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Entrepreneurs inspirants : ils nous allument

Ils auraient pu être 30, 100, voire plus, mais l’équipe de rédaction du Magazine Jobboom en a choisi 10. Imaginatifs, bâtisseurs, doués : ces entrepreneurs nous allument.

Chacun à leur manière, à leur époque et dans leur domaine, ils ont, comme d’autres, façonné le Québec et continuent de préparer celui de demain. Nous leur tirons notre chapeau.

Éric Sévigny et Louis-Guy Dumais • Frenetik Studio

Parce qu’ils ont survécu à Cinar.

Éric Sévigny et Louis-Guy Dumais sont en quelque sorte des enfants de Caillou. Eh oui, le célèbre personnage pris à son dessin défendant dans la tourmente du couple Charest-Weinberg a permis la rencontre de ces deux férus de p’tits bonshommes et de bandes dessinées. Entre 1996 et 1998, ils ont travaillé ensemble chez Cinar à la série Caillou pour la télévision, mais aussi à celle d’Arthur, de Ripley’s believe it or not et compagnie. Après avoir quitté l’épave Cinar et vogué chacun de leur côté pendant quelques années, ils ont regroupé leurs forces (et leurs clients respectifs) en 2002 pour fonder Frenetik Studio, qui se spécialise dans la conception et la création de contenu de divertissement pour enfants.

Ils ont tous deux une solide expérience en création de produits dérivés (cédéroms, livres, séries animées pour la télévision), notamment de l’inévitable Caillou, mais aussi d’Arthur, de Fimbles, de Scooby Doo et des Loony Tunes (Bugs Bunny et ses amis). Leurs clients? Disney, Fisher Price et Mega Bloks. Leur succès a été immédiat et aujourd’hui ils parviennent à peine à s’occuper de leurs projets, comme celui de créer leurs propres personnages. Seul le bouche à oreille leur a permis d’obtenir ces contrats. «On a tellement eu de travail depuis les débuts de l’entreprise qu’on commence à peine à écrire notre plan d’affaires», dit Louis-Guy Dumais, un des fondateurs. Deux ans après la fondation!

Q > Que referiez-vous différemment si vous aviez le choix?
R > Nous aurions misé plus tôt sur nos propres créations, nos propres personnages. Après tout, la créativité est la raison d’être de notre entreprise.

Q > Quels sacrifices avez-vous dû faire pour vous rendre là où vous êtes maintenant?
R > Quitter un emploi très valorisant en animation 3D. Mais avec le succès que connaît Frenetik Studio, j’ai vite retrouvé la satisfaction au travail. Finalement… ce n’est même pas un sacrifice : j’ai changé quatre trente sous pour une piastre!

Q >Comment aimeriez-vous être reconnu dans l’avenir?
R > Pour avoir créé un divertissement qui va marquer une génération d’enfants. On n’y est pas encore, mais on espère créer un jour notre Bugs Bunny ou notre Passe-Partout.

Jérôme Catelli-Denys • Brasserie Cheval Blanc

Parce qu’il a révolutionné notre façon de boire de la bière.

Au milieu des années 1980, rue Ontario, à Montréal, Jérôme Catelli-Denys transformait la vieille taverne de son oncle en une sorte de berceau de la bière artisanale au Québec. Son projet de microbrasserie, qui visait d’abord la vente de bière dans son propre établissement, puis plus tard à la SAQ, a obligé le gouvernement du Québec à inventer un nouveau type de permis brassicole. Personne au ministère de l’Industrie et du Commerce de l’époque n’avait imaginé qu’on pouvait faire de la bière autrement qu’à la manière de Molson ou de Labatt. «Comme il n’y avait personne pour nous apprendre à faire de la bière artisanale, mon équipe et moi avons travaillé les premières années à nous l’enseigner à nous-mêmes!» dit Jérôme Catelli-Denys.

Depuis sont apparues — avant les célèbres Maudite et Fin du Monde de Robert Charlebois — des bières aux appellations suaves : la Coup de Grisou, L’Archouffe, la Tord-Vis, la Sainte-Paix, la Snoreau. Des noms trouvés lors d’un remue-méninges bien arrosé qui a duré un mois! Hic! Vendus aux Brasseurs RJ, où Jérôme Catelli-Denys occupe le poste de directeur de la production, les produits du Cheval Blanc poursuivent leur propre existence. Il peut ainsi garder un œil sur ses petits chefs-d’œuvre. Le brew pub de la rue Ontario demeure cependant sa propriété.

