Que font les startups montréalaises?


Les startups naissent, puis meurent souvent même avant d’avoir fait leurs premiers pas.

De nature instable, l’univers des startups est difficile à chiffrer. Combien sont-elles à solliciter les capital-risqueurs? Sur quels projets planchent-elles?

Angel List, une plateforme Web où entrepreneurs et investisseurs peuvent se rencontrer, répertorie des milliers de startups des quatre coins du monde. C’est, jusqu’à présent, le recensement le plus complet que nous puissions trouver de ces entreprises technos en démarrage.

En date du 27 juillet 2012, on dénombrait donc 95 startups montréalaises sur Angel List. En compilant leurs informations, nous avons pu dresser un portrait-robot des startups de la métropole.

Infographie startups montréalaises [PDF — 600 ko]
Infographie startups montréalaises (2012)

Une poignée d’entreprises se concentrent dans trois grands secteurs d’activité (médias sociaux, technologies mobiles, logiciel en tant que service).

Pour le reste, c’est l’éclatement. Des startups montréalaises se frottent à des domaines aussi variés que le monitorage des odeurs industrielles (Odotech), les technologies pour gérer l’éclairage d’un édifice (YWire Technologies) ou la vente en ligne de t-shirts «éthiques» arborant des œuvres d’artistes provenant de pays pauvres (Moral Fibers).

Impossible encore de prédire lesquelles de ces startups deviendront des Softimage ou CGI… mais l’ambition ne manque pas!

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Carte des nouvelles mines au Québec

Les annonces de construction de nouvelles mines et d’agrandissement de plusieurs autres existantes ont été nombreuses au Québec. Afin de voir où nous en sommes rendus, le Magazine Jobboom a recensé tous les grands investissements miniers annoncés ou entrepris ces dernières années. Il y en a pour au moins 26 milliards de dollars. Cela demeure peu en comparaison du projet hydroélectrique de la Baie-James dans les années 70, qui, en valeur monétaire d’aujourd’hui, représentait un investissement colossal de près de 37 milliards.

BEAUFOR (Richmont)

Statut :
mine active
Type :
souterraine
Gisement :
Or
Nombre d’employés :
120
Ouverture :
1933
Investissements :
80 millions $

En 2012, des investissements de 80 millions sont prévus.

CANADIAN MALARTIC (Corporation Minière Osisko)

Statut :
mine active
Type :
à ciel ouvert
Gisement :
Or
Nombre d’employés :
550
Ouverture :
2011
Investissements :
1 milliard $

La mine a coulé son premier lingot le 13 avril 2011. Depuis, elle a le vent dans les voiles. Osisko prévoit une production de 700 000 onces d’or pour 2012.
LAC BLOOM (Cliffs Natural Resources)

Statut :
mine active
Type :
à ciel ouvert
Gisement :
Fer, fer et titane
Nombre d’employés :
290
Ouverture :
2010
Investissements :
1,3 milliard $

L’exploitant a annoncé un projet total de 1,3 milliard $ pour doubler la production annuelle de la mine d’ici 2016. 600 millions $ seront investis cette année.
LAC HERBIN (Corporation minière Alexis)

Statut :
mine active
Type :
mine souterraine
Gisement :
Or
Nombre d’employés :
105
Ouverture :
2008
Investissements :
n.d.

La mine a dû mettre sur pied un programme de redressement en juin 2011 pour faire face à des problèmes d’exploitation.
LAC TIO (Rio Tinto Fer et Titane)

Statut :
active
Type :
à ciel ouvert
Gisement :
Fer, fer et titane
Nombre d’employés :
270
Ouverture :
1950
Investissements :
200 millions $

Les investissements de 200 millions $ réalisés en 2011 permettront de poursuivre l’exploitation de la mine jusqu’en 2050.
LAPA (Mines Agnico-Eagle)

Statut :
mine active
Type :
souterraine
Gisement :
Or
Nombre d’employés :
294
Ouverture :
2009
Investissements :
4,5 millions $

Agnico a annoncé en avril 2012 un investissement de 4,5 millions $ pour prolonger l’activité de la mine.
LARONDE (Mines Agnico-Eagle)

Statut :
mine active
Type :
souterraine
Gisement :
Or, argent, cuivre, zinc
Nombre d’employés :
794
Ouverture :
1988
Investissements :
300 millions $

Agnico a lancé un projet de développement de 300 millions $ pour prolonger la mine plus en profondeur.
MONT-WRIGHT (ArcelorMittal Mines Canada)

