Des filles dans le jeu vidéo?

Julie Tousignant, programmeuse de jeux chez Warner Bros. Games Montréal
Photo : Josée Lecompte

Passionnée d’informatique, intéressée par les arts, rigoureuse et allumée : Julie Tousignant a tout ce qu’il faut pour faire sa place dans l’industrie du jeu vidéo.

La jeune femme de 25 ans, qui s’est jointe à l’équipe du studio Warner Bros. Games Montréal en avril 2011, est une programmeuse de jeux vidéo comblée. Elle adore son milieu de travail! «C’est un environnement ludique où l’on stimule la créativité des employés. Tout est là pour ne pas qu’on oublie le plaisir de jouer, dit-elle. Le studio met à notre disposition des tables de ping-pong et de “baby-foot”, des jeux de société et des consoles de jeux : tout ce qu’il faut pour s’amuser à l’heure du midi. Certains employés viennent au boulot avec leurs banjos, l’ambiance est enjouée et l’esprit d’équipe, formidable!»

Bien entourée!

Julie Tousignant éprouve également du plaisir à exercer son métier de programmeuse. Son intérêt marqué pour les sciences et l’informatique est satisfait au quotidien. Son travail implique beaucoup de calculs mathématiques et d’algèbre afin d’écrire en langage informatique les codes qui assureront le bon fonctionnement d’un jeu. «Je crée en quelque sorte le moteur du jeu, explique-t-elle. Par exemple, je vais m’assurer qu’un personnage va bel et bien sauter lorsqu’on appuie sur un bouton. Je suis entourée de toute une équipe comme les artistes 2D, les modeleurs, les animateurs et les designers de jeu. Chacun a sa spécialité, chacun voit les problèmes à sa façon et apporte ses idées et ses solutions. C’est ensemble que l’on réussit à faire un jeu complet!» Et c’est un travail de longue haleine. Suivant leur complexité, certains jeux nécessitent de deux à cinq ans de création.

Je ne vois aucun inconvénient à travailler dans un groupe d’hommes. Il y a plutôt quelques petits avantages.
Julie Tousignant

Julie Tousignant le reconnaît, elle évolue dans un monde de gars. «C’est rare de voir une fille dans le monde du jeu vidéo, dit-elle. C’est encore plus rare d’en voir une exercer le métier de programmeur. Warner Bros. Games Montréal ne compte que deux femmes programmeuses. Et moi, je suis la seule fille de mon équipe composée de douze programmeurs.»

Deux sexes… une même passion

Pour celle qui a obtenu un baccalauréat en sciences de l’image et des médias numériques à l’Université de Sherbrooke en 2009, cette position minoritaire n’est pas nouvelle. «À l’université, nous n’étions que 4 filles dans mon groupe de 25, confie Julie. Pour moi, cette situation est facile à vivre. Je ne vois aucun inconvénient à travailler dans un groupe d’hommes. Il y a plutôt quelques petits avantages. Par exemple, j’ai parfois droit à des gestes galants, comme un collègue qui m’ouvre une porte. Mais surtout, on me demande mon avis sur certaines idées créatives. On va notamment me consulter pour savoir ce que les filles préféreraient dans la création de certains jeux. Pour déterminer, par exemple, le costume d’un personnage : c’est toujours bon d’avoir l’idée d’une fille pour trouver la couleur qui va plaire à une majorité de fillettes.»

Place aux filles

Les patrons de Julie Tousignant voient en elle une employée douée qui a beaucoup de potentiel. Quelques mois seulement après son arrivée dans l’entreprise, elle a obtenu une promotion, passant d’un poste de programmeuse associée (junior) à celui de programmeuse. «Mon superviseur a reconnu la qualité de mon travail, la place que je prenais et l’assurance que je dégageais», dit-elle.

Au moment de l’entrevue, en juin 2012, la programmeuse bossait sur le jeu Cartoon Universe, qui mettra en vedette les personnages de Looney Tunes (Bugs Bunny, Daffy Duck, etc.) et de Scooby-Doo. «C’est un projet stimulant. J’adore travailler pour les enfants, programmer les boutons et les menus avec lesquels ils vont interagir, et rendre l’utilisation du jeu facile et amusante.»

Elle invite les filles intéressées par l’informatique et le jeu vidéo à suivre ses traces. «Le milieu est dynamique et innovant. Les filles sont bienvenues et, comme elles représentent encore une rareté dans cette industrie, elles y sont vraiment bien accueillies!»

