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La passion du fait maison

Marc-André Roy, associé de l’atelier-boutique Article 721, situé à Québec, et une de ses lampes-bidons.  Photo : Bianca Joubert

Marc-André Roy, associé de l’atelier-boutique Article 721, situé à Québec, et une de ses lampes-bidons.
Photo : Bianca Joubert

À l’ère de l’obsolescence programmée et de la surconsommation, le fait main et le système D connaissent une recrudescence, propulsés par le Web et les nouvelles technologies. Bricoleurs militants, bidouilleurs en électronique et autres «patenteux» font un doigt d’honneur à la société de consommation en mettant à profit l’huile de coude.

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«Le Do it yourself? Je suis née dedans!» s’exclame Émilie Hébert, au milieu des lampes fabriquées à l’aide de bidons d’essence recyclés, des coussins faits main et des valises-haut-parleurs, créations hétéroclites de l’atelier-boutique Article 721, qui a ouvert ses portes en novembre 2012 à Limoilou. «Ma mère ne m’achetait pas de poupées Bout d’chou, mais le patron pour en confectionner une. J’ai grandi avec la mentalité qu’on n’achète pas ce qu’on peut faire soi-même.»

Créations de l’atelier-boutique Article 721. Au premier plan : valise-haut-parleur. À l’arrière-plan : lampe-bidon et scie-ardoise. Photo : Bianca Joubert

Créations de l’atelier-boutique Article 721. Au premier plan : valise-haut-parleur. À l’arrière-plan : lampe-bidon et scie-ardoise.
Photo : Bianca Joubert

Les deux associés d’Article 721, Émilie Hébert, 32 ans, et Marc-André Roy, 36 ans, sont des «patenteux». À la fois artisans et copropriétaires, ils exposent et vendent leurs créations tout en donnant une vitrine à d’autres artisans locaux. Émilie à la machine à coudre, Marc-André au marteau ou à la sérigraphie. «Pour la déco de la boutique, on avait zéro budget», relate Émilie. Un vieux guidon de vélo est ainsi devenu un support à bijoux, des palettes de bois une cabine d’essayage et un bâton de golf un support à vêtements…

«Dans ma maison, tout ce que je peux faire moi-même, je le fais : je lis là-dessus sur le Web et j’essaie. Je me suis fabriqué un plancher chauffant, j’ai refait mon balcon en fer forgé et en bois… Ce qui me coûterait 15 000 $, je le fais pour 2 000 $», explique Marc-André.

Aide-toi et le Web t’aidera

Difficile de parler de la tendance Do it yourself (fais-le toi-même) sans parler de conscience écologique, de développement durable, de simplicité volontaire et… de technologies.

À Saint-Samuel, dans le Centre-du-Québec, Bianca Béliveau, 37 ans, s’est mise à fabriquer son propre savon, son yogourt, ses bijoux, ses vêtements, son terreau, à cultiver son jardin. «J’ai une rage contre le suremballage et une volonté d’utiliser et de consommer des produits le moins chimiques possible. Sur Internet, on trouve tout : des techniques de jardinage, comment se soigner au naturel», explique l’assistante optométrique, formée en design de mode.

Quoi qu’on veuille faire ou réparer, la marche à suivre se trouve sur l’un des nombreux sites voués au bricolage, comme le magazine virtuel Make ou le site Pinterest.

L’atelier Les Redoreuses, une petite entreprise montréalaise spécialisée dans le recyclage de vieux objets. Photo : Bianca Joubert

L’atelier Les Redoreuses, une petite entreprise montréalaise spécialisée dans le recyclage de vieux objets.
Photo : Bianca Joubert

«On est très 2.0 dans nos recherches», confirme Sophie Arshoun, 33 ans, l’une des deux têtes de la petite entreprise montréalaise Les Redoreuses, spécialisée dans le recyclage de vieux objets. «Par exemple, pour le décapage, on a cherché des techniques sur YouTube, trouvé des décapants plus verts», poursuit sa collègue, Laurence Clément, 28 ans.

Des créations des Redoreuses : porte-bijoux, porte-manteaux ou porte-clés muraux faits avec des poignées, des vieux cadres ou des retailles de tissus. Photo : Bianca Joubert

Des créations des Redoreuses : porte-bijoux, porte-manteaux ou porte-clés muraux faits avec des poignées, des vieux cadres ou des retailles de tissus.
Photo : Bianca Joubert

Dans leur atelier de la rue Alexandra, à Montréal, le bois de grange côtoie des piles de vieilles fenêtres, des outils, des échantillons de tissus et des photos anciennes. C’est le plaisir du travail manuel et la volonté de redonner de l’éclat aux objets fanés qui ont poussé les designers autodidactes, issues du milieu du cinéma, à se lancer en affaires.

