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Diplômés en droit : sortir du droit chemin

Les diplômés en droit ne s’engagent pas tous dans une carrière d’avocat ou de notaire. Leur solide formation ouvre bien d’autres portes. Portraits de quatre juristes heureux d’avoir emprunté des voies différentes.

Yolande James
La politicienne

À 32 ans, Yolande James est ministre de la Famille. «Je n’avais pourtant pas l’ambition de faire de la politique active!» affirme-t-elle candidement.

Le droit et la politique se sont cependant toujours entremêlés dans la vie de Yolande James. Elle a commencé à se faire connaître au sein du Parti libéral du Québec durant ses études en droit à l’Université de Montréal, puis comme attachée politique du député de Nelligan, Russell Williams, de 1998 à 2003, alors qu’elle étudiait la common law à l’Université Queen’s. Elle a effectué son stage en droit au ministère de la Santé et des Services sociaux en 2003, avant de se rapprocher davantage du caucus libéral en devenant conseillère politique du ministre de la Santé Philippe Couillard, en 2004. Lorsque Russell Williams a quitté ses fonctions en 2004, la carrière de Yolande James a pris un tournant inattendu. Les membres de l’association locale lui ont suggéré de prendre la relève. «Je me demandais si j’avais envie d’emprunter cette route et si j’étais à la hauteur de la situation à 26 ans.» C’est finalement le premier ministre Jean Charest qui l’a convaincue de sauter dans l’arène politique.

Élue députée de Nelligan en 2004, Yolande James hérite, en 2007, du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles et de l’épineux dossier des accommodements raisonnables. Puis en 2010, elle prend la relève de Tony Tomassi, démis de ses fonctions, au ministère de la Famille, fonction qu’elle endosse alors. Un remaniement ministériel en août 2010 la déchargera toutefois du ministère de l’Immigration.

«Ma formation en droit me sert chaque jour. La capacité d’analyse et l’aptitude à résumer les faits, à trouver des solutions, à concilier des positions, à plaider, sont utiles au quotidien. Et cela m’a permis de développer une méthode pour passer à travers le boulot, même si la charge de travail est lourde», énumère-t-elle.

Mélanie Joly
La communicatrice

Quatre ans après avoir été admise au Barreau, Mélanie Joly a réalisé que porter la toge d’avocate et dire «monsieur le juge» n’était pas pour elle. «J’ai compris que les avocats qui réussissaient le mieux étaient passionnés par leur boulot. Tandis que moi, je ne ressentais pas cette flamme.» Plutôt que de mener une carrière tiède, la jeune femme a quitté le cabinet Stikeman Elliott.

Elle a alors tenté sa chance dans la salle des nouvelles télé de Radio-Canada en 2007. Avec le sentiment de ne pas être tout à fait à sa place. «J’avais de la difficulté à évoquer les faits sans donner mon opinion, dit-elle. C’est mon côté avocate!»

Sa capacité de communiquer, d’analyser et son aptitude à faire ressortir les points importants sont très utiles pour établir une stratégie de marketing.

Elle a finalement trouvé sa voie auprès de la firme de communication Cohn & Wolfe, à Montréal. Elle a recommencé au bas de l’échelle, en tant que conseillère, mais a vite gravi les échelons. En 2009, deux ans après son embauche, la jeune trentenaire a été nommée associée directrice du bureau montréalais. Grâce à ce poste important et à son implication, notamment auprès du Musée d’art contemporain, le journal Les Affaires l’a incluse à l’automne 2009 dans sa liste des quinze femmes qui feront bouger le Québec!

Au travail, elle participe notamment à l’élaboration de plans de communication stratégique pour ses clients. Dans le cas d’une fusion d’entreprises, elle voit à ce que l’information circule bien pour que tout le monde comprenne les orientations de la nouvelle compagnie. Elle peut également gérer l’image de marque d’une entreprise.

Mélanie Joly trouve aussi du temps pour d’autres projets. On l’a d’ailleurs vue à l’émission Tout le monde en parle, en 2008, où elle a présenté Génération d’idées, un groupe de réflexion politique pour les 20 à 35 ans qu’elle a cofondé. «Pour moi, c’est important de prendre position, d’avoir de l’impact pour changer le monde ici et maintenant.»