Les femmes et les TIC

Au Québec, les femmes sont bien peu nombreuses par rapport aux hommes dans l’industrie des TIC. Elles représentent moins de 25 % de l’ensemble du personnel de l’industrie, selon le Réseau Action TI, qui regroupe différents intervenants du secteur dans la province, dont des gestionnaires et des informaticiens. Par exemple, à la section Montréal de l’organisme, seulement 20 % des 1 500 membres sont des femmes. Par ailleurs, certaines professions représentent une proportion de femmes plus faible encore. C’est le cas des programmeurs et des développeurs en médias interactifs, qui comptaient 17 % de femmes, selon les dernières statistiques publiées dans le diagnostic sectoriel de la main-d’œuvre du secteur des TIC 2011 de TECHNOCompétences. Chez Warner Bros. Games Montréal, 14 % des quelque 200 employés du studio sont en fait… des employées!

Les carrières des technologies de l’information et des communications 2013

Cet article est tiré du guide
Les carrières des technologies de l’information et des communications 2013

Notaire en entreprise: portrait

Me Sylvie Bourdon, Bombardier Transport
Photo : Éric Carrière

Passionnée par la gestion de contrats, l’administration et le droit commercial, la notaire Sylvie Bourdon a rapidement pris le chemin de l’entreprise privée. Aujourd’hui, elle occupe un haut poste chez Bombardier Transport. Un changement de cap qui lui a fait faire le tour du monde!

Quand j’ai commencé mon droit, je ne savais pas encore si j’allais faire le Barreau ou choisir le notariat, confie Me Sylvie Bourdon. Mais durant mes études, mon intérêt pour le droit contractuel et le droit fiscal m’a convaincue de devenir notaire.»

Assermentée en 1988 à la Chambre des notaires du Québec, Me Bourdon a d’abord eu une pratique traditionnelle dans une étude notariale. Dix-huit mois plus tard, un chasseur de têtes l’a pressentie pour un emploi dans une entreprise privée. En janvier 1990, elle décroche un poste de conseillère juridique chez Bombardier Transport. «Durant mes premiers mois de pratique notariale, j’avais pu constater que le droit commercial me stimulait beaucoup plus que le règlement de successions ou le droit immobilier. Ce nouveau poste représentait pour moi une chance de développer davantage ce champ d’intérêt. Et comme avant d’entrer à l’université j’avais hésité entre des études en droit et en administration, j’y voyais une occasion en or de joindre mes deux passions.»

Petit train va loin

Sylvie Bourdon a su tracer sa voie malgré son jeune âge, 24 ans, à l’époque. «J’étais peut-être un peu naïve, raconte la notaire en riant, mais je n’ai pas souvenir d’avoir eu du mal à établir ma crédibilité. Je travaillais pour la division Bombardier Transport Amérique du Nord. Nous étions une petite équipe et j’avais un patron qui, lui aussi, était notaire. Il m’a bien encadrée et j’ai été rapidement intégrée à l’équipe et respectée, même si j’étais la plus jeune. Finalement, j’ai gravi les échelons et grandi avec l’entreprise.»

Je dirige une équipe de 140 juristes répartis à travers le monde, qui travaillent à la négociation et à la rédaction de contrats juridiques liés aux affaires de la division Transport.
Me Sylvie Bourdon

Aujourd’hui, Bombardier Transport est le chef de file mondial dans la fabrication de matériel de transport sur rail. L’entreprise possède 59 sites de fabrication et d’ingénierie dans 23 pays, dont la Suède, la Chine, la France, l’Australie et le Brésil. De son côté, la notaire est graduellement passée du poste de conseillère juridique à celui de vice-présidente des affaires juridiques pour l’Amérique du Nord, avant d’accéder à son poste actuel de vice-présidente contrats, affaires juridiques, propriété intellectuelle, approbation des offres et gestion des réclamations pour tout le Groupe Bombardier Transport.

Des yeux tout le tour de la planète

Celle qui se passionnait pour le droit contractuel est aujourd’hui comblée. Qu’il s’agisse d’un contrat pour la fabrication de 260 nouvelles voitures de métro pour une compagnie de transport de San Francisco, ou de la conception de trains de passagers au Mexique, tous les documents juridiques des transactions de Bombardier Transport passent sous ses yeux. «Je dirige une équipe de 140 juristes répartis à travers le monde, qui travaillent à la négociation et à la rédaction de contrats juridiques liés aux affaires de la division Transport. À titre d’exemples, mon équipe s’occupe de fusions et acquisitions, d’ententes de partenariat, de soumissions et contrats de vente, de gouvernance et de litiges, indique Me Bourdon. Mon équipe voit aussi aux questions juridiques entourant la négociation avec les différents partenaires dans le cadre de partenariats public-privé [PPP]. Tous les aspects juridiques des affaires de l’entreprise passent par mes conseillers juridiques, afin de nous assurer que nos pratiques juridiques sont conformes aux lois qui gouvernent les différents pays à travers le monde.»