Sophie Arshoun, l’une des deux associées des Redoreuses, à Puces Pop Montréal, en juin 2013. Photo : Bianca Joubert

Sophie Arshoun, l’une des deux associées des Redoreuses, à Puces Pop Montréal, en juin 2013.
Photo : Bianca Joubert

Depuis 2011, année de leur première présence aux Puces Pop, foire montréalaise d’artisanat et de design fait main, elles fabriquent porte-bijoux, porte-manteaux, pochettes de voyage ou porte-clés muraux avec des poignées, des vieux cadres, des retailles de tissus…

De grano à techno

Cet engouement pour la fabrication artisanale ne date pas d’hier. En 1968, un manuel réalisé avec une machine à écrire électrique, un Polaroïd et des ciseaux, le Whole Earth Catalog, faisait figure de précurseur en la matière, abordant la construction durable, le commerce équitable, les énergies alternatives, l’autosuffisance et même la cyberculture avant la lettre. Son créateur, l’Américain Stewart Brand, auteur, environnementaliste et touche-à-tout, avait vu le potentiel des technologies de l’information comme outil de démocratisation du savoir, à une époque où l’ordinateur était l’apanage des gouvernements et des multinationales.

Ainsi, c’est grâce à Google et aux tutoriels que Maze Pépin, 36 ans, éducatrice en service de garde à Montréal, réussit à bidouiller un peu de tout : elle répare des ordinateurs, tout comme elle colmate les trous dans les murs. «Je lis beaucoup en ligne et compare les commentaires pour évaluer les techniques les plus fiables. Je fonctionne par essais-erreurs.»

Pour sa part, Francis Coupal, 42 ans, était prêt à débourser 400 $ pour s’acheter un ukulélé neuf l’an dernier. Mais, déçu du service dans les magasins, il a fini par s’en fabriquer un lui-même. «Je me suis dit : après tout, cet instrument, c’est juste une boîte montée sur un manche…» Après avoir refait un ukulélé au manche cassé et découvert un site de lutherie sauvage (création d’instruments de musique à partir d’objets divers), il a soutiré de la collection de sa mère quelques boîtes à biscuits métalliques vides pour créer la collection Ukulélé Bling Bling.

«Presque tous les matériaux sont recyclés : retailles de bois pour le manche, aiguilles à tricoter pour les frettes, drains de plomberie pour l’amplification», explique l’artisan de Mercier, qui est aussi tourneur de billes de verre de collection. Une vingtaine de ukuleles plus tard, dont presque la moitié se sont vendus autour de 250 $ pièce, il s’affaire à la création d’une autre série.

Un robot fabriqué à l’échoFab. Photo : Bianca Joubert

Un robot fabriqué à l’échoFab.
Photo : Bianca Joubert

Le Do it yourself n’est pas que le dada des recycleurs. Employé d’IBM le jour, Marc-André Bazergui, 45 ans, devient le soir créateur de robots, dans sa salle de lavage qui fait office d’atelier. «Je fabrique des modèles en LEGO selon mes propres plans, en m’inspirant de personnages connus, comme Wall.E», explique le passionné de robotique. Il exhibe ses créations sur son site, Bazmarc.ca, et dans diverses expositions, dont le premier Mini Maker Faire de Montréal, en 2012. La seconde édition de cette grand-messe de la culture du faites-le-vous-même et du bidouillage aura lieu dans la métropole en septembre 2014.

Fais-le toi-même… avec les autres

Autre manifestation de cette culture, l’échoFab a ouvert ses portes en janvier 2012, rue De Castelnau, à Montréal. Il s’agit d’un Fab Lab (Fabrication Laboratory), un atelier de fabrication numérique communautaire homologué par le Massachusetts Institute of Technology. Il en existe environ 200 dans le monde, dont un autre au Québec, le DèmosLab de Saguenay.

Les imprimantes 3D de l’échoFab, un atelier de fabrication numérique communautaire de la rue De Castelnau, à Montréal. Photo : Bianca Joubert

Les imprimantes 3D de l’échoFab, un atelier de fabrication numérique communautaire de la rue De Castelnau, à Montréal.
Photo : Bianca Joubert

On peut y faire ce que font les industries, mais à petite échelle, en ayant accès à des imprimantes 3D, des découpeuses laser et des fraiseuses commandées par ordinateur. «La mentalité, c’est : j’ai un projet, je n’ai pas d’argent, mais je me débrouille, je le fais!» lance Hélène Brown, de Fab Labs Québec, un groupe communautaire voué à l’émergence du concept dans la province.

L’échoFab accueille en moyenne une centaine d’usagers par mois, dont un noyau dur d’une vingtaine d’habitués. Des artistes, des ingénieurs, des designers, des musiciens, des étudiants, des inventeurs, des développeurs…

Un usager de l’échoFab, Charles Bicari, communique sa passion pour la musique. Photo : Bianca Joubert

Un usager de l’échoFab, Charles Bicari, communique sa passion pour la musique.
Photo : Bianca Joubert

Venu pour fabriquer des couvercles pour ses pots de germination, Stéphane Rousseau, un entrepreneur montréalais, a fini par faire de ses mains l’«échoRap», la deuxième imprimante 3D d’échoFab, en 2012, et finalise le modèle 2013. Charles Bicari, un passionné d’électroacoustique, y a de son côté réparé un vieil orgue composé de circuits électroniques qui n’existent plus, avec l’aide de Serge Dubé, un ingénieur retraité rencontré sur place.

«À la maison, on n’a pas toujours l’espace, les outils ou les compétences pour réaliser un projet de A à Z», explique Marc-Olivier Ducharme, chargé de projets d’échoFab mandaté par Communautique, l’organisme communautaire qui pilote et finance l’initiative. «Avec les laboratoires citoyens, ça devient Do it with others : fais-le toi-même, avec les autres.» À quand une percée technologique issue du milieu communautaire?

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