Sa formation en droit n’est jamais loin. Sa capacité de communiquer, d’analyser et son aptitude à faire ressortir les points importants sont très utiles pour établir une stratégie de marketing. «Mon expérience en cabinet a également été une excellente école de rigueur et de professionnalisme.»

Jérôme Lussier
Le journaliste

Jérôme Lussier a tourné le dos à une prometteuse carrière d’avocat à New York pour se consacrer au journalisme. Un choix calculé pour ce recherchiste qui a notamment travaillé à l’émission de radio Christiane Charette, diffusée à la Première Chaîne de Radio-Canada. «Pour moi, le droit n’a été qu’un détour qui a duré huit ans!»

Titulaire d’un baccalauréat en littérature et psychologie de l’Université McGill et d’une maîtrise en journalisme de l’Université Columbia à New York, Jérôme Lussier a été stagiaire au quotidien La Presse et recherchiste à Radio-Canada avant d’entreprendre un deuxième baccalauréat en droit, à McGill. «Mon but était de devenir un meilleur journaliste!»

«Je suis infiniment meilleur dans mon travail grâce à mon expérience en droit. Cela m’a permis de développer un esprit logique. J’ai également le réflexe de voir la faille dans un raisonnement et l’envers de la médaille.»
> Jérôme Lussier

À la fin de ses études, le bureau new-yorkais d’Allen & Overy recrute de jeunes avocats montréalais. Et Jérôme, déjà amoureux de la Grosse Pomme, saisit cette chance. De 2003 à 2007, il roule à plein régime. Clients importants, salaires impressionnants et rythme de vie essoufflant. «Il m’est arrivé de dormir sous mon bureau parce que j’avais travaillé jusqu’à 4 h du matin et que je devais être prêt pour une transaction avec Londres à 6 h.»

Après quatre ans, il rentre à Montréal et relance des relations dans les médias. Aujourd’hui, ses horaires de recherchiste sont encore exigeants. «Je travaille 12 heures par jour, mais j’exploite mille fois mieux mes possibilités qu’en épluchant des centaines de pages à la recherche d’une virgule!»

Jérôme Lussier n’a aucun regret. «Je suis infiniment meilleur dans mon travail grâce à mon expérience en droit. Cela m’a permis de développer un esprit logique. J’ai également le réflexe de voir la faille dans un raisonnement et l’envers de la médaille.»

Dominique Tardif
La spécialiste du recrutement

Même si elle ne pratique plus le droit depuis quelques années, Dominique Tardif n’a pas quitté le domaine juridique. La directrice du bureau montréalais de ZSA Recrutement Juridique fait le pont entre les ambitions des juristes et les besoins de personnel des bureaux d’avocats et des entreprises. Un virage qu’elle n’avait jamais imaginé prendre!

C’est un concours de circonstances qui a mené Dominique Tardif sur la voie du recrutement. Une fois admise au Barreau, elle a d’abord travaillé deux ans comme avocate chez Robinson Sheppard Shapiro, à Montréal.

«J’ai l’impression de faire une réelle différence lorsque des clients me remercient parce que je les ai aidés à trouver un emploi avec des horaires qui leur permettent de voir leurs enfants.»
> Me Dominique Tardif

Comme son travail ne la comblait pas, elle a étudié pour obtenir un diplôme d’études supérieures spécialisées en administration à l’Université Concordia. L’agence de recrutement où elle s’était inscrite pour dénicher un poste d’avocate dans un contentieux lui a alors fait l’étonnante proposition de se joindre à son équipe!

En 2005, Dominique Tardif a changé de boîte pour travailler chez ZSA Recrutement Juridique. Un emploi parfait pour une avocate. «Pour évaluer une candidature, il faut comprendre ce que la personne est capable d’accomplir. De plus, cela me donne la crédibilité auprès des avocats. Je sais de quoi il retourne : moi aussi j’ai dû jongler avec les longues heures en cabinet!»

Aujourd’hui, Dominique Tardif sait qu’elle a trouvé sa voie. «Défendre des compagnies d’assurance ou des institutions financières, même si c’est très important, ne me donnait pas le sentiment du devoir accompli. J’ai l’impression de faire une réelle différence lorsque des clients me remercient parce que je les ai aidés à trouver un emploi avec des horaires qui leur permettent de voir leurs enfants.» Une satisfaction qui l’aide à enfiler les longues heures au bureau sans compter!

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