Ses responsabilités l’amènent à voyager beaucoup. «Le siège social de Bombardier Transport est à Berlin, où j’ai résidé pendant trois ans. Aujourd’hui, je travaille majoritairement à mon bureau de Saint-Bruno, mais je passe environ le tiers de mon temps en déplacements, surtout à Berlin, mais dans plusieurs autres villes d’Europe ainsi qu’en Asie. Toutes ces expériences professionnelles à l’étranger sont un aspect très enrichissant de mon travail. Je découvre plusieurs pays, avec leur culture et leurs pratiques de travail.»

Une formation qui met sur les rails

La complexité juridique des transactions auxquelles elle est confrontée est un autre aspect stimulant. «Les projets de PPP, par exemple, représentent des structures complexes à gérer, dit Me Bourdon. Cela demande, entre autres, de maîtriser de nombreuses notions juridiques qui peuvent varier d’un pays à un autre. Je crois que la formation rigoureuse des notaires est un plus pour examiner et analyser des dossiers complexes avec tout le sérieux nécessaire.»

Le programme de notariat, qui amène les diplômés à éviter les litiges et à avoir plutôt le réflexe de trouver des solutions satisfaisantes pour toutes les parties, représente un autre atout. «Le conseiller juridique orienté vers la recherche de solutions est très apprécié dans une entreprise qui ne veut pas perdre de clients en raison de litiges.»

«Il faut voir plus loin et voir au-delà d’une pratique traditionnelle du notariat, suggère Sylvie Bourdon. La formation des notaires est solide et peut être très utile aux services juridiques des grandes entreprises. Je conseille aux jeunes étudiants de ne pas craindre de tenter leur chance à des postes un peu moins habituels.» En bref, il ne faut pas avoir peur de monter dans le train quand il passe!

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Valeurs refuges

Illustration : Katrinn Pelletier, colagene.com

Des firmes de génie qui obtiennent des contrats dans un contexte de fraude et de corruption… ça ne devrait pas exister. La profession d’ingénieur met de l’avant des valeurs solides qui garantissent l’intégrité du travail.

La compétence, le sens de l’éthique, la responsabilité et l’engagement social… Ces quatre grandes valeurs sont au cœur de la profession. Et ça ne date pas d’hier! Déjà, en 1887, pendant la construction du réseau de chemin de fer, des ingénieurs se sont regroupés pour fonder la Société des ingénieurs civils du Canada. «Ils voulaient maintenir une indépendance professionnelle face aux investisseurs pour assurer la sécurité et la pérennité de leurs ouvrages», raconte Maud Cohen, ing., présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec. Une situation toujours d’actualité, 125 ans plus tard!

Aujourd’hui, ces valeurs sont énoncées dans le Guide de pratique professionnelle rédigé par l’Ordre. Un outil de référence qui vise à faciliter l’atteinte de l’excellence. «Le professionnel qui rend un service doit avoir les compétences adéquates et il lui faut assumer les responsabilités de ses actions. Il doit aussi faire preuve de l’éthique nécessaire pour que ses choix soient indépendants plutôt qu’influencés par des gens qui aimeraient à tout prix réduire les coûts. Et enfin, le professionnel doit évaluer l’impact de son travail sur l’environnement et l’être humain», explique Maud Cohen. Le Guide ne fait que suggérer des pratiques. Mais plusieurs de ces valeurs se retrouvent également dans le Code de déontologie, qui, lui, édicte les règles à suivre.

Des valeurs, ça s’apprend?

Au moins un cours de votre formation devrait aborder le travail de l’ingénieur face à la société et les quatre valeurs chères à l’Ordre. «Mais la meilleure façon de transmettre ces valeurs, c’est en les intégrant dans l’enseignement de cours plus techniques», croit Richard Thibault, ingénieur électricien à la retraite qui enseigne à la maîtrise en gestion de l’ingénierie de l’Université de Sherbrooke.

Pour atteindre cet objectif, l’Ordre a élaboré un atelier pour les professeurs de toutes les facultés de génie. «Je les aide à concevoir des activités qui marient les questions techniques et éthiques de la profession», raconte Richard Thibault, qui anime certains de ces ateliers.

Il peut s’agir d’apporter un article de journal qui traite de questions éthiques et d’en discuter avec les étudiants. Les questions soulevées par la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction, qui a débuté au printemps dernier, feraient un excellent sujet de discussion.

