Des entreprises font marche arrière avec le télétravail. Pourquoi votre entreprise y pense déjà.

Le télétravail est le futur du travail. Nous en sommes tous convaincus. Les applications de vidéo-conférences Skype, la messagerie instantanée WhatsApp ainsi que la plateforme collaborative Slack ont envahi nos existences mobiles et hyperconnectées. Moins de fatigue et de stress. Enfin presque !

Pourtant, récemment, des entreprises comme Yahoo ou IBM ont émis de nouvelles politiques pour ramener leurs employés au bureau. Pour certaines, le télétravail doit rester occasionnel. Pour d’autres il doit se limiter à une journée par semaine pour du personnel autorisé seulement.

Pour d’autres entreprises, rendre le lieu physique de travail plus attractif est devenu un incontournable. Elles créent des espaces collaboratifs, confortables et agréables. Facebook, l’une des entreprises les plus cool au monde, incite par exemple financièrement ses employés à emménager au plus près de ses bureaux. Vous devinerez pourquoi.

Alors, pourquoi assiste-t-on à ce retour du travail au bureau ?

Le télétravail : populaire mais risqué !

La recherche a démontré que le télétravail est bénéfique pour la productivité individuelle. C’est surtout vrai lorsque les tâches sont bien définies, transactionnelles et plutôt répétitives et qu’elles exigent une faible interdépendance avec les autres employés. On observe même un niveau d’engagement psychologique au travail plus élevé chez les employés travaillant occasionnellement là où ils le souhaitent. La flexibilité des modalités de travail est une valeur en hausse.

Mais le télétravail n’atténue pas à lui seul le problème plus profond d’un niveau assez faible d’engagement des employés. Les gestionnaires ont de la peine à engager leurs employés bien au-delà des distances, des outils de télétravail et des plateformes collaboratives. Parfois, les gestionnaires ne sont tout simplement pas présents en ligne. Certains perdent même le contact. Le télétravail est une distance de plus.

Le télétravail change le travail mais les gestionnaires n’ont pas changé leur méthode de gérance pour s’adapter au travail à distance. Ils ne sont plus seulement des gardiens du temps, de la conformité et de la performance des employés. Les gestionnaires ont muté en agent de mobilisation. Ils doivent donner du sens au travail. Ils gagnent à responsabiliser et à accompagner davantage les employés pour les rendre autonomes.

Le télétravail creuse souvent un déficit relationnel si on tombe dans ses pièges. Les aspects informels du travail, tels que les discussions de couloir et les rencontres impromptues entre collègues favorisent le partage d’expériences. Ces rencontres s’observent plus rarement en ligne. Et certains problèmes complexes ou hautement politiques sont presque impossibles à solutionner via texto et dans de longues chaines d’emails.

Le télétravail : moderne mais déjà dépassé !

Les organisations les plus agiles innovent, solutionnent et cocréent plus vite et plus que jamais.

Pour faire prendre la sauce de l’intelligence collective, les rencontres sont aujourd’hui favorisées par des espaces ouverts et accueillants, multifonctionnels. Les échanges y sont plus spontanés et ces espaces offrent aussi une proximité favorisant la prise de décision rapide et peut-être plus audacieuse. La collaboration mise en place entre différents départements, experts, partenaires et clients atteint des sommets de sophistication dans des délais plus serrés.

Face à la dispersion sur les multiples plateformes, l’attention et la concentration en groupe sont le gage d’un travail approfondi et de décision de qualité. Le travail hautement collaboratif pousse les organisations à réinvestir et à réénergiser le Travailler Ensemble. Elles mettent en place des activités sociales récréatives, des temps forts d’apprentissage et de résolution de problèmes en groupe. On assiste à l’émergence d’ateliers d’idéation, de cocréation et de rétroaction. Ces activités suscitent l’écoute, les rencontres et la connaissance des autres avant de résoudre des questions ou de passer à l’action.

Mais surtout, les équipes en présence peuvent amorcer plus facilement un plus haut degré de confiance psychologique. Les équipiers qui se côtoient au quotidien échangent plus d’informations non verbales et ont plus d’occasions de se dévoiler personnellement. Ce degré de confiance psychologique plus élevé caractérise les équipes les plus performantes. On l’obtient surtout lorsque les conditions relationnelles permettent aux membres de se sentir confortables de parler librement de leurs difficultés et de leurs émotions. Plus le travail est complexe et interdépendant, plus le rapprochement quotidien renforce l’alliage d’une équipe et entre les équipes. A-t-on déjà vu une équipe de la Nasa s’entrainer en ligne pour une mission sur la Lune ?

Quand IBM ou Yahoo rassemblent leurs employés, c’est pour ajouter des dimensions cognitives, collaboratives, agiles et créatives. On retrouve les vertus de la réunion avec un focus attentionnel et relationnel. D’ailleurs, quand on sonde les employés pour savoir ce qui contribue le plus au fait de vivre une expérience positive au travail, le fait d’appartenir à une équipe est déterminant. Avoir des objectifs clairs, ressentir que l’on utilise ses compétences et relever des défis stimulants façonnent une perception positive de son travail. Finalement, l’expérience employée positive concourt à avoir un effort supplémentaire des employés. Je vous laisse imaginer l’impact sur l’organisation et les clients.

Le télétravail n’est pas à lui seul le futur du travail.

L’option du télétravail et la flexibilité des horaires de travail sont évidemment des incontournables pour attirer des candidats. Elles sont aussi une grande source de satisfaction pour la plupart d’entre nous.

Mais, télétravail ou pas, c’est la nature profondément relationnelle et sociale du travail qui réclame en priorité un leadership mobilisant, des outils de travail simples et mobiles, des relations riches et un sens au travail. Plus le travail devient mobile, distant et hyperconnecté, plus il a besoin de s’affirmer comme humain.

Rendez-vous sur Jobboom en cliquant ici pour consulter toutes les offres d’emploi disponibles.

Jean-Baptiste Audrerie

Jean-Baptiste Audrerie, psychologue organisationnel, M.B.A. Conseiller exécutif IBM Talent Management & Watson Talent pour le Canada et les Caraïbes. Il est l’auteur du blogue d’anticipation RH futurstalents.com Il accompagne les clients d’IBM dans leur transformation digitale RH. Il les aide à optimiser l’attraction, l’engagement et le développement des talents.