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La finance pour tous

Des trucs pour gérer son budget, des conseils pour choisir son prêt hypothécaire, des informations sur les placements REER… Les spécialistes de l’éducation financière sont là pour nous guider. Et il n’y a pas d’âge pour commencer à les écouter.

La dernière crise économique l’a bien démontré : personne n’échappe à la finance. En effet, la crise de 2008-2009 a été causée par le manque de rigueur de certaines institutions financières aux États-Unis et par la mauvaise compréhension qu’avaient les consommateurs de leurs prêts hypothécaires.

Ce n’est guère mieux de ce côté-ci de la frontière, où plusieurs ménages peinent à gérer leurs finances personnelles. Le taux d’endettement moyen des Canadiens en est la preuve. Il est passé de 109 % de leurs revenus en 2000 à 152 % en 2011! Et pendant ce temps, les produits financiers se multiplient et se complexifient… Rien pour simplifier le casse-tête économique des consommateurs.

La meilleure façon de résoudre ces problèmes est d’initier les citoyens au b-a ba de la finance. Au Canada, on parle d’éducation financière (aussi appelée littératie financière) depuis une dizaine d’années.

Par exemple, l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) a été créée en 2001 par le gouvernement fédéral pour informer les consommateurs sur les divers produits et services financiers et les protéger de la fraude. Depuis, le mouvement s’accélère, et les sites Internet d’éducation financière se multiplient.

Les institutions financières ont notamment emboîté le pas, par exemple la Banque Nationale avec son site Jecomprends.ca, le Mouvement Desjardins avec Coopmoi, et la Financière Sun Life avec son site Simplementbrillant.ca.

Concrètement, les sites et organismes qui se consacrent à l’éducation financière utilisent des textes, des vidéos, des outils interactifs ou des ateliers pour expliquer des concepts financiers de base comme les prêts hypothécaires, les assurances, les placements, les taux d’intérêt et les actions.

Quel intérêt pour les banques?

Que le gouvernement ou le secteur communautaire investisse pour que chacun comprenne ce qu’est un placement n’étonne personne. Mais pourquoi les banques et les compagnies d’assurance s’en soucient-elles aussi?

Le site Jecomprends.ca est né à la suite d’une entente survenue en 2009 entre l’Autorité des marchés financiers (AMF) et une filiale de la Banque Nationale, la Financière Banque Nationale (FNB). Cette entente a été rendue nécessaire parce que la FNB avait géré avec négligence un produit financier complexe : le papier commercial adossé à des actifs.

La FNB s’est donc engagée à payer une pénalité de 70 millions de dollars et à mettre sur pied un programme d’éducation financière. «Nous devions le maintenir pendant deux ans, mais nous avons décidé de le poursuivre parce qu’il y avait un intérêt de la part du public», dit Lisa-Anne Amyot, directrice principale Image de marque de la banque.

Faire de l’éducation financière comporte également d’autres avantages pour les banques, dont celui de créer des liens de confiance avec le public. Au bout du compte, leurs efforts pourraient aussi augmenter leur clientèle. En effet, si les consommateurs comprennent mieux comment gérer leurs avoirs, ils risquent d’en confier une plus grande part à une institution financière.

Formation ou information?

«Les sites Web qui diffusent de l’information financière sont utiles, mais ils ne suffisent pas», estime de son côté Jean R. Soublière, président d’ACTIF, une coopérative spécialisée dans l’éducation financière. «L’information permet de comprendre ce qu’est une obligation, par exemple; mais seule une formation nous enseigne comment l’utiliser dans un cas donné.»

C’est pourquoi ACTIF va plus loin et propose des conférences et des séminaires – gratuits ou payants – qui traitent notamment de planification financière, des marchés financiers ou de l’analyse des titres boursiers.