L’Ordre aborde aussi régulièrement les questions des valeurs et de l’éthique avec ses membres. Par exemple, lors de son colloque de 2011, l’atelier « Un cadeau… J’accepte ou pas? J’en donne ou pas » visait à déterminer les risques éthiques de certains gestes professionnels. Un sujet toujours brûlant d’actualité dans le prolongement des accusations de fraude et de corruption qui ont frappé des firmes de génie au printemps 2012.

Tout ça demeure un peu théorique? Des ingénieurs racontent comment ces valeurs se concrétisent dans leur quotidien.

  1. COMPÉTENCE

  2. Martin Roy est ingénieur en génie mécanique et président de la firme Martin Roy et Associés, à Deux-Montagnes. C’est un spécialiste du bâtiment durable qui a remporté de nombreux prix dans le domaine. Il a notamment conçu les systèmes mécanique et électrique de la salle de spectacle de la TOHU, à Montréal, le premier bâtiment certifié LEED Or au Québec. «Pour moi, la compétence implique de se tenir au courant de tout ce qui se fait dans notre domaine et de mettre en application nos nouvelles connaissances», dit-il.

    Avant d’obtenir le contrat pour la TOHU, Martin Roy avait assisté à une conférence de l’International Energy Agency. «On y démontrait comment ventiler des bâtiments de façon naturelle et mécanique avec des systèmes intégrés, dans le but d’économiser de l’énergie. Quand est arrivé le projet de la TOHU, en accord avec le client, j’ai décidé d’utiliser cette façon de faire.» Il est aussi allé chercher les ressources nécessaires et a notamment collaboré avec un professeur du département Building, Civil and Environmental Engineering de l’Université Concordia. Au final, le système de ventilation de la TOHU consomme 70 % moins d’énergie que les systèmes traditionnels.

    Mon sens de l’éthique m’amène à maintenir les mêmes standards de qualité dans tous les types de projets, qu’ils soient petits, gros, bénévoles ou très lucratifs.
    Jennifer Brochu, ingénieure en génie de la construction

    Pour Chafik Baghdadi, ingénieur junior en génie agroalimentaire, la compétence se reflète aussi dans le savoir-être. «On s’améliore en étant ouvert d’esprit, en étant à l’écoute de nos collègues et des clients, et en travaillant en équipe.» Responsable de la recherche et développement et du contrôle de la qualité à la meunerie Les Moulins de Soulanges, à Saint-Polycarpe, en Montérégie, il doit parfois développer de nouvelles variétés de farine. «Pour qu’elles répondent exactement aux besoins d’un client, je dois écouter ce que me rapporte notre représentant commercial. Et avant d’utiliser une variété de blé dans mes formules, je dois m’assurer auprès de la responsable de l’approvisionnement qu’on en a le tonnage suffisant.»

  3. SENS DE L’ETHIQUE

  4. «L’éthique, c’est faire passer les intérêts de la société et de l’humain en général avant ses propres intérêts», résume Richard Thibault.

    Chafik Baghdadi l’associe aussi à l’honnêteté. La meunerie achète le blé directement aux agriculteurs. «Nous payons en fonction de la qualité – selon le pourcentage de protéines contenues dans la céréale, par exemple.» Or, les agriculteurs n’ont pas les outils pour vérifier l’évaluation de la compagnie. «Ce serait facile de tricher, mais c’est évidemment contre les valeurs de l’entreprise et contre mes principes professionnels. Je ne pourrais jamais travailler pour une compagnie qui ne partagerait pas cette valeur.»

    On ne devrait jamais dire “ce n’est pas ma faute, je n’y avais pas pensé”. On est toujours responsable de ce qu’on fait dans la mesure de notre connaissance des données scientifiques actuelles.
    Martin Roy, ingénieur en génie mécanique

    Le sens de l’éthique est aussi au premier rang des valeurs professionnelles de Jennifer Brochu, ingénieure en génie de la construction qui s’implique au sein de l’organisme Ingénieurs Sans Frontières Québec. En 2009 et 2010, elle a participé à un projet de conception d’un système d’approvisionnement en eau destiné à un village du Rwanda. «Mon sens de l’éthique m’amène à maintenir les mêmes standards de qualité dans tous les types de projets, qu’ils soient petits, gros, bénévoles ou très lucratifs. Toute la conception de notre système a été faite selon les normes québécoises d’ingénierie afin de garantir un produit de qualité», assure-t-elle. Comme le béton était mélangé là-bas à la main, évaluer son degré de résistance était ardu. «Dans le doute, on ne prenait pas de risque et on ajoutait un peu plus de ciment pour assurer un ouvrage solide et durable.»

  5. RESPONSABILITE

  6. «L’ingénieur est responsable de ses travaux et il doit accepter uniquement les mandats pour lesquels il a les compétences requises», mentionne Richard Thibault pour illustrer cette valeur.