Q > Si vous n’aviez qu’un conseil à donner à quelqu’un qui voudrait lancer sa propre entreprise, quel serait-il?
R > Je lui dirais que ça ne coûte rien d’être conservateur! Plusieurs jeunes entrepreneurs s’embarquent dans un projet avec un plan d’affaires qui ne tient pas la route parce que trop ambitieux.

Q > Quelle qualité, ou habileté, est la plus importante pour réussir en affaires?
R > Pour la qualité, je dirais le réalisme. Il y a une marge entre le rêve et la lubie. Pour l’habileté, je dirais la créativité. L’imagination est essentielle en affaires.

Q > Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas lancé cette entreprise?
R > Je n’en ai aucune espèce d’idée!

 

Christiane Germain • Les Hôtels Germain

Parce qu’elle a prouvé que «small is much more beautiful, better, and cheaper»!

Elle a redessiné le paysage de l’hôtellerie québécoise en mariant les modèles européen et américain d’hôtels-boutiques. À travers le monde, la formule de l’hôtel-boutique est simple : il doit être petit (autour de 100 chambres), situé dans un des quartiers les plus in d’une grande ville, avoir une architecture unique, un design recherché et parfois articulé autour d’une thématique, le tout enrobé d’un souci du détail omniprésent. Là, le client est plus qu’un client; il est un invité. Bref, à la manière d’un gîte touristique, mais avec 30 fois plus de chambres! «Il n’est pas nécessaire de se payer le Ritz pour avoir accès à un hôtel chic, de bon goût et au décor unique», affirme Christiane Germain.

Ses cinq établissement font fureur à Montréal, à Québec (où il y en a deux), à North Hatley et à Toronto. Celui de Montréal, par exemple, présente un décor luxueux et des meubles et accessoires très design. Chaque chambre est aménagée à la manière d’un loft.

C’est en 1987 que l’aventure de Christiane Germain a débuté, avec son frère comme partenaire, dans un vieil édifice à bureaux de Sainte-Foy, où loge aujourd’hui Le Germain des Prés. «Nous ne connaissions rien à l’hôtellerie. Nous n’étions que restaurateurs», se rappelle-t-elle. Se sont ajoutés par la suite les hôtels-boutiques du Vieux-Québec, puis de Montréal, de North Hatley et enfin celui de Toronto, ouvert en 2003, en pleine crise du SRAS! Ce dernier a d’ailleurs récolté une distinction du Condé Nast, un magazine respecté de l’industrie du voyage : il a été qualifié de l’un des cinq nouveaux hôtels les plus branchés en Amérique du Nord en 2003. Pas mal pour des gens qui ne connaissaient rien à l’hôtellerie.

Q >Qu’est-ce qui vous a inspiré la création de cette entreprise?
R > C’est une visite au Morgan, à New York, le premier de type «hôtel-boutique» en Amérique du Nord, dans les années 1980. Enfin, il y avait un hôtel joli, bien pensé et abordable, où le design est important.

Q > Quel serait votre seul conseil à quelqu’un qui voudrait se lancer en affaires?
R > Qu’il soit tenace! Qu’il n’abandonne pas ses projets parce que quelqu’un, quelque part, lui a dit non. Un jour, il y aura un oui.

Q > Quelle qualité, ou habileté, est la plus importante pour réussir en affaires?
R > Être terre à terre. Il est facile de voler haut quand on a du succès et de «partir sur une balloune». Les gens qui font ça m’énervent!

Denise Verreault • Groupe Maritime Verreault

Parce qu’elle a mis à sa main un monde de gars et de gros bras : les chantiers maritimes.

Figure de proue dans la construction, la transformation et la réparation de navires, le Groupe Maritime Verreault possède le seul chantier maritime au Canada où les syndiqués ont accepté de donner de la souplesse à l’organisation du travail. C’est aussi le seul survivant d’une industrie presque disparue. «Ici, ça ne prend pas sept gars pour visser une plaque sur le mur», affirme fièrement Denise Verreault. Mais ça prenait peut-être une femme pour persuader un milieu ouvrier ultra-traditionnel d’appliquer une forme de management qui, ailleurs, aurait été vu comme une exploitation éhontée du prolétariat par les forces du «Capital». «Ailleurs, le sableur sable, et quand il n’a plus rien à sabler, il ne fait rien. Ici, quand le sableur a fini de sabler, il va souder», dit-elle.

