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L’activité physique bonne pour la productivité

jogging

J’écris cette chronique sous l’effet d’une drogue puissante. Il y a quelques heures, j’étais une boule de tensions. Maintenant que j’ai eu ma dose, je nage dans une sorte de ouate euphorisante, et mes soucis me paraissent tels des petits nuages autour d’un immense soleil chaud et radieux.

Vous en voulez? Si vous avez déjà pratiqué un sport, vous savez comment vous en procurer : bouger de manière à augmenter votre rythme cardiaque pendant 30 minutes et boum! Votre corps libérera des endorphines. Ces molécules ont une structure proche de celle des opiacés, d’où leur nom, qui signifie morphine endogène (produite par l’organisme). Elles procurent un bien-être qui aide à dédramatiser ce qui paraît difficile, qu’il s’agisse de tâches ou de relations interpersonnelles.

On décide souvent de se mettre à l’activité physique pour améliorer sa forme ou perdre du poids. La science montre que ses bienfaits vont bien au-delà : l’humeur, l’énergie et la santé mentale en bénéficient également. Certaines études avancent même que les travailleurs actifs physiquement sont plus productifs.

L’exercice a un effet à la fois stimulant et calmant, m’explique Stéphanie Chrétien, kinésiologue et superviseure de centres d’activité physique en milieu de travail au Groupe Olympe. «Ça nous réveille, mais sans induire de stress comme la caféine.» Grâce à l’augmentation de la circulation sanguine, le cerveau dispose de plus d’oxygène et de glucose pour exercer ses fonctions. «La réflexion se fait mieux, les idées sont plus claires.»

La clé de l’assiduité est de bloquer une période dans son agenda pour se mettre en mouvement.

En prime, on relaxe, sans même devoir raisonner son hamster cérébral. «Quand on est stressé, notre respiration devient plus superficielle. Il y a moins d’oxygène en circulation dans le sang, et le cerveau a l’impression qu’il s’asphyxie. Ça entraîne un effet de panique. Or, le fait d’augmenter l’échange d’air par l’exercice physique améliore l’oxygénation du sang. Ça aide aussi à faire descendre le niveau de cortisol (l’hormone du stress).»

Hélas, l’état de sérénité post-entraînement ne dure guère; 24 heures maximum. Le maintenir en permanence nécessiterait que l’on s’active tous les jours – j’entends d’ici les protestations. N’empêche, même les efforts modestes sont bénéfiques pour la santé mentale, soutient George Mammen, candidat au doctorat en science de l’activité physique à l’Université de Toronto.

En 2013, il a coréalisé une revue systématique des études qui ont vérifié si l’exercice peut protéger contre la dépression. Des 30 études répertoriées, 25 répondent par l’affirmative. «Si vous êtes de mauvaise humeur et que vous prenez une heure pour aller marcher en forêt, il y a de bonnes chances que vous vous sentirez mieux. Mais il y a aussi un effet à long terme dont nous ne sommes pas conscients», dit le chercheur.

Le mécanisme protecteur (encore mal compris) fonctionnerait même si l’on se contente d’activités peu intenses, comme la marche ou le jardinage. «Nous avons découvert qu’une pratique en deçà des lignes directrices en vigueur au Canada – soit 150 minutes d’activité modérée à vigoureuse par semaine – permettait de réduire le risque de dépression.» (Mise en garde : on ne parle pas ici de substituer le sport aux antidépresseurs ou à la psychothérapie chez les personnes déjà atteintes. Il n’existe pas de preuve incontestable que l’activité physique a un pouvoir de guérison. Tout au plus peut-elle atténuer les symptômes.)

Ça y est, vous êtes décidé à vous abonner au gym? Pas si vite! Assurez-vous que l’activité choisie est compatible avec vos goûts et vos contraintes, conseille Stéphanie Chrétien. «Si j’embarque dans un cours de Zumba parce que c’est à la mode, mais que la musique latino me tombe sur les nerfs et que j’ai mal aux genoux, je vais abandonner après deux cours.»

Autre aspect à considérer : les priorités. On ne peut pas décider de faire de l’exercice quand on aura le temps, parce que ça risque de survenir à l’heure où on est trop fatigué pour entreprendre quoi que ce soit. La clé de l’assiduité est de bloquer une période dans son agenda pour se mettre en mouvement, quitte à devoir la défendre jalousement auprès du conjoint, des enfants, des parents ou du patron.

Pendant ce court moment, on «revient à l’essence de qui on est», pour reprendre l’expression de Stéphanie Chrétien. On n’est pas en train de préparer le lunch de l’aîné ni de remplir un formulaire pour la comptabilité. On se centre sur soi, sur ses objectifs, et on fait le plein de ouate pour absorber les cahots de la vie moderne.

Dans ce dossier sur l’activité physique :

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