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Comptables sans frontières

Christophe Hervier
Photo : Rachel Côté

Le goût de l’aventure, un employeur aux visées internationales et… un titre comptable. Voilà la recette des comptables québécois qui exercent leur métier aux quatre coins de la planète, du Chili à la Chine en passant par la France et la Suisse.

Un titre professionnel, qu’il soit CA, CGA ou CMA, ouvre bien des portes… et les bonnes! «Mon titre a fait toute la différence. J’ai pu constater que les CGA sont reconnus jusqu’en Chine populaire», affirme Christophe Hervier.

Chef de service, vérification interne chez Molson Coors Canada, Christophe Hervier est bien placé pour le savoir. Car ce CGA a passé quelques mois dans l’empire du Milieu à travailler dans une entreprise chinoise. En plus d’avoir été en Grande-Bretagne, en Inde et surtout à Denver, au Colorado, là où se situe le siège social du brasseur Coors, l’autre entité du cinquième plus grand brasseur nord-américain qu’est Molson Coors.

Les CA ne sont pas en reste. «Mon titre de CA me permet d’exercer ma profession en Suisse. Je pourrais même y devenir associé», affirme Sami Reguig. Chef de mission chez PricewaterhouseCoopers à Genève, ce CA de 27 ans s’est spécialisé dans le domaine financier.

«Les entreprises cherchent des gens qui font preuve de bonnes capacités d’adaptation. »
Jean-Sébastien Proulx-Maher, CMA, SNC-Lavalin

Le titre de CMA donne aussi des ailes, comme en témoigne Jean-Sébastien Proulx-Maher. Directeur, Trésorerie Europe chez SNC-Lavalin à Reims, en France, ce CMA de 28 ans chapeaute une équipe de trois personnes. «Il y a certaines choses que je ne peux pas faire, comme signer des états financiers. Par contre, beaucoup de connaissances sont transférables d’un pays à l’autre.»

La formation et la vision nord-américaines donnent une longueur d’avance, selon lui. «Nous avons une approche moins hiérarchique qu’en Europe. D’ailleurs, nous déléguons plus facilement que nos homologues européens. Ce style nord-américain a assurément facilité mes relations avec mes collègues et avec le personnel que je supervise», dit-il.

Retour sur investissement

Pour tirer parti d’un séjour à l’étranger, autonomie et sens des responsabilités sont indispensables. «Il faut toujours être prêt à en faire davantage, car son champ d’action sera probablement plus vaste que ce qui était initialement prévu. On doit aussi faire preuve d’autonomie, car son supérieur hiérarchique de Montréal sera peut-être en train de dormir pendant qu’on sera au travail à l’autre bout du monde!» témoigne Christophe Hervier, CGA chez Molson Coors Canada.

Mais on est largement récompensé de ses efforts. Jean-Sébastien Proulx-Maher, 28 ans, est convaincu que les six dernières années passées en sol européen ont accéléré sa carrière. «Je n’aurais jamais eu autant de responsabilités, si tôt dans ma vie, si j’étais resté au Québec», affirme le directeur Trésorerie Europe chez SNC-Lavalin à Reims, en France.

L’appel du large

De «nature curieuse», comme elle le dit d’elle-même, Josiane Paiement a passé une année au Chili. La CA de 28 ans savait depuis longtemps qu’elle voulait vivre l’expérience du travail à l’étranger. «Mon appétit de voyages était grand», constate-t-elle.

Josiane Parent
Photo: Rachel Côté

D’ailleurs, l’université peut très rapidement nous aider à donner vie à nos rêves. «Alors que j’étudiais à HEC Montréal, j’ai pu suivre une session complète d’études dans une université allemande. Je n’ai pas eu à m’occuper des questions d’inscriptions et d’équivalences, puisque tout était géré par HEC. Cette expérience a validé mes goûts de voyages», explique Josiane Paiement.

