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Génie minier : l’odeur de la roche

Parcourir des tunnels à des kilomètres sous terre, prendre l’avion aux 15 jours vers une région éloignée, surmonter les défis posés par mère Nature… Pas de doute : la vie d’ingénieur minier est à mille lieues du travail dans un bureau. Amoureux du 9 à 5, s’abstenir!

La première fois que Mélanie Côté est descendue sous terre, à l’occasion d’un emploi d’été à Murdochville, ç’a été le coup de foudre. «Je suis tombée amoureuse de la tranquillité, de la fraîcheur, et de l’odeur unique de la roche», raconte-t-elle. Si bien qu’elle a effectué un virage professionnel à 180 degrés. Sa formation en théâtre à peine terminée, elle a entrepris un nouveau baccalauréat en génie des mines, terminé en 2004. Âgée de 32 ans, elle est aujourd’hui ingénieure sénior responsable de toutes les équipes d’ingénierie minière à la mine Raglan, à 1 600 kilomètres au nord de Rouyn-Noranda, au Nunavik. Plonger sous terre lui fait toujours le même effet. «Ça doit être mon cerveau préhistorique qui reconnaît l’odeur réconfortante de la caverne!» rigole-t-elle.

En Occident, les mines ont bien changé depuis la révolution industrielle. «À part l’odeur, ce qui frappe, c’est la complexité technique, les conduits de ventilation, la machinerie surdimensionnée, la sophistication des plans de soutènement… Bref, toute l’organisation nécessaire pour extraire le minerai», explique Pierre Thibault, ing., directeur Services techniques à l’Association minière du Québec. On est loin des tunnels sombres et poussiéreux d’autrefois.

La demande d’ingénieurs miniers est grande. Sur les marchés boursiers, le prix des minerais est en forte hausse, ce qui pousse les entreprises minières à développer de nouvelles exploitations ou à agrandir des mines existantes. Des projets d’investissements miniers de l’ordre de quatre milliards de dollars ont été annoncés au Québec depuis 2008. Une manne qui concerne avant tout les régions : les activités d’exploration ont lieu principalement dans le Nord et le Grand Nord québécois, en Abitibi-Témiscamingue et sur la Côte-Nord. Mieux vaut donc aimer la vie à l’extérieur des grands centres.

L’industrie minière en bref

La valeur des livraisons de minerais (métalliques et non métalliques confondus) a atteint 6,2 milliards de dollars en 2009, selon l’Association minière du Québec (AMQ).

Emploi-Québec recensait 400 ingénieurs miniers en poste au Québec en 2009. En tout, l’AMQ estime que la filière minérale génère plus de 50 000 emplois dans la province.

En 2010, l’enquête de Jobboom sur les carrières d’avenir évaluait qu’il y avait cinq fois plus d’offres d’emploi que de diplômés en génie minier. Selon les chiffres les plus récents d’Emploi-Québec, qui datent de 2009, le taux de chômage pour la profession était de 0 %.

Échelle humaine

L’envie de voir du pays et d’être entouré par la nature a beaucoup joué quand Michel Garon a choisi le génie minier. «Je suis natif de Montréal, mais je voulais vivre en dehors de la ville et avoir la possibilité de voyager», raconte cet ingénieur au service de GENIVAR. Son vœu a été exaucé. Même s’il n’a jamais occupé de poste outre-mer, il a travaillé à Matagami, Chapais et Murdochville, ainsi que dans les Maritimes et le nord de l’Ontario.

A-t-il souffert de l’ennui? «Par moments, le moral est un peu bas et tout le monde a envie d’aller faire un tour à Québec ou Montréal, mais j’ai adoré vivre dans ces petites communautés reculées. Les amitiés qu’on y crée sont tissées serrées. L’isolement entraîne une forme de solidarité unique – les gens se parlent plus facilement, se serrent les coudes.»