    «On ne devrait jamais dire “ce n’est pas ma faute, je n’y avais pas pensé”. On [l’ingénieur] est toujours responsable de ce qu’on fait dans la mesure de notre connaissance des données scientifiques actuelles», soutient Martin Roy. Il demande donc à son équipe de proposer des solutions qui ont fait leurs preuves. Et si, une fois en place, une structure ne fonctionne pas, il se rassoit avec le client pour évaluer la situation et corriger le tir. «Ça nous est arrivé d’installer un ventilateur supplémentaire pour obtenir les résultats attendus», illustre-t-il.

    L’ingénieur qui possède des connaissances scientifiques poussées doit s’impliquer pour aider la société à faire de meilleurs choix.

    Jennifer Brochu partage cet avis. En 2011, Ingénieurs Sans Frontières Québec s’est aperçu que l’eau stagnait dans le réservoir du système d’approvisionnement au Rwanda. «On est retourné sur place installer un purificateur. Plus tard, la pompe s’est brisée et on a dû trouver quelqu’un là-bas pour la réparer.»

  7. ENGAGEMENT SOCIAL

  8. L’ingénieur qui possède des connaissances scientifiques poussées doit s’impliquer pour aider la société à faire de meilleurs choix, indique Richard Thibault.

    «Par exemple, un client industriel peut me demander d’installer un système de ventilation pour évacuer les contaminants afin de ne pas incommoder ses travailleurs, dit Martin Roy. Mais si les contaminants évacués peuvent causer des dommages à l’environnement extérieur, il faut aussi en tenir compte. Ou encore si la solution la plus simple consomme beaucoup d’énergie, on devrait proposer au client d’investir un peu plus dans une solution moins énergivore pour réduire les gaz à effet de serre.» Il a déjà refusé de travailler avec des clients qui s’opposaient à une solution plus durable.

    Martin Roy est aussi personnellement impliqué auprès d’organismes de protection de l’environnement. Ainsi, il a aidé Nicolas Boisclair, le coréalisateur du documentaire Chercher le courant qui dénonce les projets hydroélectriques sur la rivière Romaine, à analyser des données sur l’efficacité énergétique.

    L’engagement social pour Jennifer Brochu consiste à mettre ses compétences au service de communautés dans le besoin et de contribuer ainsi à l’amélioration de leur qualité de vie. «Avant notre intervention au Rwanda, des femmes et des enfants devaient aller chercher l’eau en bas de la montagne trois fois par jour. Aujourd’hui, dégagés de cette tâche, les enfants vont à l’école et les femmes se consacrent à d’autres activités comme l’artisanat et la vannerie et améliorent ainsi leur situation économique.»

Cet article est tiré du guide
Les carrières de l’ingénierie 2013

Le secteur manufacturier toujours vivant


Le secteur manufacturier se meurt-il au Québec? Non, il se transforme! De sorte qu’un nombre croissant de fabricants manquent d’ouvriers spécialisés, alors que les centres de formation professionnelle n’attirent pas les foules.

Mabe, BRP, Electrolux, Novelis, RockTenn… Les fermetures d’usines sont fréquentes au Québec. Or, malgré l’impression de saignée que laisse la répétition des mauvaises nouvelles relayées par les médias, le secteur manufacturier québécois ne se meurt pas, il change.

Pendant que certaines shops ferment leurs portes, d’autres s’ouvrent ou s’agrandissent, avec des besoins de main-d’œuvre différents et plus spécialisés. Ainsi, la demande d’ouvriers spécialisés est forte dans plusieurs régions du Québec et les centres de formation professionnelle n’arrivent pas à fournir les diplômés recherchés. Dans certains sous-secteurs de l’industrie manufacturière, on frôle même la pénurie de main-d’œuvre spécialisée. Au Canada, quelque 25 300 emplois ont été créés dans ce secteur de janvier à juin 2012, selon les données d’Emploi-Québec.

«Cette année, les mécaniciens industriels, les électromécaniciens et les opérateurs d’équipement de production sont particulièrement recherchés», indique Martin Bédard, agent de liaison au Centre de formation professionnelle (CFP) Jonquière. Le Centre forme annuellement une cinquantaine de diplômés en mécanique industrielle de construction et d’entretien, qui n’ont aucune difficulté à trouver du travail.

Le scénario est le même au Centre de formation Harricana, à Amos, en Abitibi. «Nos 28 diplômés de 2012 sont tous placés, dit le conseiller pédagogique, René Roy. Il en faudrait 40 pour pourvoir les emplois liés essentiellement à l’industrie minière en Abitibi-Témiscamingue.»

