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Stage en droit : participaction!

Chaque année, en mars, environ 10 % des étudiants en droit se lancent dans la fameuse course aux stages, principal bassin de recrutement des grands cabinets. Une course d’obstacles certes, mais aussi une occasion en or pour réseauter, apprendre à se démarquer en entrevue et mieux se connaître.

Dès leur première année universitaire, les étudiants sont sollicités par les cabinets de moyenne et de grande taille. Kim Nguyen, diplômée de l’Université McGill, était de la course en 2009. Elle a décroché un stage au cabinet McCarthy Tétrault, à Montréal. «Ce n’est pas pour rien que ça s’appelle la course aux stages : ce sont des journées chargées, il faut gérer son stress», dit-elle.

À la Faculté de droit de McGill, le Career Development Office a organisé des activités sur la course aux stages que Kim Nguyen a suivies de près : séances d’information, ateliers sur le CV et la lettre de présentation, simulations d’entrevues, journées portes ouvertes dans des cabinets. Et la course comme telle n’était pas encore commencée!

«Il y a plusieurs façons de faire une course aux stages. Pour ma part, j’avais décidé de cibler quelques cabinets, expose Kim Nguyen. J’ai fait de la recherche sur les bureaux qui m’intéressaient, j’ai participé à des journées portes ouvertes, ainsi j’avais une bonne idée de ce que je voulais et de ce que je ne voulais pas.»

Alexandre Vanasse, diplômé de l’Université Laval, a participé à la course la même année que Kim Nguyen, mais d’une tout autre manière : il a envoyé 26 CV à autant de cabinets, ce qu’il appelle la «technique shotgun». Et 26, ce n’est pas excessif : il a vu des étudiants semer à tout vent jusqu’à 40 CV! Avec le recul, il juge que cette stratégie n’est pas la meilleure : «Il est préférable de cibler des bureaux de façon plus spécifique, en fonction de leur champ de pratique.» Alexandre a obtenu un stage au cabinet Lavery, qu’il commencera en 2011.

Comment se démarquer?

Envoyer son CV est une chose, mais quoi écrire pour retenir l’attention des cabinets ciblés? La solution : insister sur les compétences transférables. «Si on a suivi des cours de musique pendant 10 ou 15 ans, ça démontre de la rigueur et de la discipline, cite en exemple Me Léna Taylor, directrice des programmes étudiants chez McCarthy Tétrault. Si on a travaillé comme caissière au même IGA pendant cinq ans, cela montre que l’employeur est satisfait, qu’on a un bon sens du service à la clientèle, qu’on est capable de bien gérer son emploi du temps si on étudie la semaine et on travaille les week-ends, etc.»

Après le CV, les entrevues. «En général, la première est réalisée par des avocats juniors, et s’ils nous retiennent, on passe à un deuxième entretien avec des avocats seniors associés», explique Catherine Jalette, une diplômée de l’Université de Montréal qui a deux courses aux stages à son actif. «Habituellement, il y a une troisième entrevue qui prend la forme d’un souper ou d’un cocktail organisé par le cabinet, et où l’on interagit avec les avocats.»

«C’est un processus épuisant», soupire Catherine Jalette. Certains adeptes de la technique shotgun se font convoquer à 10 ou 12 reprises… «Il y en a qui arrivent complètement épuisés au bout de la première semaine d’entrevues, observe Me Taylor. Parfois, ils ne donnent pas un bon rendement et ils ne passent pas toujours au stade de la deuxième entrevue.»

Car la course est un processus de sélection qui permet aux recruteurs de mettre la main sur la crème des étudiants. D’ailleurs, un stage dans un grand cabinet est souvent suivi d’une offre d’emploi. Chez McCarthy Tétrault, «environ 90 % des stagiaires sont ensuite embauchés comme avocats», déclare Me Léna Taylor. «Si un étudiant ne fait pas la course, ça deviendra plus compliqué pour lui durant la troisième année de droit et à l’École du Barreau de se faire une place dans un grand cabinet», ajoute Me Marc Novello, associé chez Fasken Martineau, à Montréal. D’où le stress qui ronge bien des juristes en herbe.