Statut :
mine active
Type :
à ciel ouvert
Gisement :
Fer, fer et titane
Nombre d’employés :
2 000
Ouverture :
1976 – Épuisement
du gisement prévu
pour 2040
Investissements :
2,1 milliards $

Un projet d’agrandissement du complexe minier de Mont-Wright et de Port-Cartier de 2,1 milliards $ permettra de faire passer la production annuelle de 14 à 24 millions de tonnes par an d’ici 2013.
NIOBEC (IAMGOLD)

Statut :
mine active
Type :
souterraine
Gisement :
Niobium
Nombre d’employés :
375
Ouverture :
1976
Investissements :
1,9 milliard $

IAMGOLD a annoncé un projet d’expansion estimé à 1,9 milliard étalé sur 46 ans. L’entreprise espère commencer la production commerciale dès 2016.
PERSÉVÉRANCE (Xstrata Zinc-Mine Matagami)

Statut :
mine active
Type :
souterraine
Gisement :
Zinc, cuivre, or, argent
Nombre d’employés :
235
Ouverture :
2008
Investissements :
n.d.

 

RAGLAN (Xstrata Nickel)

Statut :
mine active
Type :
à ciel ouvert et souterraine
Gisement :
Nickel, cuivre, EGP, cobalt
Nombre d’employés :
700
Ouverture :
1998
Investissements :
530 millions $

La minière a annoncé en 2011 un investissement de 530 millions pour des agrandissements. L’expansion créerait 70 emplois qui s’ajouteraient aux 700 actuels.
ARNAUD
(Investissement Québec et Yara International ASA, Mines Arnaud)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
Gisement :
Apatite
Nombre d’employés :
200
Ouverture :
2015
Investissements :
800 millions $

L’usine que prévoit construire la minière pourrait produire 1,4 million de tonnes d’apatite par an. Yara, une multinationale norvégienne, s’est engagée à acheter 100 % de sa production.
B-ZONE (Quest Rare Minerals)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
et concentrateur
Gisement :
Éléments de
terres rares
Nombre d’employés :
190
Ouverture :
2016 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2041
Investissements :
565 millions $

 

BLACKROCK (Blackrock Metals)

Statut :
Projet minier
Type :
n.d.
Gisement :
Fer, fer et titane, vanadium
Nombre d’employés :
165
Ouverture :
2013 – Épuisement
du gisement prévu pour 2028
Investissements :
600 millions $

La minière a signé en février 2012 une entente avec les Cris pour le prédéveloppement du gisement. L’entreprise prévoit produire trois millions de tonnes de concentré de fer par an.
BRACEMAC-McLEOD (Donner Metals et Xstrata Zinc)

Statut :
Projet minier
Type :
souterraine
Gisement :
Zinc, cuivre, or, argent
Nombre d’employés :
250
Ouverture :
2013 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2017
Investissements :
160 millions $

 

CREVIER (MDN)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
Gisement :
Niobium, tantale
Nombre d’employés :
150
Ouverture :
2013 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2031
Investissements :
330 millions $

Selon les prévisions, la mine produirait 178 000 kilos de tantale et 1,8 million de kilos d’oxyde de niobium par année.
DSO (New Millennium Capital Corporation et Tata Steel)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
Gisement :
Fer, fer et titane,
vanadium
Nombre d’employés :
235
Ouverture :
2012 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2027
Investissements :
n.d.

 

DUMONT NICKEL (Royal Nickel Corporation)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
Gisement :
Nickel, cuivre
Nombre d’employés :
n.d.
Ouverture :
2015 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2046
Investissements :
1,7 milliard $

 

EASTMAIN-ROSE (Corporation Éléments Critiques)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
et concentrateur
Gisement :
Lithium
Nombre d’employés :
n.d.
Ouverture :
2013 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2030
Investissements :
270 millions $

 

ÉLÉONORE (Mines Opinaca, filiale de Goldcorp)

Statut :
Projet minier
Type :
souterraine
Gisement :
Or
Nombre d’employés :
600
Ouverture :
2014 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2029
Investissements :
1,4 milliard $

Le projet a obtenu le feu vert du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs à la fin de 2011. La mine devrait produire environ 600 000 onces d’or par an.
FIRE LAKE NORTH (Champion Minerals)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
Gisement :
Fer, fer et titane,
vanadium
Nombre d’employés :
475
Ouverture :
2015 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2055
Investissements :
1,4 milliard $

 

FRANCOEUR (Richmont)

Statut :
Projet minier
Type :
souterraine
Gisement :
Or
Nombre d’employés :
n.d.
Ouverture :
2011 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2016
Investissements :
n.d.

