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Savoir programmer, un atout

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Pour le commun des mortels, la programmation informatique relève du mystère des hiéroglyphes. Or, si on s’en donne la peine, s’initier au code peut se révéler aussi utile que de savoir converser dans une langue seconde.

Au Cégep de Sorel-Tracy, une bande de jeunes adultes sont rivés à leur écran d’ordinateur et tapent au clavier un code bien étrange : «for (var counter = 1; counter < 11; counter++) {console.log(counter);». Geeks en herbe, ils apprennent les bases du JavaScript, un langage de programmation surtout utilisé dans les pages Web, qui permet notamment de créer des jeux. La brigade ne se prédestine pas d’emblée à une carrière en technologies de l’information. Étudiants en arts et lettres ou en sciences de la nature, ils participent à un cours optionnel de programmation donné par Alexandre Vovan.

«De nos jours, presque tous les métiers touchent de près ou de loin à l’informatique, dit le jeune enseignant. Les entreprises sont pensées en fonction des ordinateurs. Des bases en code permettent de mieux comprendre comment les machines fonctionnent. Même un agriculteur peut y trouver son compte : il existe aujourd’hui des drones qui analysent la composition du sol avant de le fertiliser.»

Les professionnels sont souvent les mieux placés pour concevoir des logiciels utiles à leur travail. Ainsi, un médecin possédant des notions de programmation pourrait plus facilement participer à l’élaboration d’un système de dossiers médicaux informatisés.

«Pour ne pas dépendre des propositions des consultants externes issus de l’industrie des technologies de l’information, il faut connaître la programmation ou, du moins, en comprendre les grandes lignes», dit la spécialiste des nouveaux médias et professeure à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Samuelle Ducrocq-Henry.

Longueur d’avance

En France, l’École 42, un établissement privé spécialisé en informatique, offre gratuitement une formation universitaire en programmation. Son directeur général adjoint, Kwame Yamgnane, estime que si l’on veut vivre dans le monde du numérique, savoir coder est impératif.

«L’une de nos étudiantes adorait faire des bijoux. Après sa formation, elle a programmé son propre site Internet, elle a acheté des serveurs, elle a monté ses bases de données et elle s’est connectée à PayPal et aux banques. Aujourd’hui, elle travaille de la maison et vit de la vente de ses produits. Le code lui a permis de réinventer son métier qui, à la base, n’est pas numérique.»

Étudiant en technologie de l’électronique industrielle au Cégep de Sorel-Tracy, Pascal Lafrenière consacre ses temps libres à apprendre la programmation. En utilisant des tutoriels sur Internet, il a fabriqué un robot à partir d’un camion télécommandé acheté chez Walmart. Après modifications, son jouet freine de lui-même pour éviter les collisions.

«En plus de modifier les composants électroniques, j’ai moi-même programmé le petit ordinateur du véhicule, dit-il fièrement. Il m’arrive même de créer des programmes pour ma calculatrice pour que des opérations se fassent automatiquement. C’est clair que j’ai une longueur d’avance sur mes collègues qui n’y connaissent rien», dit l’étudiant, qui compte se réorienter en robotique.

Le code dès l’enfance

L’informatique est devenue une science à ce point incontournable que des informaticiens souhaitent voir le code enseigné à tous, dès le primaire.

Or, au Québec, les cours d’informatique auparavant offerts au secondaire ont été englobés dans un programme beaucoup plus vaste de science et technologie depuis l’entrée en vigueur de la réforme scolaire en 2005. «Les élèves arrivent au cégep et n’ont aucune idée de ce qu’est la programmation», remarque Alexandre Vovan.

Professeur d’informatique à l’Université McGill, Derek Ruths soutient que le langage du code doit être enseigné le plus tôt possible, alors que les enfants sont des éponges à savoir.

