Navigation des articles

lisa-marie-noel

Génie en herbe

Stephany Hidalgo et Jean-Philippe Pelletier Photo : Josée Lecompte

Stephany Hidalgo et Jean-Philippe Pelletier
Photo : Josée Lecompte

Ça y est, vous avez enfin votre diplôme de génie en poche. À vous la réalisation de grands projets! Mais pas si vite : vous devez d’abord faire votre juniorat. Petit tour d’horizon de ce qui vous attend et des façons d’en tirer le meilleur parti.

«Un étudiant qui sort d’un programme de génie ne peut pas refaire le pont Champlain demain matin!» caricature Bernard Cyr, ing., chef de l’admission et des permis à l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ).

Car avant d’obtenir son titre d’ingénieur, le diplômé doit entre autres passer par le juniorat. Il s’agit d’une période de 36 mois, en milieu de travail, durant laquelle il pratique sous la direction et la supervision immédiate d’un ingénieur. Il porte alors le titre d’ingénieur junior.

«La période de juniorat permet au candidat de développer ses compétences d’ingénieur pour devenir autonome professionnellement», explique Bernard Cyr. L’ingénieur junior peut occuper différents emplois durant son juniorat, mais il doit en tout temps être supervisé par un ingénieur senior.

De l’école au marché du travail

Stéphany Hidalgo est diplômée en génie civil de l’Université McGill. Elle savait ce qui l’attendait lors de ses premières années sur le marché du travail. «Ma sœur est également ingénieure. Elle m’avait dit que j’aurais ces trois ans de juniorat à réaliser et que je commencerais petit à petit. Elle m’a conseillé d’être attentive à ce que mes superviseurs m’expliqueraient, parce que j’allais beaucoup apprendre d’eux.»

À l’université, on fournit tous les chiffres et toutes les données dont on a besoin pour réaliser les calculs. Dans la réalité, la situation est tout autre. Il faut souvent faire la cueillette d’informations, par exemple le plan d’architecte du bâtiment à construire.

En tant qu’ingénieure junior à l’Agence métropolitaine de transport (AMT), Stéphany Hidalgo fait de la gestion de projets pour la construction de la gare du train de banlieue à Saint-Hubert, sur la ligne Mont-Saint-Hilaire. Elle fait le suivi de l’avancement des travaux auprès des entrepreneurs et des consultants, s’assure de la conformité des travaux et effectue l’évaluation des demandes de changements lorsque des imprévus surviennent sur le chantier.

Tout cela, bien sûr, sous l’œil attentif de son superviseur. Ce dernier la guide dans ses tâches et l’aide à développer plusieurs compétences et habiletés nécessaires dans la profession d’ingénieur.

Charles Grondin, lui, a été récemment embauché comme ingénieur junior chez GCM Consultants, après avoir obtenu deux DEC (génie civil et géomatique), puis décroché un baccalauréat en génie de la construction à l’École de technologie supérieure (ÉTS).

Sous la supervision de Jean-Philippe Lefort, ing., directeur adjoint, civil et infrastructure, chez GCM Consultants, Charles conçoit notamment des infrastructures d’usines. Les problèmes qu’il doit résoudre sont plus complexes que ceux qui lui étaient soumis durant ses études. «À l’école, on nous fournit tous les chiffres et toutes les données dont on a besoin pour réaliser nos calculs», dit-il. Dans la réalité, la situation est tout autre. Il faut souvent faire la cueillette d’informations, par exemple le plan d’architecte du bâtiment à construire.

Il faut également gérer les imprévus, précise Jean-Philippe Lefort. Il donne l’exemple de la conception d’un réseau d’égout pluvial sur le site d’une usine. En cours d’excavation, on a découvert la présence d’une conduite de protection incendie, le tuyau qui alimente la borne fontaine. Il a donc fallu changer les plans pour la contourner.

Compétences à développer

La période de juniorat est une période d’acquisition de connaissances. Il ne faut pas être gêné de poser des questions, de recommencer ses calculs et de prendre le temps de chercher des réponses.