Les sites Web qui diffusent de l’information financière sont utiles, mais ils ne suffisent pas.
— Jean R. Soublière, président d’ACTIF

D’autres organismes ciblent le jeune public avec leurs ateliers d’éducation financière. Car on s’en doute : plus un enseignement débute tôt, plus ses effets sont durables. Par exemple, l’atelier Votre argent, de l’Association des banquiers canadiens (ABC), s’adresse aux élèves de quatrième et de cinquième secondaire. «En une heure, on y aborde notamment l’épargne, le crédit et la fraude», explique Me Éric Prud’homme, conseiller Affaires juridiques et gouvernementales à l’ABC.

L’ACFC propose quant à elle La Zone, un programme destiné aux élèves du secondaire qui aborde aussi l’épargne, mais également les assurances et différents types de placements. Enfin, le site Formule futée BMO pour parents, de la Banque de Montréal, soutient les parents qui veulent aider leurs enfants à devenir des consommateurs responsables en leur parlant d’épargne, d’allocations ou de la différence entre un besoin et un désir.

Qui sont les éducateurs financiers?

En règle générale, les efforts en éducation financière sont pilotés par des experts en communication, épaulés par des experts en finance. Ainsi, les rédacteurs du site Simplementbrillant.ca viennent typiquement des services de communication et de marketing des grandes institutions financières. «Leurs textes sont toutefois révisés par des gens à l’interne qui ont une bonne connaissance de l’industrie», dit Sylvain Bouffard, directeur Affaires publiques Québec à la Financière Sun Life.

Qu’elle provienne d’organismes privés, publics ou communautaires, l’éducation financière fournit-elle des informations fiables? Oui, puisqu’en donner de fausses pourrait mener à des poursuites judiciaires.

L’AMF propose aussi sur son site une section d’information pour les consommateurs. Sylvain Théberge, porte-parole de l’organisme, précise que c’est l’équipe des communications qui détermine d’abord les thèmes choisis. «Elle demande ensuite à des économistes, des actuaires ou des fiscalistes de rédiger les textes, puis elle les retravaille afin qu’ils soient le plus digestes possible», dit-il.

À l’inverse des sites Web, les ateliers et les conférences sont généralement animés par des spécialistes en finance. «Nos formations ont été développées et sont données par des retraités de l’industrie, des professeurs en économie, des planificateurs financiers ou des fiscalistes», précise le président d’ACTIF. Les ateliers de l’ABC font aussi appel à des gens de l’industrie, comme des directeurs de succursale ou des planificateurs financiers.

Une information digne de confiance?

Qu’elle provienne d’organismes privés, publics ou communautaires, l’éducation financière fournit-elle des informations fiables? «Oui, puisqu’en donner de fausses pourrait mener à des poursuites judiciaires», répond Sylvain Théberge.

Mieux : pour préserver leur crédibilité, les institutions qui font de l’éducation financière évitent généralement de mélanger informations objectives et vente de produits. En clair : à la fin d’un texte sur les REER, elles ne placent pas un lien «Cliquez ici pour parler avec l’un de nos conseillers». Cela dit, sur le site principal de Formule futée BMO, l’offre de produits et le lien pour trouver une succursale sont souvent à seulement quelques clics l’un de l’autre…

Des consommateurs éclairés?

Les intentions des éducateurs financiers semblent généralement nobles. N’empêche qu’il est difficile d’évaluer leurs répercussions, surtout «lorsqu’il s’agit de mesurer le changement d’attitudes et de comportements [des consommateurs]», note un rapport de l’ACFC. Autrement dit : bien malin qui peut deviner à quel point un site Internet ou une formation a permis à des gens de faire des choix financiers éclairés pour protéger leur bas de laine.

Réaliser ces évaluations n’est toutefois pas impossible. L’ABC, par exemple, utilise des questionnaires pour mesurer les effets de ses présentations scolaires. «Avant l’atelier, moins d’un élève sur deux déclare avoir déjà pensé à son avenir financier, alors qu’après, neuf sur dix se disent mieux outillés pour faire des choix financiers éclairés», se félicite Me Prud’homme.

Bref, on ne deviendra pas banquier du jour au lendemain, mais il est possible que notre prochaine conversation avec un conseiller financier nous semble moins nébuleuse!

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