La mine, fermée en 2001, a été remise en activité en 2011.
GRANDE-VALLÉE (Orbite Aluminae)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
Gisement :
Alumine
Nombre d’employés :
n.d.
Ouverture :
2013 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2038
Investissements :
n.d.

 

HOPES ADVANCE BAY (Oceanic Iron Ore corporation)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
Gisement :
Fer, fer et titane,
vanadium
Nombre d’employés :
n.d.
Ouverture :
2016 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2041
Investissements :
3,7 milliards $

 

KÉMAG
(New Millennium Iron Corporation et Tata Steel Minerals Canada)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
Gisement :
Fer, fer et titane,
vanadium
Nombre d’employés :
1 000
Ouverture :
2016 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2051
Investissements :
4,7 milliards $

 

LAC À PAUL (Phosphate Canada, filiale de Ressources d’Arianne)

Statut :
Projet minier
Type : Gisement :
Apatite
Nombre d’employés :
250
Ouverture : Investissements :
650 millions $

 

LAC McLEOD (Western Troy Capital Resources)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
Gisement :
Cuivre-molybdène
Nombre d’employés :
250
Ouverture :
2015 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2024
Investissements :
210 millions $

 

LANGLOIS (Nyrstar Canada Corporation)

Statut :
Projet minier
Type :
souterraine
Gisement :
Zinc, cuivre,
or, argent
Nombre d’employés :
n.d.
Ouverture :
2012 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2022
Investissements :
n.d.

 

MATOUSH (Ressources Strateco)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
Gisement :
Uranium
Nombre d’employés :
n.d.
Ouverture :
2013 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2020
Investissements :
n.d.

 

NUNAVIKk NICKEL (Canadian Royalties, filiale de Jien Canada Mining et Goldbrook Ventures)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
et souterraine
Gisement :
Nickel, cuivre
Nombre d’employés :
270
Ouverture :
2012
Investissements :
800 millions $

 

QUÉBEC LITHIUM (Canada Lithium Corporation)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
Gisement :
Lithium
Nombre d’employés :
200
Ouverture :
2013 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2028
Investissements :
200 millions $

Grâce à un prêt de 75 millions $ de la Banque Scotia, garanti par Investissement Québec, la minière pourra poursuivre la construction de la mine.
s (Stornoway Diamond Corporation et SOQUEM)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
et souterraine
Gisement :
Diamant
Nombre d’employés :
300
Ouverture :
2015 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2035
Investissements :
802 millions $

Il s’agira de la première mine de diamants au Québec.
VEZZA (North American Palladium et Mines Agnico-Eagle)

Statut :
Projet minier
Type :
souterraine
Gisement :
Or
Nombre d’employés :
n.d.
Ouverture :
2012
Investissements :
n.d.

 

WESTWOOD (IAMGOLD)

Statut :
Projet minier
Type :
souterraine
Gisement :
Or
Nombre d’employés :
n.d.
Ouverture :
2013 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2029
Investissements :
332 millions $

IAMGOLD prévoit investir 332 millions $ dans ce projet minier d’ici 2013.
WHABOUCHI (Nemaska Lithium)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
et concentrateur
Gisement :
Lithium
Nombre d’employés :
n.d.
Ouverture :
2014 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2029
Investissements :
90 millions $

On prévoit y produire 202 000 tonnes de concentré d’oxyde de lithium par an, durant 25 ans.
ZEUS (Explorations Matamec)

Statut :
Projet minier
Type :
à ciel ouvert
et concentrateur
Gisement :
Éléments de
terres rares
Nombre d’employés :
221
Ouverture :
2016 – Épuisement
du gisement
prévu pour 2029
Investissements :
n.d.

Sources : Les mines actives et les projets miniers ont été répertoriés d’après des cartes publiées par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec (avril 2012)

Les données concernant le nombre d’employés et la production annuelle sont les plus récentes. Elles sont tirées du Rapport sur les activités minières – 2011 du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec. Elles concernent l’année 2010 et peuvent avoir changé depuis.

Les données concernant les investissements et les projets en cours proviennent d’une revue de presse de l’activité minière au Québec en 2011 et 2012.

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«Superjob»

Yanick Paquette, Comics artist
Photo : Martin Laprise


Dans son studio rue Ontario, à Montréal, Yanick Paquette dessine les superhéros les plus célèbres au monde.

J’avais l’ambition de gagner ma vie en tant qu’auteur de BD. Mais cela m’apparaissait impossible d’être Québécois et de dessiner Batman ou Superman pour des comics américains.

