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Comment devenir riche (et le rester)

David Chilton

Photo : Mike Rao

À la fin des années 1980, David Chilton publiait The Wealthy Barber, un livre mettant en vedette un barbier fictif qui conseillait ses clients sur la façon de s’enrichir.

Vendu à plus de deux millions d’exemplaires au Canada, ce bouquin est devenu un ouvrage culte de la gestion des finances personnelles.

Le grand secret de ce barbier riche : l’épargne… et toujours l’épargne.

Ennuyeux mais efficace, martèle encore l’auteur ontarien dans son dernier ouvrage, The Wealthy Barber Returns, un livre rempli de conseils pour assainir ses finances personnelles (publié chez FAC en 2011; la version française est prévue pour mai 2012*). Les Canadiens ont bien besoin d’un coup de main : ils épargnent de moins en moins et sont plus endettés que jamais.

Le risque est réel : même le gouverneur de la Banque du Canada juge que notre prospérité est menacée par notre côté cigale.La société nous encourage à vivre au-dessus de nos moyens, explique David Chilton en entrevue.

Malheureusement, pour freiner la dépense, les bonnes intentions ne suffisent pas, dit-il. Comme au gym, si on veut des résultats, il faut fournir un véritable effort. Ça peut faire mal au départ, mais au bout du compte, ça fait du bien.

*Le retour du barbier riche, Éditions Logiques.

JOBBM Pourquoi la santé financière des Canadiens s’est-elle détériorée depuis 20 ans?
David Chilton D’abord, les guichets automatiques se sont multipliés, nous donnant accès en tout temps à notre argent. Nous pouvons également payer nos achats par débit sans jamais véritablement voir notre argent, ce qui nous donne l’illusion d’avoir des fonds illimités. De nouveaux produits de crédit sont aussi apparus, notamment les marges de crédit, que les banques poussent plus agressivement depuis les années 1990. Elles sont maintenant très populaires – trop. Une marge de crédit, c’est un emprunt pratique et peu dispendieux, car les taux d’intérêt sont bas en comparaison de ceux des cartes de crédit. Toutefois, c’est aussi un prêt très insidieux. Plusieurs le considèrent comme un second salaire. Ils tendent à oublier que ce n’est pas leur argent, mais celui de la banque, et qu’ils devront un jour le rembourser!

Le taux d’endettement atteint maintenant des sommets au Canada. Est-ce étonnant?
DC Non. Les taux d’intérêt sont actuellement très bas, ce qui laisse l’impression aux gens d’avoir les moyens de s’endetter davantage sur leur marge de crédit ou d’assumer une plus grosse hypothèque. Mais qu’arrivera-t-il lorsque les taux d’intérêt reviendront à la normale? Les paiements mensuels augmenteront et certaines personnes seront incapables de rembourser leurs prêts.

L’autre problème qui guette une majorité d’emprunteurs, c’est qu’une fois leurs paiements mensuels acquittés, ils n’ont plus d’argent à épargner pour leur retraite. Or, on doit mesurer sa capacité à rembourser un prêt seulement après avoir pris en compte la somme qu’on doit aussi épargner chaque mois. Malheureusement, ce principe échappe à beaucoup de Canadiens. Ils s’endettent, ils font leurs paiements et essaient d’épargner ce qui reste. Mais souvent, il ne reste rien.

S’endette-t-on parce qu’on ne gagne pas assez d’argent pour faire face au coût de la vie?
DC C’est vrai que les salaires de la classe moyenne stagnent et que le coût de la vie augmente. La marge de manœuvre financière de certains rétrécit. Mais beaucoup de gens qui bénéficient de bons salaires dépensent tout et s’endettent en plus. Le problème est souvent une affaire de discipline plutôt qu’un manque de revenus.

Le conseil qui a rendu votre barbier riche et célèbre était «payez-vous en premier». Concrètement, ça signifie quoi?
DC Qu’il faut mettre une partie de votre paie de côté avant même de commencer à la dépenser. Pour vous assurer une retraite confortable, il faut épargner chaque année au moins 10 % de votre salaire annuel brut et investir cette somme dans un REER ou un autre véhicule de placement afin que votre argent puisse fructifier dans le temps.