Même son de cloche du côté d’Edith Lafontaine, ing., responsable du système de ventilation à la mine La Ronde d’Agnico-Eagle, en Abitibi. Pour elle, les rapports humains chaleureux sont un des principaux attraits de la profession. Énergique et fonceuse, elle s’est facilement taillé une place dans ce milieu très masculin, voire macho. «Ça prend du caractère et un bon sens de l’humour pour embarquer dans les blagues des mineurs, mais à partir du moment où tu as démontré ta compétence, ça n’a pas d’importance que tu sois un homme ou une femme», soutient-elle.

«Les journées sont bien remplies, alors je n’ai pas le temps de m’ennuyer. Tout est pris en charge : les repas, le ménage… Je peux me concentrer uniquement sur mon travail.»
— Mélanie Côté, ing.

Station nordique

Le développement minier au Québec se fait dans des régions de plus en plus éloignées. «L’époque des petites villes minières où il y avait deux ou trois exploitations est presque révolue. À l’avenir, les emplois dans ce secteur seront en majorité dans des camps miniers et offriront des horaires en rotation», explique Pierre Thibault.

C’est déjà le cas pour Mélanie Côté, qui travaille à la mine 21 jours consécutifs, 12 heures par jour, et dispose ensuite de 14 jours de congé, qu’elle passe à sa résidence de Québec ou dans sa maison en Gaspésie.

Au Nunavik, Mélanie Côté loge dans un complexe résidentiel qui héberge les quelque 600 à 650 employés de la mine, en plus d’une cafétéria géante, d’un grand gymnase et des salons de détente. En hiver, avec le facteur éolien, la température descend facilement en dessous des -60 degrés. «J’essaie de mettre le nez dehors tous les jours, mais il faut faire attention aux engelures», raconte-t-elle. Les aurores boréales sont fréquentes, et en été, le soleil éclaire le paysage lunaire presque 23 heures sur 24. «Les journées sont bien remplies, alors je n’ai pas le temps de m’ennuyer. Tout est pris en charge : les repas, le ménage… Je peux me concentrer uniquement sur mon travail.»

Les horaires en rotation ont de nets avantages. «Au bout du compte, on a plusieurs mois de congés payés par année. J’ai beaucoup apprécié avoir du temps à consacrer à des projets personnels», confie Éric Léger. Ingénieur en génie civil, il a travaillé à la construction de plusieurs usines de traitement de minerai en régions éloignées, notamment en Australie et au Nunavut. Le paradis pour cet amateur de plein air. Mais maintenant qu’il est papa d’une petite fille, il n’envisage plus de s’absenter 12 jours par mois comme autrefois. La rotation complexifie en effet la vie de couple et de famille.

Heureusement, Cupidon se rend jusque dans le Grand Nord. Mélanie Côté et son amoureux travaillent tous deux à la mine Raglan. Pour l’instant, ils vivent bien avec l’horaire en rotation. «Ce sera différent lorsque je déciderai d’avoir un enfant. Avec un jeune enfant, ce sera impossible de vivre selon ce type d’horaire. C’est un choix difficile à faire lorsqu’on aime son travail autant que moi», reconnaît-elle. D’autres possibilités existent pour ceux qui ne peuvent travailler en rotation. La mine Raglan a un siège social à Rouyn-Noranda et un bureau de projet à Laval, par exemple.

Jamais banal

Après deux séjours au Suriname, en Amérique du Sud, l’ingénieur Martin Lanctôt est aujourd’hui directeur de la mine Rio Tinto, Fer et Titane, à Havre-Saint-Pierre. «Dans une mine, on travaille avec mère Nature, et elle n’est pas toujours prévisible! Par exemple, il nous arrive de faire des plans d’extraction pour constater ensuite que la roche ne se comporte pas comme prévu.» Chaque jour amène son lot de défis techniques et humains, poursuit-il, ce qui rend le travail motivant et stimulant.

Ajoutez les salaires généreux – parmi les plus élevés de toutes les spécialisations en ingénierie – et les mines revêtent des allures de milieu de travail en or. «Si la tendance économique se maintient à moyen terme, les jeunes ingénieurs spécialisés en exploitation ou en traitement du minerai [les deux branches du génie minier] ne manqueront pas d’occasions pour faire de très belles carrières», estime Michel Garon. Avis aux intéressés!

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