Bertrand Michaud, directeur du CFP Mont-Joli–Mitis, signale que les finissants en soudage-montage sont également très prisés. «Le placement est de 100 % pour la vingtaine de diplômés formés annuellement. Nous pourrions en diplômer 20 de plus et ils trouveraient tous un emploi. Partout dans la région du Bas-Saint-Laurent, les finissants ne suffisent pas. Ils sont engagés surtout par les fabricants d’éoliennes et de pièces métalliques.»

Les usines manquent d’opérateurs

La situation est semblable pour les diplômés du programme Opération d’équipements de production. Ces diplômés sont embauchés dans les usines de fabrication pour faire fonctionner et contrôler les machines. «J’ai reçu en 2012 des données du ministère de l’Éducation indiquant qu’il manque 800 finissants dans ce programme pour répondre aux besoins de main-d’œuvre au Québec, souligne Martin Bédard, du CFP Jonquière. Tous les établissements qui l’offrent devraient former plus de diplômés. L’ennui c’est que les élèves ne sont pas au rendez-vous.»

Jean-Pierre Doucet, directeur par intérim du CFP Rimouski-Neigette, constate aussi ce manque à gagner. «Nous savons que 40 emplois attendent les futurs diplômés de ce DEP dans notre région. Cette année nous avons essayé de lancer un groupe, mais nous n’avions que deux personnes intéressées.» De son côté, le Centre de formation Harricana n’offre pas le programme depuis cinq ans, faute d’inscriptions. «Pourtant, les besoins existent dans les entreprises de transformation du bois notamment», signale René Roy.

Des contrats abandonnés

La demande de diplômés en techniques d’usinage est aussi très grande. Dans tous les CFP sondés à travers le Québec, les élèves manquent à l’appel. En Abitibi, l’effervescence du secteur minier accentue la demande dans les ateliers d’usinage d’équipement spécialisé qui fournissent des pièces aux minières. «Nous ne comptions que 6 diplômés en techniques d’usinage pour 25 offres d’emploi au printemps 2012, dont une demande d’une entreprise qui avait besoin de 15 machinistes, précise René Roy, du Centre de formation Harricana. Certains ateliers d’usinage refusent des contrats, faute de main-d’œuvre spécialisée. Et malheureusement, nous n’avions encore que cinq élèves inscrits au programme pour septembre 2012.»

Au CFP Paul-Gérin-Lajoie, à Vaudreuil-Dorion, le DEP Techniques d’usinage «est le programme où l’on manque le plus d’élèves pour répondre à la demande des employeurs, note Isabelle Gohier, conseillère en information scolaire. Nous formons une dizaine de diplômés par année qui trouvent facilement de l’emploi dans la région, mais des fabricants d’autres régions, comme Marmen de Trois-Rivières, recrutent nos finissants.»

Annick Carrière, conseillère d’orientation au CFP 24-Juin, à Sherbrooke, signale aussi des problèmes de recrutement d’élèves en techniques d’usinage et dans deux attestations de spécialisation professionnelle liées à ce programme, soit Usinage sur machines-outils à commande numérique et Matriçage. «Les emplois sont nombreux en Estrie, mais on n’a pas tous les diplômés nécessaires pour les pourvoir.»

Par exemple, même si Bombardier Produits Récréatifs de Valcourt a transféré l’assemblage de ses motomarines au Mexique, des pièces de leurs véhicules sont toujours fabriquées en Estrie. Plusieurs ateliers d’usinage de la région ont développé une expertise dans ce domaine, cela crée de la demande pour les machinistes.

À l’École des métiers de l’aérospatiale de Montréal, les 60 diplômés en techniques d’usinage et les 40 diplômés en tôlerie de précision formés annuellement n’ont pas de mal à trouver du travail. «Nous pourrions en former deux fois plus pour répondre à la demande», souligne Mario Cardin, enseignant et responsable des stages et du placement.

Un secteur méconnu

Le mystère du désintérêt des jeunes à l’égard des métiers du secteur manufacturier hante les responsables de CFP. Pourtant, outre les perspectives d’emploi parfois exceptionnelles, les conditions peuvent faire saliver les plus envieux.

«En mécanique industrielle de construction et d’entretien, la moitié des diplômés gagnent plus que mon prof le mieux payé! souligne René Roy, du Centre de formation Harricana. Les diplômés sortent avec des salaires de départ de 49 000 $, dans des environnements de travail à la fine pointe de la technologie.»

Selon Martin Bédard, du CFP Jonquière, l’image négative associée au secteur industriel nuit aux inscriptions. «On entend parler de fermetures d’usines. Et pourtant la demande de travailleurs spécialisés demeure très forte dans les PME de services d’entretien mécanique et chez les sous-traitants des grandes entreprises. Cette réalité est moins connue.»