Aux Méchins, en Gaspésie, siège du dernier chantier maritime encore en activité au Québec, personne ne lui tient rigueur d’avoir su innover ni d’avoir convaincu ses employés de prendre part à ses projets. Aujourd’hui, ils sont entre 400 et 500 dans le village à travailler sous sa gouverne et la cale sèche accueille une trentaine de bateaux par année. Denise Verreault n’avait que 24 ans lorsqu’elle a succédé au capitaine Borromée Verreault, son père, à la tête de l’entreprise familiale en 1989. De modeste shop, elle en a fait un des plus gros employeurs de l’est du Québec.

Q > Quelle est la plus grande leçon que vous ayez apprise depuis que vous êtes à la tête de votre entreprise?
R > Une entreprise est un lieu de découverte de soi. On apprend à se connaître, on apprend à se surpasser mais surtout à vivre et à survivre.

Q > Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas lancé cette entreprise?
R > Chef syndicaliste!

Q > Si vous n’aviez qu’un conseil à donner à quelqu’un qui voudrait lancer sa propre entreprise, quel serait-il?
R > Ne jamais poser un geste ni faire quelque chose si on ne se sent pas complètement à l’aise avec la situation. Un plan d’affaires doit d’abord et avant tout nous faire vibrer et nous exciter, pas nous faire peur.

 

La famille Boulanger • Station de ski Mont Sutton

Parce qu’elle a résisté aux sirènes du développement des stations de ski qui défigurent nos plus belles montagnes.

La famille Boulanger, propriétaire de la station de ski Mont Sutton, n’aime pas l’idée selon laquelle il faille raser une montagne pour y accommoder les skieurs et le commerce. Ainsi, Sutton est la seule grande station de la province où il y a plus d’arbres sur les pistes que de skieurs. En sous-bois, les pistes y sont ouvertes les unes sur les autres comme dans un inextricable labyrinthe. Ici, pas de tonitruantes festivités, pas de tours à condos ni, comme dans certaines stations développées dans les années 1980, la désagréable impression d’atterrir dans le stationnement du Carrefour Laval.

Le développement unique du mont Sutton séduit les amateurs de «vrai» ski — celui où priment l’effort et les habiletés, pas le vêtement griffé, l’équipement dernier cri et les manières de m’as-tu-vu. En commençant par le clan Boulanger lui-même, qui s’est aguerri aux pistes étroites, sauvages, et exemptes d’entretien trop méticuleux. «Malheureusement, je ne peux plus skier, mon dos me fait trop souffrir», dit Benoit Boulanger, l’actuel président. Fondée en 1960 par Réal Boulanger, puis reprise dans les années 1980 par les deux frères de Réal, la station est aujourd’hui dirigée par Benoit, le cadet de la famille, âgé de 72 ans. Les changements de direction n’ont en rien entamé l’esprit écologiste qui règne sur cette montagne. Le concept est d’ailleurs reconnu comme un exemple de développement durable en montagne et est copié partout en Amérique du Nord. De sondage en sondage, au cours des dernières années, Sutton figure toujours dans le TOP 3 des stations préférées des Québécois. Le tout, sans poudreuse aux yeux!

Q >Comment aimeriez-vous être reconnu dans l’avenir?
R > Comme un gars de conviction! Je suis prêt à me battre jusqu’à la mort pour mes idées et mes projets.

Q > Qu’est-ce qui vous a inspiré la création de cette entreprise?
R > Dans la famille, nous étions laitiers de profession. Pour donner du travail à longueur d’année aux employés de la laiterie qu’il possédait, mon frère a eu l’idée de créer la station de ski après un voyage à Stowe, au Vermont.

Q > Quelle qualité, ou habileté, est la plus importante pour réussir en affaires?
R > Du guts! Juste pour faire face aux gouvernements et à leurs tracasseries administratives, il faut un courage immense.

Louis Massicotte • Medical Intelligence

Parce que ses innovations sauvent des vies.