Mais n’essayez pas d’épargner au moyen d’un budget. Même les gens disciplinés peinent à respecter un budget! L’être humain est faible devant la tentation. Il faut que cet argent soit pris automatiquement dans votre compte en banque à chaque paie et que vous n’y ayez plus accès. Les preuves sont faites que l’épargne forcée est le seul moyen qui fonctionne : on épargne d’abord, on dépense le reste ensuite, et non l’inverse!

La majorité des gens qui procèdent ainsi sont étonnés de constater que leur consommation reste sensiblement la même. L’argent épargné ne leur manque pas. Ils n’ont pas l’impression de faire des sacrifices.

Doit-on aussi se constituer un fonds d’urgence pour pallier les coups durs, comme une perte d’emploi?
DC Oui, c’est une bonne idée, mais il faut faire attention. Je constate que beaucoup de gens accumulent 3 000, 5 000, 7 000 $ dans un fonds d’urgence, mais finissent par piger dedans pour payer des urgences qui n’en sont pas : un voyage, un spa… Difficile de résister à l’attrait de l’argent qui dort. Ils renflouent ensuite ce fonds et finissent par le dépenser de nouveau. Pendant ce temps, leur fonds de retraite n’est pas nourri…

Vous conseillez beaucoup de particuliers sur la gestion de leurs finances. Quelles erreurs font-ils le plus fréquemment?
DC La majorité d’entre eux dépensent trop par rapport au salaire qu’ils gagnent. Et plusieurs investissent mal leur argent. Ils achètent des actions à prix élevé et les revendent à prix bas, parce qu’ils cèdent à la panique. Actuellement, les temps sont vraiment difficiles. Les taux d’intérêt sont au plus bas et les marchés boursiers sont très volatils. Il faut se montrer patient, voir à long terme sur 10, 15, 20 ans et même épargner davantage pour pallier les mauvais rendements, qui sont aussi diminués par les frais de gestion.

Aussi, je constate que beaucoup de gens perdent la tête lorsqu’ils rénovent leur maison! Ils retapent une première pièce et, ensuite, ils se disent que, tant qu’à faire des travaux, aussi bien moderniser d’autres pièces qui tout à coup font pâle figure. Au bout du compte, ils dépensent beaucoup plus que prévu! Ce n’est pas une coïncidence si les marges de crédit et l’industrie de la rénovation ont le vent dans les voiles en même temps.

Les banques sont-elles nos amies ou nos ennemies?
DC Les deux. Au Canada, nous avons un bon système bancaire. Mais les banques sont des établissements de prêts et c’est dans leur intérêt de nous prêter de l’argent. Les consommateurs doivent donc se mettre leurs propres limites et ne pas nécessairement accepter le maximum de crédit ou d’hypothèque offert par les banques. D’ailleurs, je remarque que ceux qui achètent une maison plus modeste que ce qu’ils auraient pu se payer ont en général une meilleure situation financière. Ils peuvent continuer d’épargner tout en payant leur hypothèque et les comptes liés à leur maison.

Pour plusieurs, épargner signifie faire des sacrifices. Vous dites qu’au contraire, épargner rend plus heureux?
DC Oui. Et je ne suis pas un adepte de la simplicité volontaire! Depuis 20 ans, j’observe que les Canadiens qui épargnent suffisamment sont plus heureux pour deux raisons : ils ne s’inquiètent pas pour leur avenir et ils sont libérés du cercle vicieux de la consommation. Leur vie ne tourne pas autour de ce qu’ils possèdent. Je vois de grands consommateurs qui un jour décident de moins dépenser et d’épargner; ils se disent tous soulagés. Ils apprennent à dire : je n’ai pas les moyens. Ces mots ont un grand pouvoir libérateur. Car il y aura toujours des choses qu’on ne peut s’offrir. Et ce n’est pas un échec, c’est simplement la réalité. Tout le monde a des ressources financières limitées.

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