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Des programmes d’études boudés

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Parce qu’ils sont peu connus ou qu’ils n’ont pas le vent dans les voiles, certains programmes d’études sont boudés par les jeunes. C’est le cas des formations liées à la foresterie, à la fabrication industrielle, à l’agriculture et au textile. Mais pendant que les inscriptions baissent, les offres d’emploi persistent dans ces secteurs.

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La foresterie fait partie de ces secteurs qui n’intéressent plus les jeunes depuis belle lurette. Les crises successives traversées par l’industrie du bois et des pâtes et papiers, comme le conflit du bois d’œuvre, les fermetures de scieries et la chute de la construction chez nos voisins du sud, ont littéralement vidé les salles de cours, et pourtant…

Foresterie : encore du boulot dans le bois

«Au début des années 2000, nous comptions 110 diplômés du diplôme d’études collégiales [DEC] en technologie forestière», indique Johnny Gauthier, responsable du Service de placement du Cégep de Chicoutimi. «En 2012, nous n’avions plus qu’une dizaine de diplômés. Or, nous pourrions en former annuellement une vingtaine, et nous les placerions tous.» Ces technologues travaillent à la régénération, à la coupe et à l’aménagement de la forêt. Ils exercent notamment dans les entreprises forestières, les firmes d’ingénieurs-conseils, les coopératives forestières, les municipalités ou les ministères.

Au Cégep de Trois-Rivières, le seul à offrir le DEC Procédés et valorisation (autrefois connu sous le nom de Technologie des pâtes et papiers), le constat est le même. «Nous avons reçu 10 offres d’emploi pour nos 2 diplômés de mai 2011. Et en 2012, nous n’avons même pas offert le programme, faute d’inscriptions», explique Caroline Hamel, responsable du Service de placement.

Même s’il y a eu un ralentissement dans les pâtes et papiers, l’industrie a besoin de main-d’œuvre, notamment pour remplacer les départs à la retraite. «L’industrie du papier, ce n’est pas que le papier journal. On parle de papier hygiénique, d’essuie-tout, de carton et d’emballage alimentaire», note Jean-Patrice Lamothe, enseignant du programme au Cégep de Trois-Rivières. Il mentionne que les entreprises recherchent ces technologues pour pourvoir des postes d’opérateurs, mais aussi pour des emplois liés à la fabrication, la gestion, la représentation, le contrôle de la qualité et la recherche en pâtes et papiers.

L’industrie du papier, ce n’est pas que le papier journal. On parle de papier hygienique, d’essuie-tout, de carton et d’emballage alimentaire. — Jean-Patrice Lamothe, Cégep de Trois-Rivières

Les nouvelles ne sont guère meilleures du côté du génie forestier. François-Hugues Bernier, directeur des communications et de la foresterie à l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec, en témoigne. Dans les trois programmes menant à la profession d’ingénieur forestier, le nombre d’étudiants est en déclin constant. «En 1991, la cohorte en aménagement et environnement forestiers comptait 120 diplômés, dit-il. En 2012, ils n’étaient que 25.» Les baccalauréats Opérations forestières et Génie du bois ont aussi connu des baisses d’inscriptions semblables.

«Les gens voient les scieries fermer et pensent qu’il n’y a pas d’avenir dans la forêt. Mais il y aura toujours du travail pour les ingénieurs forestiers, qui sont les seuls à pouvoir signer des plans d’aménagement forestier. Le nombre et le type d’employeurs qui recherchent ces diplômés ont explosé depuis quelques années. Le ministère des Ressources naturelles, qui s’occupe désormais de la planification forestière, a d’importants besoins. On trouve aussi ces ingénieurs dans les MRC et les entreprises forestières de coupe de bois», énumère François-Hugues Bernier. Pour attirer les jeunes, les employeurs offrent des salaires et des conditions de travail compétitifs. «On s’arrache les quelques ingénieurs forestiers disponibles», conclut-il.

En foresterie, on ne peut pas dire que les besoins en main-d’œuvre soient croissants pour tous les métiers. Mais le nombre de diplômés a tellement décru au cours des dernières années que les offres d’emploi restent sans réponse.

Fabrication métallique industrielle : vers une pénurie de travailleurs «Dans les années 1990, les salles de cours des formations professionnelles liées à la fabrication métallique étaient pleines. Aujourd’hui, on peine à recruter des élèves…», déplore de son côté Claude Dupuis, directeur général de PERFORM, le Comité sectoriel de la main-d’œuvre dans la fabrication métallique industrielle (FMI).

Selon les données de la Relance au secondaire en formation professionnelle, le nombre de diplômés du diplôme d’études professionnelles (DEP) en soudage-montage a diminué de 1 308 en 1998-1999 à 983 en 2009-2010. Du côté du DEP Techniques d’usinage, le nombre de diplômés a chuté de moitié en dix ans, passant de 1 123 à 510. Quant aux attestations de spécialisation professionnelle en outillage, matriçage et fabrication de moules, elles ne produisent que très peu ou pas de diplômés.

Au printemps 2012, le Centre de formation Harricana en Abitibi a reçu plus de 25 offres d’emploi pour ses 6 diplômés en techniques d’usinage.