Imaginez-vous, déambulant sur le trottoir lorsque, soudain, des ambulanciers surgissent et vous interpellent : «Vous devriez nous suivre, car vous risquez d’avoir un infarctus dans les 10 prochaines minutes!» Grâce à l’inventivité et à l’acharnement de Louis Massicotte, président fondateur de Medical Intelligence, une entreprise fondée en 2000 à Québec, ce scénario a désormais tout de la science et plus rien de la fiction. En octobre dernier, il lançait à Paris le VPS — Vital Positioning System —, un électrocardiographe miniaturisé muni d’un GPS, que portent à la taille les personnes souffrant de problèmes cardiaques. Ainsi, lorsque les premiers signes de malaise cardiaque sont perçus par l’appareil, l’équipe d’infirmières et de médecins de garde, ou le service 911, peuvent à l’instant même déterminer la position du patient, et lui parler grâce à un système de télécommunication intégré au dispositif. Il ne reste plus qu’à lui envoyer les ambulanciers. Le VPS rend au passage presque caduques les électrocardiographes traditionnels, gros et immobiles. «Depuis le moment où j’ai eu cette idée il y a quatre ans, j’en ai été prisonnier. J’étais incapable de l’oublier», dit celui qui, avant de créer Medical Intelligence, était spécialiste en… marketing!

Dans quelques années, tous les réseaux ambulanciers et les hôpitaux d’Amérique du Nord et d’Europe pourront s’équiper du VPS de Medical Intelligence. L’appareil permettrait entre autres aux patients en attente d’une opération au cœur de rester à la maison, plutôt que d’être branchés en permanence à un électrocardiographe traditionnel à l’hôpital. Ce mois-ci, Louis Massicotte lancera un VPS pour les gens atteints de la maladie d’Alzheimer. Quand on ne peut plus oublier une idée…

Q > Qu’est-ce qui vous a inspiré la création de cette entreprise?
R > Il y a un peu plus de quatre ans, je m’entraînais en vue d’un marathon. Ma femme m’a dit : «Es-tu sûr d’être assez en forme pour ça?» Puis, en joggant seul le long du fleuve à Québec, je me suis demandé ce qui m’arriverait si j’avais une défaillance cardiaque.

Q >Si vous n’aviez qu’un conseil à donner à quelqu’un qui voudrait lancer sa propre entreprise, quel serait-il?
R > Trouvez votre voie! Ne vous lancez dans rien si vous n’éprouvez pas de passion pour votre sujet.

Q > Comment aimeriez-vous être reconnu dans l’avenir?
R > En tant qu’humain, j’aimerais qu’on sache que j’étais un homme démesurément heureux qui a assumé les bonnes idées que le destin lui a fournies. En tant qu’entrepreneur, j’aimerais qu’on retienne que j’aurai sauvé ne serait-ce qu’une vie.

 

Annie Wong • Motronics Circuits International inc.

Parce qu’elle a la détermination d’au moins 100 personnes.

Annie Wong est à la fois propriétaire, pdg, comptable, vendeuse, réceptionniste, concierge, alouette. À elle seule, ou presque, cette Québécoise d’origine chinoise fait fonctionner Motronics Circuits International inc. (MCII), une petite entreprise au rayonnement international qui brasse un chiffre d’affaires annuel de quatre millions de dollars. C’est considérable, compte tenu que MCII n’a été fondée qu’en 1997, et qu’elle ne compte que quatre employés, Annie incluse. MCII distribue diverses composantes électroniques, souvent rares, comme des microprocesseurs, des cartes logiques, des circuits intégrés, etc., à des manufacturiers européens, japonais et américains.

Afin de contrôler les coûts d’exploitation de son entreprise et de réduire à néant les pertes de temps, Annie Wong habite son bureau de Montréal… ou c’est son bureau qui occupe son appartement, ce n’est pas clair! Cette cohabitation permet à cette dynamo de 36 ans de rester en contact presque 24 heures sur 24 avec ses clients et d’enfiler les semaines de 80 heures les unes après les autres. C’est le prix du succès. «J’ai tout investi : mon argent, comme mon temps, pour que mon entreprise réussisse», dit-elle. Elle compte maintenant s’attaquer au marché chinois, qui pourrait donner à son entreprise un élan considérable. En 2004, le magazine canadien Profit Guide l’inscrivait dans son palmarès des 100 plus importants entrepreneurs féminins du Canada. Et avec raison : le chiffre d’affaires de son entreprise a crû de 421 % en cinq ans!