Deux rencontres m’ont fait changer d’avis. Au milieu des années 1990, il se tenait régulièrement à Montréal un salon de la BD. On y invitait souvent deux auteurs québécois : Gabriel Morrissette (Spider-Man, Punisher, etc.) et Denis Rodier, qui était alors l’encreur de Superman. J’allais leur montrer mes dessins et ils relevaient mes erreurs. Ils m’ont expliqué comment percer dans l’industrie; ils ont été, en quelque sorte, mes mentors.

Ils m’ont convaincu d’envoyer des exemples de mon travail à tous les éditeurs de comics. Pendant six mois, j’ai dû poster une dizaine d’enveloppes chez Marvel et une autre dizaine chez DC Comics. Puis, un jour, un éditeur m’a téléphoné. J’ai décroché le contrat de Wonder Woman. C’était en 1998.

Vingt-deux pages à livrer par mois. Quand on a peu d’expérience, c’est monstrueux comme amas de travail! J’en avais des palpitations cardiaques! Avec le temps, j’ai pu négocier des délais de livraison moins fous.

Après Wonder Woman, il y a eu Superman (2000-2001). De 2003 à 2005, j’ai travaillé sur Terra Obscura avec Alan Moore (pour les connaisseurs, c’est un dieu sacré du comics). Chez Marvel, j’ai ensuite dessiné les X-Men pendant trois ans. L’an dernier, j’ai fait Batman et, depuis 2011, je suis sur Swamp Thing, une sorte de créature des marais. C’est un personnage moins connu, mais j’aime beaucoup le faire. Ce n’est pas une histoire de superhéros, plutôt un truc d’horreur. Et disons qu’à 36 ans… les bonshommes en «spandex» qui se lancent des autos… cela n’a plus le même charme qu’à 17 ans!

En plus, l’éditeur (DC Comics) me demande d’être le plus innovateur possible. J’ai l’impression que je peux laisser ma marque avec Swamp Thing. Certaines personnes regardent de haut ce que je fais. Ils me disent que je vends mon âme à des multinationales américaines. Bien sûr, les histoires que j’illustre ne sont pas les miennes. Je ne parle pas de mon nombril… Et alors?

Je me considère plutôt comme un réalisateur. Steven Spielberg n’a pas inventé le concept du parc jurassique, mais je suis sûr qu’il a eu du plaisir à réaliser son film. En ce qui me concerne, je décide de l’allure des personnages, du cadrage. J’ai beaucoup de liberté.

En plus, mon budget d’effets spéciaux est illimité. Si je veux dessiner un monstre à dix-neuf têtes… c’est possible!

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Les défis du sourire

10 M$. C’est le montant de la police d’assurance qu’Aquafresh a contractée pour protéger le sourire de l’actrice américaine America Ferrera (Ugly Betty) lorsque celle-ci est devenue porte-parole de la marque de dentifrice. Votre sourire ne vaut pas cette somme? Ne faites pas la moue. Sourire en société est toujours payant. Enfin, presque…

Il y a le sourire automatique de la caissière au dépanneur et celui qu’on réserve aux blagues douteuses du gars de l’informatique. Il y a le sourire du vendeur d’autos d’occasion, proche parent du sourire du politicien. Il y a le sourire mesquin, le sourire gêné, le sourire authentique.

Il y a les sourires d’enfants, bien sûr. À leur âge, ils en produisent jusqu’à 400 par jour! Les adultes? Pas plus d’une vingtaine.

Néanmoins, qu’on soit Canadien, Chinois ou Papou, le sourire signifie la même chose dans toutes les cultures. Il signale une intention cordiale. «Le sourire sert à entretenir de bons rapports entre les humains de manière à solidifier leurs liens de collaboration», dit Pierre Gosselin, professeur à l’École de psychologie de l’Université d’Ottawa et qui étudie l’expression des émotions.

Nombre d’experts comme lui ont consacré de sérieuses carrières à étudier ce curieux étirement des lèvres qui soude les coups de foudre et inspire les œuvres d’art. En analysant les photos de vieux albums de finissants sur une période de 30 ans, des chercheurs de l’Université Berkeley ont découvert que ceux qui souriaient avaient connu plus tard des mariages plus durables, des carrières plus fructueuses.

D’autres chercheurs de la Wayne State University (Michigan) ont récemment étudié d’anciennes cartes de baseball et ont remarqué que les joueurs qui ne souriaient pas avaient vécu moins vieux. Ainsi, l’air bête aurait eu une espérance de vie de 72,9 ans, alors que celui qui avait le sourire fendu jusqu’aux oreilles avait pu espérer durer jusqu’à 79,9 ans. Une autre étude, britannique celle-là, a même avancé que sourire exerce sur le cerveau la même stimulation mentale que si l’on recevait un chèque de 25 000 $!