De son côté, René Roy estime que le dynamisme économique du secteur industriel et du secteur minier représente un autre obstacle aux inscriptions. «En Abitibi-Témiscamingue, le taux de chômage des 24 ans et plus est très bas. Quand les gens travaillent, ils ne viennent pas se former. Dans notre région, certaines personnes sans diplôme peuvent obtenir un emploi d’aide-foreur et un salaire annuel de 50 000 $.»

Les projets miniers et hydroélectriques dans le Nord-du-Québec créent un vide dans certaines entreprises du Saguenay–Lac-Saint-Jean. «Des travailleurs d’usine d’expérience quittent pour des emplois mieux rémunérés dans le Nord, ce qui accentue la demande pour certains diplômés», indique Martin Bédard. Tous les CFP contactés font le même constat : le manque d’ouvriers spécialisés force les entreprises à embaucher du personnel non qualifié pour le former à l’interne.

Des ponts à jeter entre l’école et l’entreprise

Par contre, la formation en entreprise n’est pas la meilleure solution pour pallier le manque d’ouvriers spécialisés. «Les travailleurs qui apprennent sur le terrain sont souvent formés à une tâche bien précise, indique Jean-Pierre Doucet, du CFP Rimouski-Neigette. Ils développent des compétences qui ne seront pas nécessairement transférables s’ils perdent leur emploi. Les programmes de formation professionnelle permettent une plus grande polyvalence.»

Colette Martin, directrice adjointe au CFP Paul-Gérin-Lajoie, souligne de son côté que les non-diplômés sont souvent les premiers mis à pied lors des coupes advenant un ralentissement économique. L’absence de diplôme est aussi un frein à l’obtention de promotion.

À son avis, la clé pour régler le manque de main-d’œuvre spécialisée se trouve dans le développement de partenariats entre entreprises et écoles. «Plutôt que de créer des programmes de formation à l’interne, les entreprises doivent utiliser davantage le réseau des CFP pour former leur personnel.»

L’Estrie expérimente d’ailleurs ce genre de collaboration avec le projet PRIMOM (Partenariat régional pour l’intégration de la main-d’œuvre dans le secteur manufacturier) depuis 2007, souligne Annick Carrière, conseillère d’orientation au CFP 24-Juin. Celui-ci permet notamment à des jeunes d’étudier dans un programme de formation en même temps qu’ils travaillent dans une entreprise du secteur, tout en étant payés. Un modèle qui pourrait faire école pour répondre aux besoins de l’industrie manufacturière.

Jean-Pierre Doucet conseille aux jeunes de ne pas sauter sur le premier emploi sans diplôme, mais d’investir dans leur formation. «Les programmes de formation professionnelle sont courts, rappelle-t-il. Leur durée varie de un à deux ans, mais ils assurent une stabilité d’emploi à long terme.»

C’est un pensez-y bien.

Les mines : un cas à part

Comme dans le secteur manufacturier, les emplois sont nombreux en 2012 dans l’industrie minière. Mais contrairement au domaine de la fabrication, les métiers et les besoins de cette industrie sont mieux connus. Résultat : les inscriptions dans les programmes liés aux mines vont bon train.

«La promotion du Plan Nord est telle qu’on reçoit non seulement des demandes d’inscription en provenance d’un peu partout à travers le Québec, mais aussi de l’étranger, indique Ester Levasseur, directrice du CFP de la Baie-James. On reçoit des appels de l’Italie, de la Côte-d’Ivoire et de la République démocratique du Congo. Les gens veulent savoir comment être formés pour saisir les possibilités d’emploi liées aux projets miniers du Plan Nord. On essaie de voir comment on pourrait les accueillir.»

Le Centre offre le DEP en extraction de minerai dans quatre chantiers-écoles, en collaboration avec des entreprises minières. «La formation ne dure que six mois et ouvre la porte à des emplois rémunérés autour de 40 $ l’heure, précise Ester Levasseur. On y forme chaque année 92 diplômés. Et on espère ouvrir davantage de chantiers-écoles pour former au moins 40 finissants de plus par année dans ce programme. Les besoins de main-d’œuvre y sont grandissants avec l’entrée en activité d’autres mines prévue en 2013-2014. En forage-dynamitage, nous formons annuellement environ 80 diplômés qui trouvent des emplois rémunérés à plus de 30 $ l’heure.»


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Dans ce dossier

• Sciences et technologies à l’avant-scène
• Enseignants recherchés
• Boum d’emplois dans les ressources naturelles
• Diplômés malgré la grève étudiante
• Alimentation : à quand de meilleurs salaires?

Alimentation : à quand de meilleurs salaires?