«La programmation est à l’ère moderne ce qu’était la géométrie à l’Antiquité. Ce sont des langages puissants qui permettent d’utiliser les algorithmes pour construire des jeux, des animations, raconter des histoires et même pour contrôler des robots!»

En Estonie, mère patrie de Skype, un projet pilote initie les enfants à la programmation informatique, dès l’âge de six ans. Le petit pays d’Europe de l’Est d’à peine 1,3 million d’habitants se donne aujourd’hui toutes les chances de participer à la formation du prochain Mark Zuckerberg. Le gouvernement ne veut pourtant pas créer une armée de développeurs. Il désire plutôt sensibiliser les jeunes aux possibilités des nouvelles technologies.

Dans un but similaire, le Massachusetts Institute of Technology a conçu en 2006 un langage de programmation destiné aux enfants de 8 à  16  ans. Nommé Scratch, ce code fait l’objet d’une formation en ligne gratuite offerte dans 40 langues, dont le français.

L’utilisateur peut s’en servir pour créer des histoires interactives, des jeux et des animations. Son inventeur, Mitch Resnick, estime que la capacité à coder est en train de devenir essentielle, au même titre que la lecture ou l’écriture, puisqu’elle permet de concevoir des projets et d’exprimer ses idées sur le Web.

Une langue seconde

Mais à quoi bon apprendre des langages de programmation qui ne seront peut-être plus utilisés dans cinq ou dix ans? S’il est vrai que les codes changent rapidement, selon Kwame Yamgnane de l’École 42, la logique derrière reste la même. «Ils permettent de développer une manière de réfléchir, que l’on appelle “la pensée procédurale”», dit-il.

Cela dit, l’enseignement du code pour tous ne fait pas l’unanimité. Samuelle Ducrocq-Henry fait le parallèle avec une langue seconde : c’est un atout, pas une habileté essentielle. «C’est toujours bon de stimuler l’intelligence des jeunes, mais le codage est une philosophie mathématique qui demande un certain degré de maturité. Les élèves les plus intéressés pourraient poursuivre et approfondir leurs connaissances. Quant aux autres, il faut faire attention de ne pas les dégoûter de l’informatique.»

La programmation souffre déjà d’une sale réputation chez les jeunes, observe Alexandre Vovan. «Le développeur est toujours illustré comme un homme des cavernes qui mange des chips dans son sous-sol, dit-il. Il faut briser le mythe que la programmation, c’est brun!»

Apprendre en ligne

On trouve sur le Web des ressources gratuites et ludiques pour apprendre les rouages de la programmation.

  • codecademy.com
    Pour assimiler les bases de HTML, JavaScript, Python ou Ruby. Une version mobile propose aussi des leçons de quelques minutes. Le tout en français.
  • codecombat.com
    Pour s’initier tout en jouant à un jeu vidéo. Offert en français.

Quels langages apprendre?

Voici une brève liste des langages de programmation les plus accessibles.

  • HTML : L’Hypertext Markup Language est le squelette du Web. Il permet de créer des pages simples et de décrypter la logique derrière les sites que l’on consulte. Le CSS (feuilles de style en cascade) est un autre langage qui permet d’enrichir la mise en forme des pages HTML et d’y ajouter des animations.
  • JavaScript : Ce langage est principalement utilisé sur le Web pour générer de l’interactivité, notamment des jeux simples.
  • PHP : L’Hypertext Preprocessor est l’un des langages les plus répandus du Web. Il est souvent choisi pour produire des sites dynamiques, comme un blogue dont les articles sont stockés dans une base de données. C’est le langage du système de gestion de contenu WordPress, entre autres.
  • Ruby : Il s’agit d’un langage «orienté objet», c’est-à-dire qu’il permet de manipuler des éléments simplifiés qui renferment plusieurs variables et fonctions. Comme en PHP, un site programmé en Ruby est dynamique, puisqu’il fait appel à un serveur. En cas de difficulté, une grande communauté d’utilisateurs en ligne peut voler à votre secours.

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