«Quand j’ai fait la course aux stages, je me suis sentie comme une athlète olympique!» lance Kim Nguyen à propos de l’énergie requise pendant les entrevues. «On essaie de se surpasser. On se vend aux cabinets et les cabinets se vendent. Pour être convaincante, il faut être convaincue. Pour bien parler de soi, il faut bien se connaître», souligne-t-elle.

La gestion du stress, pour Kim Nguyen, consiste à ne pas s’arrêter à un échec. «Par exemple, il faut être capable de se dire après une entrevue : “Bon, ça ne s’est pas déroulé comme je le voulais, mais j’ai une autre entrevue demain et je dois me concentrer sur cette prochaine étape. La course n’est pas terminée, j’ai encore besoin de faire bonne figure.”»

Apprendre à se connaître

«Pour plusieurs étudiants, la course aux stages est une expérience frustrante, observe Alexandre Vanasse. On envoie des CV et on se fait dire non à répétition parce que tout le monde fait la course en même temps et que la concurrence est extrême : 200 étudiants qui, du jour au lendemain, s’adressent à une trentaine de cabinets qui ne prennent en moyenne que 2 ou 3 stagiaires. Et ça, c’est juste à Québec!»

Toutefois, à son avis, la course devient passionnante à l’étape des entrevues : «On apprend vraiment sur soi-même et sur la façon de se présenter.» Et se frotter à l’univers des grands cabinets permet aussi de savoir si on a envie ou non d’y faire carrière.

«Pour plusieurs étudiants, la course aux stages est une première expérience d’entrevues dans un milieu professionnel, rappelle Me Léna Taylor. C’est l’occasion de mieux se connaître. Je me souviens d’un candidat qui avait d’excellentes notes, un bon CV, mais en entrevue il ne savait pas ce qu’il voulait. Il ne se connaissait pas. La course, ça n’a pas fonctionné pour lui. Il m’a téléphoné pour savoir pourquoi. Je lui ai dit que, malheureusement, il donnait l’impression de ne pas être sûr de vouloir travailler dans un grand cabinet. Il a refait la course l’année suivante et ça a marché, dans un autre cabinet. Il avait mieux déterminé ce qu’il avait envie de faire. Dans ce sens, la course peut être un exercice vraiment intéressant.» Et riche en enseignements!

 

Un dossier en béton

Catherine Jalette a participé deux fois à la course, sans succès. «La première année, j’ai fait la course un peu n’importe comment. J’ai envoyé 15 ou 20 CV, mais je n’ai décroché aucune entrevue.» Son défaut : une candidature sans relief. «Il y a des étudiants qui connaissent déjà le milieu, par exemple parce que leurs parents sont avocats ou parce qu’ils ont été bien orientés, et ils savent comment présenter leur dossier. Dans la lettre de présentation, il faut se vendre, parler de ses réalisations», conseille-t-elle.

«Il y en a même qui font du bénévolat pour rehausser leur CV. Allez voir les sites Web des cabinets, vous constaterez que des avocats siègent bénévolement à des conseils d’administration : hôpitaux pour enfants, fondations, clubs de petits-déjeuners, etc., et ils apprécient les étudiants qui sont impliqués dans ces milieux», poursuit-elle.

«La seconde année, j’ai envoyé quelques CV en insistant, dans ma lettre de présentation, sur ce que je pouvais apporter au cabinet, se souvient Catherine Jalette. J’ai passé des premières et deuxièmes entrevues. Mais le cabinet où je voulais travailler ne m’a pas choisie.»

Qu’à cela ne tienne : durant sa troisième année d’études, Catherine est tombée amoureuse du droit des assurances. De janvier à juillet 2010, elle a effectué son stage au Fonds d’assurance responsabilité professionnelle du Barreau du Québec (quand un avocat se fait poursuivre, le Barreau le défend avec sa propre équipe d’avocats). Le match parfait! (J.-S. M.)

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