Q > Qu’est-ce qui vous a inspiré la création de cette entreprise?
R > Le besoin d’être mon propre patron, d’être indépendante, et de faire ma marque dans le monde des affaires en tant que femme asiatique.

Q > Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas lancé cette entreprise?
R > J’aurais probablement ouvert un restaurant.

Q > Quelle qualité, ou habileté, est la plus importante pour réussir en affaires?
R > Le leadership! Cela implique que vous avez de la détermination, de la passion, que vous êtes rêveur, visionnaire, et que vous n’avez pas peur de quitter les sentiers battus.

Michel Bissonnette, Vincent Leduc, Paul Dupont-Hébert et André Larin • Zone3

Parce qu’ils osent dans un univers autrement conservateur : la télévision.

Michel Bissonnette, vice-président Création de la boîte de production Zone3, ne l’a pas avoué directement, mais lui et ses trois associés sont probablement de grands consommateurs de Pepto Bismol. «On aime ça se donner mal au ventre!» dit-il. C’est que les projets télévisuels qu’ils proposent sont souvent casse-gueule et pourraient être rejetés d’emblée par les téléspectateurs, au profit de vieilles formules éprouvées.

Au contraire, ces émissions à la forme et au contenu inédits surprennent et séduisent. Ç’a été le cas de Bunker le cirque, une série dramatique portant sur les coulisses du pouvoir. Animé par l’intrépide Marc Labrèche, Le Grand Blond avec un show sournois a fouetté nos fins de soirée avec une formule du late show qui n’avait à peu près rien à voir avec celle des Letterman ou Leno. Infoman demeure la seule émission satirique qui traite de l’actualité et des personnalités publiques au Québec. Les émissions MixMania et Phénomia9 sont devenues des références dans toutes les chaumières abritant des ados, sans le racolage habituel des autres émissions de téléréalité.

D’autres bons crus de Zone3? La fin du monde est à 7 heures, Flash, Les Francs-tireurs, Dans une galaxie près de chez vous, Les Zapartistes, À la di Stasio, Tag… Et bientôt sur nos écrans, Le cœur a ses raisons, la parodie des feuilletons américains introduite et interprétée avec panache par le Grand Blond. Aïe! «Nous laissons libre cours à la créativité de nos artisans, dit Michel Bissonnette. La télévision est un média extraordinaire pour créer des œuvres originales. Nos télédiffuseurs sont fiers de partager le risque avec nous.» Depuis sa création en 2000, Zone3 a été récompensée de 63 prix Gémeaux pour son audace et l’effet tonique qu’elle a eu sur notre télévision. Bravo!

Q > Si vous n’aviez qu’un conseil à donner à quelqu’un qui voudrait lancer sa propre entreprise, quel serait-il?
R > Sachez profiter des forces et des faiblesses de chacun. C’est essentiel afin de créer un esprit d’équipe.

Q >Quelle est la plus grande leçon que vous ayez apprise depuis que vous êtes à la tête de votre entreprise?
R > Une leçon d’humilité. Il faut admettre que tu ne sais pas tout.

Q >Reprendriez-vous le même chemin si vous aviez à recommencer?
R > Absolument! Nous ne pourrions pas nous passer des erreurs du passé, sans lesquelles nous n’aurions rien appris.

 

Benoit Robert • Communauto

Parce qu’il a eu une grande idée.

Fallait y penser : des voitures stationnées ici et là en ville, laissées en libre-service à des utilisateurs ponctuels. C’est l’auto-partage. Il suffit d’acheter une carte de membre, puis de réserver quelques jours ou quelques heures à l’avance, selon le jour, et hop! on a une bagnole pour aller pique-niquer à la campagne, pour chercher les gugusses à la mode dans les grandes surfaces ou visiter tante Blanche à Repentigny. Le tout à un rapport qualité-prix qui défie à peu près toute concurrence : taxis, locateurs de voitures, et ça coûte moins cher que de posséder sa propre automobile.

