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Photos-souvenirs : les infirmières, une histoire de femmes

L’une des premières professions occupées par les femmes au Québec est celle d’infirmière. Incursion dans la vie au travail des gardes-malades durant la première moitié du XXe siècle.

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Photo : Conrad Poirier, Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Photo : Conrad Poirier, Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Des religieuses et des laïques

Sur cette photo datant de 1944, une religieuse des Filles de la Sagesse est entourée de trois infirmières dans la pharmacie de l’hôpital Sainte-Justine, à Montréal.

Présentes depuis les débuts de la Nouvelle-France, les religieuses ont été les premières infirmières au Québec. Elles ont longtemps appris leur métier «sur le tas», dans les hôpitaux gérés par leurs communautés.

C’est au début du XXe siècle que, surchargées de travail, elles ont ouvert les portes de leurs établissements aux jeunes femmes laïques. À partir des années 1930, ces dernières occuperont la majorité des postes de soignantes, tandis que les religieuses conserveront les postes de gestion et d’enseignement.

À l’époque, les hôpitaux assurent la relève infirmière en fondant leurs propres écoles. La formation consiste principalement en du travail bénévole supervisé par les religieuses et les médecins.

Au milieu des années 1930, la province comptait une trentaine d’écoles d’infirmières. Elles seront intégrées au réseau d’enseignement public en 1967.

Photo : Conrad Poirier, Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Photo : Conrad Poirier, Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Une vie montréalaise

En 1949, de jeunes infirmières portent l’uniforme de l’hôpital Sainte-Justine, à Montréal. Il faut savoir que, pendant la première moitié du siècle dernier, les postes d’infirmières se concentrent surtout dans la métropole. Pour plusieurs aspirantes à la profession, cela suppose un déracinement.

Ainsi, en 1930, les élèves laïques de l’École Jeanne-Mance de l’Hôtel-Dieu de Montréal sont principalement des filles d’agriculteurs venues de l’extérieur de la ville. Elles ont pour bagage environ neuf ans de scolarité.

Pour entrer dans une école d’infirmières de l’époque, il faut notamment avoir un bon niveau de scolarité, un état de santé impeccable et une excellente réputation.

Pendant la première moitié du XXe siècle, le nombre d’infirmières augmente constamment, au fur et à mesure que des hôpitaux sont construits. Entre 1911 et 1951, l’effectif passe de 463 à 7 224 au Canada.

Les gardes-malades laïques quittent toutefois la profession si elles fondent une famille. En 1941, 94 % des infirmières sont célibataires.

Photo : Conrad Poirier, Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Photo : Conrad Poirier, Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Une vocation

Dans ce cliché datant de 1938, des infirmières du Children’s Memorial Hospital, à Montréal, occupent un groupe d’enfants malades sortis prendre l’air. À cette époque, le rôle de l’infirmière est double. Elle prodigue des soins médicaux et assiste le médecin, mais elle s’acquitte aussi de tâches domestiques et veille au confort des patients.

Alors que la religion régit toutes les sphères de la vie, l’occupation d’infirmière n’est pas vue comme un travail, mais bien comme une «vocation». Autrement dit, les gardes-malades doivent compter sur une récompense davantage céleste que matérielle. À Montréal, elles sont payées en moyenne 11,51 $ par semaine en 1921. De ce montant sont déduits leurs frais de logement et de repas à l’hôpital. Au final, elles gagnent moins que les institutrices, mais plus que les domestiques.

En comparaison, les hommes de 25 à 49 ans de l’époque empochent en moyenne 21,25 $ par semaine.

Photo : Conrad Poirier, Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Photo : Conrad Poirier, Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Besoin de sang neuf

En 1944, un rapport du Canadian Medical Procurement and Assignment Board explique la «sérieuse» pénurie d’infirmières dans le pays par les mauvaises conditions de travail : vacances non payées, travail faiblement rémunéré et tâche toujours plus lourde. Le recours aux infirmières pour l’effort de guerre est également en cause, rapporte The Montreal Gazette.

Or, il faut maintenir de bons effectifs infirmiers afin de pouvoir répondre à la demande de «tout plan de nationalisation des services de santé qui pourrait se développer». Le rapport évoque la possibilité de ramener dans la profession les anciennes infirmières devenues femmes à la maison.

Dans les années 1940, il manquait 2 000 infirmières au pays, indique le document Syndicalisme et travail infirmier à l’heure de la mondialisation, de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec.

Sur cette photo, une infirmière de la Croix-Rouge procède à une prise de sang, façon 1947.

Photo : Conrad Poirier, Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Photo : Conrad Poirier, Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Un travail de femme

Un médecin et une infirmière s’occupent d’un enfant installé dans un poumon d’acier à l’hôpital Sainte-Justine, en 1945, à Montréal. Se faire soigner par une femme médecin ou par un infirmier aurait été impensable à l’époque! 

L’Association des infirmières de la province de Québec, fondée en 1947, désigne ses membres d’après une définition sans équivoque : «Toute personne de sexe féminin possédant les qualités requises et qui est autorisée à rendre moyennant rémunération des services touchant le soin des malades et à donner des soins destinés à prévenir la maladie.»

Il faudra attendre 1970 pour qu’un premier infirmier reçoive son permis d’exercice dans la province. Irma Levasseur, quant à elle, a été la première Canadienne française à obtenir son droit de pratique médicale, en 1903, grâce à une loi privée votée par l’Assemblée nationale.

En 2012-2013, les hommes constituaient un peu plus de 10 % des effectifs infirmiers au Québec, tandis que les femmes représentaient environ 40 % des médecins.

Sources : Profession infirmière. Une histoire des soins dans les hôpitaux du Québec, Yolande Cohen; Archives The Montreal Gazette; Ordre des infirmières et infirmiers du Québec; Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec; Musée McCord; Les parcours professionnels des infirmières au Québec : quelques éléments de compréhension du rapport au travail, de la conciliation emploi-famille et des choix de fin de carrière, Alliance de recherche université communauté sur la gestion des âges et des temps sociaux

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