : Valerie Busque

Gérer un cabinet en croissance

En 2007, la comptable professionnelle agréée (CPA, CGA) Anne Villeneuve, aujourd’hui âgée de 39 ans, a pris les rênes du cabinet comptable de son père à Trois-Rivières.

Comme Louis Bélanger-Martin, Anne Villeneuve avait d’autres projets professionnels que la comptabilité. «Je voulais travailler en marketing, mais j’ai remplacé la secrétaire du cabinet de mon père. Or, de fil en aiguille, on m’a confié des mandats qui se rapprochaient de la comptabilité, comme la paie», se rappelle la copropriétaire du Groupe VBM, cabinet comptable qui compte une vingtaine d’employés.

Elle y prend goût. À un point tel qu’en 1997, elle commence des études en comptabilité. Lorsqu’elle les termine, 10 ans et 3 enfants plus tard, son père lui laisse les rênes de son cabinet. «J’aime le fait d’être associée. Même si mes semaines sont longues, je peux mieux gérer mon horaire puisque je peux travailler de la maison s’il y a une urgence avec les enfants, par exemple.»

Environ un an plus tard, Anne rencontre un jeune CGA qui devient associé de son cabinet. «Nous avons développé notre clientèle en nous impliquant auprès de la Jeune Chambre de commerce de la Mauricie, puis en rachetant un autre cabinet», explique-t-elle. Le duo d’associés accueille alors un troisième partenaire, CGA également.

Anne s’occupe désormais des clients qui œuvrent dans le secteur de la transformation agroalimentaire. «Je gère également les dossiers de recherche scientifique et de développement expérimental [RS&DE], dit-elle. Plus précisément, je vérifie si les investissements des entreprises sont admissibles aux crédits d’impôt de RS&DE.» Enfin, elle s’occupe aussi de la facturation et de la gestion des ressources humaines. Comme Louis Bélanger-Martin et Lyne Breton, Anne est la preuve qu’en comptabilité, l’entrepreneuriat peut mener loin!

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