Une expérience qui peut ensuite être reconnue par le futur employeur. «Les entreprises cherchent des gens qui font preuve de bonnes capacités d’adaptation», constate Jean-Sébastien Proulx-Maher, qui a déjà vécu six mois à Manchester dans le cadre d’un semestre d’études en Angleterre.

Choisir le bon employeur

Après l’obtention de leur diplôme, s’ils veulent voir du pays, les apprentis comptables ont tout intérêt à viser un poste dans un grand cabinet ou une multinationale. Pourquoi? Parce que les grands cabinets ont des bureaux partout à travers le monde et qu’ils affichent, à l’interne, les offres d’emploi se rapportant à l’ensemble de leur réseau. Et puisqu’ils travaillent déjà dans l’entreprise, les candidats ont un bon capital de crédibilité et les contacts se font plus facilement.

Être au service d’une multinationale aide également à découvrir de nouveaux horizons.

Tel a été le parcours type de Sami Reguig. «Quand j’ai obtenu mon diplôme, j’ai été embauché par le bureau montréalais de PricewaterhouseCoopers. J’ai alors pris l’habitude de jeter un coup d’œil de temps à autre sur les offres d’emploi de la compagnie. C’est ainsi que je me suis retrouvé en Suisse, car l’antenne de Genève de la compagnie cherchait un comptable connaissant le milieu des banques et des assurances», dit-il.

Josiane Paiement est également passée par son employeur, Ernst & Young, qui cherchait un expert en évaluation d’entreprise à Santiago, au Chili. «Tout a été comme sur des roulettes. J’avais la chance de travailler pour un cabinet d’envergure internationale, ce qui m’a permis de satisfaire mon désir de voyages», affirme-t-elle.

Être au service d’une multinationale aide également à découvrir de nouveaux horizons. «Nous avons un partenaire en Inde et une unité d’affaires au Royaume-Uni. C’est pourquoi j’ai pu aller y travailler», reconnaît Christophe Hervier, de Molson Coors Canada.

Une autre comptable voyageuse, la CMA Julie McKay, se compte également chanceuse de travailler pour une société, Dessau, qui a des ramifications au Maghreb, en Amérique centrale, en Amérique du Sud et dans les Caraïbes. «Nous avons plusieurs places d’affaires à l’international. Et mon entreprise favorise énormément le développement de carrière à l’interne», dit la jeune femme de 28 ans. En poste à Lima, au Pérou, à titre de contrôleur, elle précise que cette présence internationale de Dessau a été l’un des principaux critères qui l’ont conduite à choisir cet employeur après l’obtention de son diplôme de HEC Montréal.

Jean-Sébastien Proulx-Maher croit également que les choses auraient été bien différentes s’il n’avait pas été employé de SNC-Lavalin. «Être au service d’une PME ne m’aurait pas empêché de travailler en Europe. Mais je n’y serais certainement pas resté six années consécutives, comme c’est actuellement le cas», souligne-t-il.

Avant tout, de l’audace

Lorsqu’on vise l’international, y a-t-il un cheminement, un cursus ou des cours spécifiques à suivre durant sa formation? Devrait-on s’impliquer dans certains comités étudiants en particulier? Selon les comptables interviewés, il n’y aurait pas vraiment de cheminement précis, mais ce qui serait déterminant «c’est d’être prêt à prendre des risques et à vivre hors de sa zone de confort», comme l’explique Sami Reguig.

Une fois en fonction, il est également important, conseille Christophe Hervier, de faire connaître à ses supérieurs son intérêt et sa disponibilité pour travailler à l’étranger.

Pour sa part, Julie McKay estime que sa connaissance d’une troisième langue, l’espagnol, lui a donné un bon coup de pouce pour décrocher son poste au Pérou.

Ceux qui rêvent de faire leurs valises verront aussi la réalisation de leurs projets facilitée par la volonté actuelle des gouvernements de simplifier la mobilité de la main-d’œuvre spécialisée entre les pays. Par exemple, des arrangements de reconnaissance mutuelle de la qualification professionnelle sont déjà signés avec la France pour ce qui est des professions comptables.

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