«C’est très intimidant, lorsqu’on est un junior, d’arriver sur un chantier de construction ou dans une usine avec plein d’ingénieurs seniors. On a l’impression que toutes nos questions sont niaiseuses. Mais il faut les poser parce que c’est la seule façon d’avancer», témoigne Jean-Philippe Pelletier, ing., diplômé de Polytechnique en 2004, qui chapeaute aujourd’hui Stéphany Hidalgo à l’AMT. C’est d’ailleurs une excellente façon de maximiser cette période d’apprentissage.

Durant toute sa carrière, un ingénieur sera responsable des actes qu’il pose, des avis qu’il émet et des plans qu’il signe. S’il bâcle le travail, il pourrait se retrouver devant le Conseil de discipline de l’Ordre des ingénieurs, et parfois même devant les tribunaux ou une commission d’enquête.

«À l’université, nos apprentissages sont plus techniques. En milieu de travail, on peut aussi acquérir des habiletés interpersonnelles, comme mieux communiquer avec les différents intervenants et partenaires», ajoute Stéphany. Son juniorat lui permet en outre de développer son esprit d’équipe, son sens des priorités, son esprit critique et sa rigueur professionnelle.

Jean-Philippe Pelletier lui pose d’ailleurs de nombreuses questions afin de s’assurer qu’elle comprend les enjeux de chacun des gestes qu’elle aura à poser lorsqu’elle deviendra ingénieure à part entière.

«La sécurité publique est l’aspect le plus important de notre travail, renchérit Jean-Philippe Lefort. On ne peut pas tourner les coins ronds. On ne peut pas non plus livrer un travail incomplet.» Pour cette raison, les délais de livraison sont parfois repoussés. Et s’il arrive que le client soit mécontent, l’ingénieur devra lui expliquer qu’il a une responsabilité et un devoir de protection envers le public.

À qui revient la responsabilité?

Stéphany et Charles réalisent beaucoup de tâches, mais ce sont seulement les ingénieurs qui les supervisent qui peuvent signer les plans et les devis. Ils demeurent en effet responsables de tous les actes de leur ingénieur junior. «Il n’a pas encore obtenu son droit de pratique. Il doit donc y avoir un ingénieur qui répond de ses actes d’ingénierie», rappelle Bernard Cyr.

L’Ordre des ingénieurs fait d’ailleurs des tournées dans les facultés de génie pour sensibiliser les futurs ingénieurs à cet incontournable de la profession : la notion de responsabilité. Cette dernière est une valeur importante à transmettre aux ingénieurs juniors, car il en va de la protection du public.

Durant toute sa carrière, un ingénieur sera responsable des actes qu’il pose, des avis qu’il émet et des plans qu’il signe. S’il bâcle le travail, il pourrait se retrouver devant le Conseil de discipline de l’Ordre des ingénieurs, et parfois même devant les tribunaux ou une commission d’enquête.

D’ailleurs, souvenons-nous que des ingénieurs ont dû répondre de leurs actes après les effondrements des viaducs du Souvenir (1999) et de la Concorde (2006) à Laval.

L’ingénieur junior a la responsabilité de respecter en tout temps le Code de déontologie de l’Ordre des ingénieurs du Québec. À ce titre, attention aux infractions, car, en cas de manquement, l’ingénieur junior se retrouvera seul devant le Conseil de discipline. Malgré l’absence de mauvaise foi, son dossier disciplinaire peut être entaché en cas de pratique illégale ou de supervision inadéquate. Un junior averti en vaut deux!

Les crédits d’expérience

En période de juniorat, les ingénieurs doivent travailler un minimum de 36 mois sous la supervision d’un ingénieur senior; 12 mois doivent obligatoirement être réalisés au Canada.

Il est possible d’obtenir des crédits de juniorat si l’on cumule des expériences jugées pertinentes.

  • Être parrainé (en plus d’être supervisé) : huit mois de crédit
  • Effectuer un stage durant les études : jusqu’à quatre mois de crédit
  • Faire des études supérieures en génie à la maîtrise ou au doctorat : entre 12 et 24 mois de crédit

En complément

Le juniorat en ingénierie
Entrevue avec Charles Grondin et Jean-Philippe Lefort

Partager