Par exemple, il en coûte 82 $ en auto-partage pour un aller-retour Québec-Chicoutimi, contre 115 $ en louant une voiture, ou près de 70 $ en autocar. De plus, la formule de l’auto-partage est dans l’air du temps : elle participe à la réduction de la congestion routière et par le fait même, des gaz à effet de serre. L’affaire a d’abord démarré à Québec en 1994 à l’initiative de Benoit Robert, avant de s’implanter à Montréal, Sherbrooke et Gatineau. Il y a maintenant plus de 6 500 conducteurs satisfaits. Des dizaines d’autres groupes d’auto-partage ont vu le jour en Amérique du Nord, largement inspirés des succès de Communauto. «Nous sommes le seul organisme qui ait à la fois la bénédiction de Greenpeace et du CAA», blague Benoit Robert. Tour de force!

Q > Qu’est-ce qui vous a inspiré pour en venir à la création de cette entreprise?
R > «J’avais besoin d’une voiture. Quand j’en louais une, juste pour aller chercher un p’tit morceau chez IKEA, ça me coûtait 50 $ par jour.»

Q > Que feriez-vous différemment si c’était à refaire?
R > «Je n’aurais pas fondé Communauto en coopérative. Je l’avais fait au départ, ça me paraissait une voie plus facile. Mais quand j’ai voulu reprendre le contrôle de Communauto, quel enfer! Des membres s’étaient approprié la paternité de mon projet.»

Q > Comment aimeriez-vous être reconnu dans l’avenir?
R > Demandez-le à mes employés… Ce sont eux qui savent ce que l’histoire retiendra de moi.

Frank Dottori • Tembec

Parce que l’environnement lui tient à cœur.

Voici un «extraterrestre» dans la forêt québécoise : Tembec, dirigée depuis plus de 25 ans par l’un de ses fondateurs, Frank Dottori.

Bien avant le virage vert du gouvernement Charest, cette entreprise forestière (bois d’œuvre, pâtes et papiers) a fait certifier les forêts pour lesquelles elle possède des droits de coupe par le Forest Stewardship Council, une organisation internationale qui reconnaît les pratiques forestières responsables et qui est crédible auprès des environnementalistes. Cette certification garantit que les pratiques forestières de Tembec assurent la pérennité de la ressource, protègent les milieux sensibles et respectent les communautés locales et autochtones. «Les problèmes qu’éprouvent nos forêts sont le fruit de nos erreurs collectives commises il y a 40 ou 50 ans. Il faut donc prendre les mesures nécessaires pour corriger le tir», affirme Frank Dottori.

Lui-même est un Martien dans le club sélect des pdg. D’abord, il est à la tête de cette société depuis 1979, ce qui lui vaut une longévité exceptionnelle. Il vit loin des mondanités, à Témiscaming, petite ville où Tembec a d’ailleurs installé son siège social.

Il a innové avec la mise sur pied des comités consultatifs dans les régions où son entreprise est en activité. Ainsi, des écolos, des politiciens locaux, des usagers de la forêt et des autochtones peuvent maintenant se faire entendre. L’objectif : satisfaire tout le monde dans le respect des intérêts des uns et des autres. N’eût été du conflit sur le bois d’œuvre avec les Américains, Tembec n’aurait jamais mis un employé au chômage de son histoire. «Vous ne pouvez pas exiger de la loyauté de la part de vos employés si vous n’êtes pas vous-même loyal envers eux», précise-t-il. En 2004, sa compagnie a été nommée la meilleure entreprise citoyenne au Canada dans l’industrie des pâtes et papiers et des produits forestiers, par la Innovest Strategic Value Advisors, une firme canadienne spécialisée dans l’étude des performances sociales et environnementales des sociétés.

Q > Quelle est la plus grande leçon que vous ayez apprise depuis que vous êtes à la tête de votre entreprise?
R > Il faut toujours miser sur le capital intellectuel des gens. Les employés ne sont pas que des bras, mais aussi des têtes remplies de bonnes idées.

Q > Quels sacrifices avez-vous dû faire pour vous rendre là où vous êtes maintenant?
R > J’ai dû travailler très dur, plus de 80 heures toutes les semaines depuis 30 ans. Ma famille, les voyages et les loisirs ont terriblement souffert.

Q >Comment aimeriez-vous être reconnu dans l’avenir?
R > Comme quelqu’un qui aurait laissé un monde meilleur que celui dans lequel il est arrivé.

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