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Réorientation : prêt pour un nouveau départ?

L’idée de retourner aux études et de réorienter votre carrière vous tente? Voici comment évaluer votre situation et organiser ce changement de cap.

Après 25 ans comme conseillère financière aux Caisses populaires Desjardins, Linda Leclerc, 49 ans, a eu envie de changer d’air. «Je me suis inscrite en 2003 à l’attestation d’études collégiales [AEC] Agent en géronto-gériatrie au Cégep de Rivière-du-Loup pour intervenir auprès des personnes âgées. Au printemps 2004, j’avais mon AEC en poche!» se souvient-elle.

«Vérifiez si votre malaise provient de votre environnement de travail, de votre employeur, ou de votre tâche et de votre rôle professionnel.»
— Martine Lemonde, conseillère d’orientation, Brisson Legris, révélateurs de potentiels

«Comme les établissements de santé voulaient m’embaucher comme préposée aux bénéficiaires plutôt qu’agente en gérontogériatrie – ce qui est très différent –, j’ai changé mon fusil d’épaule. J’ai posé ma candidature comme intervenante-animatrice dans un centre de femmes», explique Linda Leclerc. Elle a été engagée en août 2004 et travaille depuis dans un domaine qui la passionne, la relation d’aide.

France Dessureault, diplômée en administration, a pour sa part travaillé cinq ans en gestion d’entreprise avant de changer de carrière. «Le contact avec les gens me manquait, confie-t-elle. Pendant mon congé de maternité, j’ai consulté un professionnel de l’orientation et j’ai décidé de devenir conseillère d’orientation.» Après avoir réussi quelques cours du baccalauréat en développement de carrière, elle a pu faire une maîtrise en éducation (profil en carriérologie) à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Son projet lui a coûté trois ans et demi d’études, dont les deux dernières années à temps plein. Ses efforts ont été récompensés, puisqu’elle est aujourd’hui conseillère d’orientation au Collège François-Xavier Garneau, à Québec.

Faire le bon choix

Linda et France ont pris le taureau par les cornes, mais comment être sûr de faire le bon choix? Selon Martine Lemonde, conseillère d’orientation et directrice des services professionnels chez Brisson Legris, révélateurs de potentiels, il faut d’abord analyser son inconfort au boulot. «Vérifiez si votre malaise provient de votre environnement de travail, de votre employeur, ou de votre tâche et de votre rôle professionnel.» Dans les deux derniers cas, une réorientation de carrière s’impose, alors que pour les deux autres, un simple changement d’emploi peut suffire. Un professionnel de l’orientation et de la carrière peut vous aider à trouver la source du problème.

Pour financer son projet, Linda a utilisé la totalité de l’indemnité de départ obtenue auprès de son employeur. Quant à France, elle a continué à travailler à temps partiel durant la première année et demie de ses études.

Si votre choix s’arrête sur une réorientation, faites le bilan de vos champs d’intérêt et de vos compétences (celles que vous possédez et celles que vous voulez développer) et imaginez l’environnement dans lequel vous souhaitez travailler. «Explorez ensuite les possibilités en ouvrant la porte à plusieurs options», dit Martine Lemonde. Un professionnel de l’orientation peut vous assister dans la démarche. Renseignez-vous aussi en consultant des livres et des sites Web comme l’Inforoute de la formation professionnelle et technique [www.inforoutefpt.org] et le site d’Emploi-Québec d’information sur le marché du travail [http://imt.emploiquebec.net]. Il faut ensuite envisager des études plus ou moins longues. Une AEC, par exemple, permet d’acquérir une technique plus rapidement qu’un diplôme d’études collégiales (DEC) (environ un an et demi comparativement à trois ans). Du côté de la formation universitaire, vous pouvez vous tourner vers un certificat (un an à temps plein) ou un diplôme de deuxième cycle comme la maîtrise (deux ans) ou le diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) (un an). Informez-vous auprès des services de formation continue des universités et des collèges qui offrent souvent des cours de soir et de fin de semaine, des sessions intensives et des formations à distance.

Le poids financier

Retourner sur les bancs de l’école demande aussi un investissement. Pour y voir plus clair, Hélène Arsenault, conseillère à l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) Lanaudière, suggère d’établir un budget qui tient compte de la durée des études et de leur coût, des livres à acheter, du transport, des repas, des frais de garderie supplémentaires, etc. «Attention à ne pas couper dans les choses essentielles comme la nourriture et le logement, avertit-elle. Si les conditions financières deviennent trop difficiles, cela peut nuire à votre concentration et à vos études.» Un conseiller financier au sein d’une ACEF peut vous aider à évaluer le coût et la faisabilité du projet.

À l’UQAM, par exemple, le coût annuel des études à temps complet (droits de scolarité et frais exigés par l’Université) varie de 1 690 $ à 2 150 $ selon que l’on est inscrit au bac, au certificat ou à un programme de deuxième cycle. Pour financer son projet, Linda a utilisé la totalité de l’indemnité de départ obtenue auprès de son employeur. Quant à France, elle a continué à travailler à temps partiel durant la première année et demie de ses études. Les deux femmes ont aussi bénéficié du soutien de leur conjoint pour les dépenses personnelles essentielles (logement, nourriture, transport, etc.) : un gros coup de pouce! D’autres sabrent radicalement dans leurs dépenses. «Je connais une vétérinaire qui s’est réorientée en génie des matériaux. Elle a vendu sa voiture et est allée vivre chez son frère», illustre Martine Lemonde.

Vous pouvez aussi financer vos études grâce aux prêts et bourses du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (www.afe.gouv.qc.ca/) ou à un prêt bancaire. Il faudra toutefois rembourser les prêts, avec les intérêts, une fois les études terminées. Les chômeurs tentés de retourner à l’école pendant qu’ils reçoivent des prestations d’assurance emploi doivent bien s’informer : ils perdront leurs prestations si la formation choisie ne correspond pas aux critères d’Emploi-Québec.

Avant de faire le saut, évaluez les gains futurs de votre réorientation. «L’important est de savoir ce que l’on pourrait gagner en retour en ce qui a trait à la rémunération, la progression salariale ou la satisfaction au travail. Chacun a ses propres critères. Certains préfèrent vivre plus heureux même avec moins d’argent. D’autres choisiront de demeurer là où ils sont. Mais au moins, ils sauront pourquoi!» conclut Mme Lemonde. 09/09

Le choc du retour aux études…

Retourner sur les bancs de l’école après 10 ou 20 ans peut causer tout un choc! France Dessureault souligne qu’étudier a eu un impact majeur sur sa vie personnelle et familiale, car elle a dû consacrer beaucoup de temps aux travaux, aux lectures et à la préparation de ses examens. «Il y a des compromis à faire… Prévoyez passer vos fins de semaine et vos soirées à étudier au lieu d’être en famille», dit-elle. Mieux vaut y penser avant et en discuter avec son entourage.

Se remettre dans le bain de l’apprentissage n’est pas non plus chose facile. «On doit réapprendre à étudier, ajoute Martine Lemonde, conseillère d’orientation chez Brisson Legris, révélateurs de potentiels. Commencez progressivement, en prenant un cours du soir afin d’avoir un avant-goût de ce qui vous attend et d’apprivoiser le retour aux études.»

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