Les diplômés des programmes liés à l’alimentation ne manquent pas de travail. Les CFP constatent une demande soutenue des employeurs. Une hausse des salaires permettrait toutefois de mieux équilibrer l’offre et la demande.

À l’École hôtelière de la Capitale, à Québec, la demande ne ralentit pas. «Nos diplômés sont toujours très recherchés, signale Yolaine Carver, conseillère d’orientation. Depuis cinq ans, jamais un finissant n’est venu me voir pour me dire qu’il n’arrivait pas à se placer. La demande est particulièrement forte en boucherie de détail, en service de la restauration et en cuisine.»

En 2012, cet établissement a formé 35 diplômés en boucherie de détail qui ont tous obtenu une promesse d’emploi avant même la fin de leur formation. «J’aurais besoin de former deux groupes en plus, soit 44 diplômés, dans ce programme pour mieux répondre aux besoins des employeurs», dit Yolaine Carver.

Au CFP Jonquière, les 19 diplômés en boucherie de détail de 2012 ont aussi facilement trouvé du travail dans les supermarchés, abattoirs et boucheries de quartier de la région.

Cuisine en vedette

C’est en cuisine que la demande est la plus spectaculaire. Au CFP 24-Juin de Sherbrooke, le placement a été de 100 % pour les 22 diplômés de mai dernier dans ce programme. Même scénario au CFP Jonquière. «On forme 60 cuisiniers par année et le placement frôle 100 %, indique Martin Bédard, agent de liaison du Centre. On pourrait en former 40 ou 50 de plus par année pour répondre aux besoins, mais on n’a pas l’espace ni les ressources nécessaires.»

Les 146 diplômés de 2012 de l’École hôtelière de la Capitale ont également tous trouvé un emploi. «En juin 2012, je comptais encore 66 offres d’emploi sur nos babillards, sans candidat disponible, dit Yolaine Carver. Même les grandes tables n’arrivent pas à satisfaire à leurs besoins de cuisiniers.»

Appel aux employeurs

Les personnes interrogées dans les CFP estiment que le roulement du personnel explique la demande incessante de finissants. Même s’ils en forment beaucoup, la demande reste forte.

«Les diplômés ne persévèrent pas dans le milieu, déplore Yolaine Carver. L’accès à l’emploi est là, mais les salaires ne correspondent pas toujours aux attentes des élèves. Les horaires ne sont pas faciles non plus. Après cinq ans dans le métier, un jeune passionné de cuisine haut de gamme qui veut stabiliser son horaire doit se tourner vers le secteur institutionnel [hôpitaux, écoles, centres pour personnes âgées], un milieu qui propose un style de cuisine plus familiale.»

La conseillère d’orientation rappelle qu’une amélioration des conditions de travail, notamment en restauration, peut favoriser le maintien en emploi des diplômés. «Ce qui est bien, c’est que les employeurs privilégient de plus en plus une main-d’œuvre qualifiée. Des jeunes qui ont de l’expérience en cuisine viennent chercher leur diplôme chez nous parce que c’est valorisé.» Elle souhaite par contre que les restaurateurs trouvent la recette gagnante pour encourager les diplômés à persister!

D’autres diplômés fortement recherchés

La tournée 2012 des différents CFP a aussi permis de relever d’excellents taux de placement dans plusieurs autres programmes.

  • Secrétariat et comptabilité : Dans de nombreux établissements, les élèves n’ont pas fini leur programme qu’ils reçoivent déjà des offres d’emploi. Le taux de placement est donc de 100 % dans plusieurs CFP. Les PME et le secteur public (commissions scolaires et hôpitaux) les recherchent. L’ennui, c’est que ces programmes ne comptent souvent que de petites cohortes d’une dizaine de diplômés.
  • Santé : Dans tous les CFP interrogés, les programmes Assistance à la personne à domicile, Assistance à la personne en établissement de santé et Santé, assistance et soins infirmiers présentent des taux de placement frôlant 100 %.
  • Conduite de procédés de traitement de l’eau : Dans ce programme exclusif au CFP Paul-Gérin-Lajoie, le taux de placement de la cinquantaine de diplômés formés annuellement est de 100 %. Les emplois sont répartis à travers la province dans les municipalités et les entreprises manufacturières pour le traitement des eaux usées et industrielles.
  • Les CFP sondés ont mentionné des taux de placement de 100 % pour leurs diplômés issus des programmes Mécanique de véhicules lourds routiers, Mécanique d’engins de chantier, Mécanique agricole et Mécanique automobile.

 

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Dans ce dossier

• Sciences et technologies à l’avant-scène
• Enseignants recherchés
• Boum d’emplois dans les ressources naturelles
• Diplômés malgré la grève étudiante
• Le secteur manufacturier toujours vivant