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La question discriminatoire: la meilleure façon d’y répondre

Au Québec, lors d’une entrevue d’embauche, il est interdit pour un recruteur de poser des questions en lien avec l’âge, la religion, l’orientation sexuelle, l’état civil ou bien la possibilité de fonder une famille dans un avenir proche.

En fait, toutes les questions n’ayant pas de lien direct avec vos qualifications et motivations reliées à l’emploi pourraient être considérées comme étant discriminatoires.

Par exemple, si le recruteur vous demande votre opinion au sujet d’une grève étudiante, vous pourriez vous sentir mal à l’aise au fait d’exprimer une opinion différente à la sienne.

Si les questions sont considérées comme étant discriminatoires et que le candidat se considère lésé, il serait en droit de poser une plainte officielle.

Bien entendu, les recruteurs expérimentés font très attention pour éviter de poser ce type de questions.

Au cours de votre recherche d’emploi, il est tout de même possible que vous soyez exposé à une question discriminatoire vous causant un malaise.

Il est important de comprendre qu’un employé moins expérimenté en ressources humaines pourrait maladroitement poser ce type de questions, sans que ce soit fait avec une mauvaise intention derrière.

Par exemple, pour tenter de détendre l’atmosphère, il pourrait demander tout bonnement à un candidat : « Depuis combien de temps vivez-vous au Québec? »

Évidemment, sa bonne intention n’enlève rien au fait que sa question demeure discriminatoire.

Mais en tant que candidat, comment réagir?

Vous êtes au milieu d’un processus de recherche d’emploi et si ce poste vous intéresse vraiment, vous ne souhaitez pas brûler vos chances de l’obtenir!

Pour éviter d’aborder plusieurs cas différents et dans l’unique but de simplifier le contenu de cet article, je ferai principalement référence à un exemple relié à la nationalité. Bien entendu, mes propos auraient pu porter sur n’importe quelle autre caractéristique.

Ne pas le signaler

Afin de ne pas affecter les impressions du recruteur, vous pouvez répondre à la question comme si de rien n’était, ou encore décider de demeurer vague si la situation le permet. Comme par exemple, si vous aviez à vous prononcer sur votre position concernant la grève étudiante.

Ce n’est pas parce que vous n’avez rien signalé sur le coup et que vous avez accepté de répondre à la question que par la suite, vous ne pourrez pas porter plainte.

Il sera facile d’expliquer que vous avez été pris par surprise et que vous ne vouliez pas nuire à vos chances d’obtenir l’emploi.

Si vous considérez que la réponse que vous allez donner n’aura pas de conséquence sur l’impression du recruteur à votre égard, ce n’est pas une mauvaise idée d’y répondre.

Par exemple, si votre réponse à la question « Depuis combien de temps vivez-vous au Québec? » est : « Je suis né au Québec. », il serait étonnant que le recruteur écarte votre candidature pour cette raison.

Par contre, ça n’empêche pas le désagrément ressenti par une telle question et vous pourriez porter plainte en évoquant que le recruteur accorde une importance à votre nationalité.

Le signaler (différentes approches)

Si vous signalez avec fougue que la question vous semble discriminatoire, c’est plutôt risqué!

Il est alors possible alors que le recruteur fasse preuve de discrimination envers vous, pas à cause de votre nationalité, mais plutôt parce que vous semblez une personne « compliquée » et « agressive » à ses yeux.

Il peut avoir la crainte que vous chercherez constamment à faire valoir vos droits pour un oui ou pour un non. Il peut aussi s’imaginer que ça ne clique pas entre vous et que vous ressentez déjà peu de sympathie à son égard.

Donc, autant que possible, le fait de le signaler ne doit pas devenir un élément nuisible pour votre candidature.

Essayez plutôt d’exprimer votre point de vue avec diplomatie pour ne pas créer un froid entre vous.

Certains opteront pour une méthode plus directe : « Avec tout le respect que je vous dois, j’avoue me sentir un peu mal à l’aise de répondre à cette question dans un contexte d’entrevue. Est-ce que ça vous embêterait de passer à une prochaine question? »

Quand vous dites cela, tentez d’avoir un petit sourire et de regarder l’autre dans les yeux, ça va aider à mieux faire passer la demande et détendre l’atmosphère.

D’autres choisiront de le faire avec une pointe d’humour : « Est-ce que ça vous va si je vous dit que dans mon cœur, je suis au Québec depuis toujours? Dès le premier jour, je me suis senti chez moi! »

Le recruteur va comprendre le message entre les lignes et il ne devrait pas insister par la suite.

Des nuances à apporter

Je mène des entrevues de sélection depuis déjà un très grand nombre d’années et bien entendu, j’évite les questions discriminatoires.

Toutefois, si le candidat m’amène lui-même vers un thème davantage relié à un aspect plus délicat de sa vie personnelle, je me sens alors légitime de poser plus de questions sur cela.

Par exemple, si je demande à un candidat de me parler d’une réalisation qui le rend particulièrement fier et qu’il me répond aussitôt que c’est d’avoir bien réussi son intégration au Québec puisque selon lui, ça démontre sa grande capacité à s’adapter, je me sentirais donc très à l’aise de lui demander : « Depuis combien de temps vivez-vous au Québec? »

La façon dont il a choisi de me démontrer cette force professionnelle, soit que son intégration au Québec démontre une capacité d’adaptation exemplaire, révèle un côté très personnel de sa vie et comme c’est en lien avec le travail, ma question demeure légitime.

Si vous ne souhaitez pas que le recruteur investigue de ce côté, il sera alors préférable d’éviter de l’aborder ainsi. N’ouvrez pas cette porte.

La question pourrait également être légitime, dans le cas où la nature de l’emploi est en lien avec la caractéristique mentionnée.

Par exemple, vous postulez pour un organisme qui aide les nouveaux arrivants s’intégrer sur le marché du travail. Vous êtes vous-même immigrant et votre expérience personnelle représente alors un aspect utile à vos fonctions.

En conclusion

Il s’agit d’un sujet très délicat et au final, le choix vous appartient sur la façon de répondre à une telle question.

Toutefois, pour bien faire ce choix, il est conseillé de se préparer à l’avance afin d’éviter d’être pris par surprise lors de l’entrevue d’embauche.

Un merci bien spécial à René Beaulieu, consultant-formateur de chez RBeaulieu Consultant, pour m’avoir suggéré cette idée d’article.

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Mathieu Guénette

Mathieu Guénette est un conseiller d’orientation à son compte de plus de 20 ans d’expérience, auteur, chargé de cours et ayant travaillé auprès d’une clientèle variée (jeunes, adultes, gestionnaires, chercheurs d’emploi). En 2017, il a obtenu à la fois le prix professionnel de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec et celui du Livre RH de l'année de l'Ordre des CRHA pour l’ouvrage Le candidat viscéral. Il offre ses services à Montréal, dans Lanaudière et à distance. Son site internet regorge de références pratiques pour vous : Les chercheurs de sens.

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