Et pourtant, l’emploi existe. «À l’automne 2010, une enquête menée auprès d’entreprises du secteur a révélé que les besoins en main-d’œuvre étaient supérieurs au nombre de candidats disponibles», soutient Claude Dupuis. Ainsi, en 2010, l’industrie aurait eu besoin de 1 400 soudeurs et assembleurs-soudeurs, alors qu’on ne comptait que 983 nouveaux diplômés en soudage-montage. En 2012, la demande est toujours aussi forte. Claude Dupuis mentionne d’ailleurs qu’entre janvier et septembre 2012, des entreprises ont dû se tourner vers l’embauche de 65 soudeurs et 20 machinistes venus de l’étranger pour répondre à leurs besoins. Pas de doute, le déséquilibre entre l’offre et la demande est important.

L’effervescence du secteur minier, notamment, accentue la demande de fabrication d’outils et de pièces d’équipement dans les ateliers d’usinage. Par exemple, au printemps 2012, le Centre de formation Harricana en Abitibi a reçu plus de 25 offres d’emploi pour ses 6 diplômés en techniques d’usinage. Certains ateliers d’usinage doivent même refuser des contrats, faute de main-d’œuvre spécialisée.

Plusieurs facteurs expliquent ce manque d’intérêt pour le secteur, soutient Claude Dupuis. D’abord, les jeunes qui s’intéressent au travail manuel sont davantage attirés par les métiers de la construction que par ceux de la FMI, compte tenu de la vigueur de l’immobilier. «De plus, la FMI a peu de couverture médiatique. Le domaine est mal connu. Nous représentons pourtant 3 500 entreprises au Québec, mais surtout des PME», dit-il. Des entreprises qui ont une capacité d’attraction moins forte que les grandes compagnies.
Pour satisfaire aux besoins, plusieurs entreprises forment leur personnel à l’interne. Par exemple, un manœuvre qui travaille pour la compagnie depuis quelques années et qui est intéressé à devenir machiniste peut recevoir une formation sur le terrain.

Agriculture : retour a la terre

Les jeunes ne sont pas davantage au rendez-vous en agriculture, un domaine dont les besoins en ouvriers agricoles ne sont pas pourvus, notamment en production laitière et en production porcine. «Nous n’avons pas de chiffres sur les manques de main-d’œuvre, mais les producteurs nous disent qu’ils ne trouvent pas de candidats lorsqu’ils appellent dans les Centres d’emploi agricole du Québec», explique Hélène Varvaressos, directrice générale d’AGRIcarrières, le Comité sectoriel de main-d’œuvre de la production agricole.
Les dernières données de la Relance au secondaire en formation professionnelle indiquent que le nombre de diplômés est en baisse depuis quelques années dans les DEP en production porcine et en production laitière, deux programmes qui seront officiellement regroupés en 2013. «Une fois leur DEP en poche, la plupart des diplômés prennent la relève de l’exploitation familiale. Ils ne peuvent donc pas pourvoir les emplois offerts par les autres producteurs», précise la directrice générale.

À la campagne, l’exode des jeunes n’aide pas la situation puisque, traditionnellement, les personnes s’inscrivant à ces formations étaient issues du milieu rural. «Qui plus est, l’offre variée de programmes en formation professionnelle amène les candidats à se tourner vers d’autres domaines plus attirants, comme les nouvelles technologies», dit Hélène Varvaressos.

Pourtant, le domaine a évolué. «Le secteur s’est mécanisé et automatisé, dit Hélène Varvaressos. Les nouvelles technologies occupent désormais une place importante.» Par exemple, les technologies ont fait leur entrée dans certaines fermes dans la distribution des aliments aux animaux, dans la traite des vaches et même dans la machinerie agricole.

Textile : l’avenir est dans les fibres

Dans le secteur du textile, le DEP Production textile (opérations) ainsi que les DEC Production textile et Matières textiles ne sont plus offerts depuis plusieurs années, faute d’inscriptions. Le Cégep de Saint-Hyacinthe a décidé en 2008 de ne plus proposer ces deux DEC en raison de la difficulté à y attirer des jeunes.

Selon Marlène Lemire, chargée de projets à la promotion des carrières au Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie textile du Québec, cette situation s’explique par une méconnaissance du secteur, de même que par la mauvaise publicité causée par les fermetures de manufactures.

«Le textile, ce n’est pas seulement la confection de vêtements! Dans ce domaine, on produit des fils et des fibres variés et on dessert 12 sous-secteurs, comme le génie civil, l’environnement, la construction, la santé et l’aérospatiale», énumère-t-elle. De plus en plus, le textile devient «technique» et permet de fabriquer des gilets pare-balles, des matériaux isolants, des tissus antimicrobiens, chauffants, sans entretien, infroissables, etc.

Selon le plus récent diagnostic sectoriel, les besoins en main-d’œuvre sont réels. En 2010, plus de 73 % des entreprises sondées étaient en recrutement. Près de 54 % cherchaient à embaucher des opérateurs de machines à coudre industrielles. Et plus de 27 % des employeurs étaient à la recherche de personnel de production, comme des tailleurs ou des manutentionnaires.

Faute de diplômés, les entreprises du textile se débrouillent, souligne Marlène Lemire. Par exemple, certaines embauchent des diplômés en électromécanique de systèmes automatisés ou en mécanique d’entretien et leur enseignent sur le terrain la portion concernant le textile. Mais il est clair que le retour des formations en textile et des diplômés que cela suppose ferait le bonheur des employeurs! 09/12

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