Dale Carnegie, l’auteur américain du célèbre livre Comment se faire des amis (1936, 15 millions d’exemplaires vendus), avait l’habitude de dire : «Un sourire ne coûte rien, mais il crée beaucoup : il ne dure qu’un instant et le souvenir en persiste parfois toute une vie.» À son époque, il ignorait sans doute à quel point il avait raison. «Les sourires sont tous différents», dit Christine Gagnon, synergologue chez Turchet et associés, un cabinet-conseil en communication non verbale. «Personne n’a les mêmes dents, les mêmes lèvres, les mêmes fossettes. Plusieurs éléments entrant en interaction font en sorte que l’image d’un sourire est plus marquante que celle d’un visage neutre.»

Sourire lorsqu’on rencontre quelqu’un pour la première fois est donc un moyen de se démarquer, de s’imprégner dans sa mémoire… et d’être oublié moins vite! Cela dit, sourire est un art que l’on peut mal maîtriser. Sans rire.

Vrai ou faux

Guillaume-Benjamin Duchenne, un médecin français du XIXe, fut l’un des premiers à étudier les expressions du visage. À l’aide d’un faible courant électrique, il stimulait les muscles faciaux de ses cobayes. C’est ainsi qu’il découvrit que certaines mimiques étaient spontanées. C’est le cas du sourire authentique, que les experts nomment aujourd’hui «sourire de Duchenne».

«Le vrai sourire se caractérise par deux mouvements faciaux, explique Pierre Gosselin. Un premier muscle soulève les coins des lèvres et un autre, l’orbicularis oculi, forme des pattes d’oie dans le coin extérieur des yeux et relève les pommettes. Ce sourire-là, naturel, est à peu près impossible à reproduire de façon volontaire.» C’est même démontré scientifiquement. «Le sourire intentionnel implique le cortex [siège de la pensée, du raisonnement], poursuit Pierre Gosselin, alors que le sourire spontané implique des structures cérébrales sous-corticales [sièges des pulsions, des émotions].»

Si je fabrique un sourire, l’autre n’est pas dupe.
– Guy Bilodeau, formateur et conférencier en communication non verbale

Le sourire que l’on affiche la plupart du temps en société, que ce soit par bienséance ou par obligation, est en fait une contrefaçon du sourire de Duchenne. Cela se voit dans les yeux. «Plusieurs de nos sourires sont travestis : le bas du visage sourit, mais pas les yeux», dit Christine Gagnon.

Ces sourires de façade, même s’ils ne viennent pas du fond des tripes, peuvent toutefois être bénéfiques. Une récente étude menée par des chercheurs de la Penn State University a conclu que le sourire de courtoisie des serveurs de restaurant n’est pas vain. Il a des retombées positives sur la satisfaction de la clientèle, à condition que d’autres critères de satisfaction soient remplis.

Le syndrome Jack Layton

Trop sourire a été le premier reproche que les analystes politiques ont fait au chef du NPD, Jack Layton, lors du débat des chefs des élections de 2008. Depuis, il semble avoir retenu la leçon. «Il a appris à dé-sourire; il a laissé tomber le sourire automatique», indique Guy Bilodeau, formateur et conférencier en communication non verbale, qui a analysé les simagrées des chefs politiques. «Ses sourires passent mieux, parce qu’ils sont davantage habités par une émotion.»

Au cours des vingt dernières années, explique Guy Bilodeau, on a découvert que, lorsqu’on produit une expression faciale, certaines zones cérébrales s’animent. Or, les mêmes zones sont activées simultanément dans les cerveaux de ceux qui nous observent. Cette transmission de l’émotion émise par la communication non verbale se fait grâce à ce que l’on appelle nos neurones-miroirs. «Si je fabrique un sourire, l’autre n’est pas dupe. Sans même avoir à y réfléchir, il va ressentir la fausseté parce qu’il n’y aura pas de “contenu” émotionnel transmis par le sourire. Du coup, le contact avec l’autre risque d’être plus difficile à établir.»

«Habiter ses sourires»; jolie formule. Mais dans la réalité, comment fait-on? S’il vous faut toute votre petite monnaie pour hisser les commissures de vos lèvres, c’est peut-être parce que le cœur n’y est pas. Laissez tomber. De toute façon, vous ne tromperez personne.

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