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Portrait métier : Testeur Assurance Qualité

Ce mois-ci, nous vous proposons de découvrir un métier qui fait rêver nombre d’entre vous, celui de testeur de jeux vidéo, souvent abrégé par ses initiales anglophones : Testeur Q.A. Pour décrire ce métier en détail, nous sommes allés à la rencontre de Jonathan Gaudreau : chef d’équipe assurance qualité logicielle chez Lavasoft et précédemment chef d’équipe en conformité chez Eidos Montréal.

Jobboom : En quoi consiste le métier de Testeur Assurance Qualité ?

Jonathan Gaudreau : L’objectif principal du testeur en assurance qualité est de détecter des problèmes, des bugs, et de les signaler aux équipes de développement. Pour faire cela, il faut effectuer un grand nombre de tâches qui peuvent varier d’un projet à l’autre. Parmi les plus classiques on retrouve : s’assurer que le personnage ne passe pas à travers les murs, tester des objets, faire « planter » la console ou tout simplement, compléter le jeu pour vérifier que les joueurs puissent le faire sans encombre!

Une fois qu’un testeur a identifié un bug, il doit écrire une note à l’équipe concernée pour expliquer comment le reproduire.  Il doit ensuite s’assurer que les corrections ont bien supprimé le bug et n’en ont pas créé de nouveaux.

JB : Quelles sont les compétences primordiales ?

JG : Il n’y a pas de prérequis académiques particuliers pour être testeur. Le plus important c’est d’être curieux, de montrer que vous voulez découvrir des choses et que vous n’avez pas peur de sortir du cadre pour tester des choses non conventionnelles.

Il faut aussi être assez débrouillard. Un testeur qui dépend trop des autres va avoir de la difficulté parce qu’une grosse partie de son travail est effectuée de façon autonome. Mais il ne faut pas non plus faire un excès de débrouillardise en n’osant pas poser de questions, particulièrement si les tâches ne semblent pas claires.

JB : Quels sont les traits de personnalités particulièrement utiles pour le testeur?

JG : Avoir un trouble compulsif peut être extrêmement utile! Mais ce qui est crucial, c’est la capacité de travailler en équipe et communiquer clairement qui fera la différence. Le travail de testeur est souvent solitaire, c’est pourquoi le manque de communication peut résulter en signalement de bugs qui sont déjà connus, ce qui surcharge la base de données et les équipes de développement.

JB : Quels sont les principaux défis à surmonter?

JG : Le principal problème que les testeurs rencontrent est vraiment la répétitivité du travail. Travailler dans ce métier c’est comme courir un marathon dans un stade. Il faut parcourir le même jeu pendant 40 heures par semaine (et parfois plus) pendant plusieurs mois.

Cela devient donc important de savoir se renouveler et de trouver son plaisir dans ces tâches. Cela peut permettre de se spécialiser et surtout de conserver sa motivation. À cause de cela, on voit beaucoup de nouveaux testeurs quitter leur emploi dès la première semaine.

Mais si on arrive à surmonter ces défis-là, le reste vient beaucoup plus facilement!

JB : A quoi ressemble une journée typique?

JG : La journée normale d’un testeur est assez simple mais elle peut grandement varier en fonction des besoins et des tâches assignées. Elle commence par un passage sur la base de données afin de vérifier les bugs qui ont été réparés et de répondre aux commentaires des développeurs.

Ensuite, il faut consulter ses courriels afin de vérifier si une nouvelle version est disponible et prendre connaissance des tâches qui ont été assignées par le chef d’équipe, les clarifier si nécessaire, puis les exécuter pendant le reste de la journée.

En fin de journée, il faut généralement envoyer un rapport à son chef d’équipe afin d’assurer le suivi de l’avancement des tâches.

JB : Quels sont les type de projets sur lesquels il peut travailler?

JG : Il faut bien se rappeler qu’il y a toutes sortes de jeux s’adressant à différents publics. Dépendamment de l’entreprise où travaille le testeur, c’est un peu une comme loterie, il peut travailler sur un jeu très attendu ou sur un petit jeu beaucoup moins intéressant. Moi par exemple, j’ai déjà travaillé sur des jeux destinés aux enfants de trois ans qui détaillent simplement des couleurs et des formes. Ce genre de jeu est bien évidemment moins exaltant pour un adulte qu’un jeu plus complexe, mais il faut aussi s’assurer de son bon fonctionnement.

Certaines entreprises qui font du test de jeu vidéo le font aussi parfois pour des logiciels informatiques, pour des sites web, des applications mobiles, ou des jouets.

JB : Quel est la spécificité du milieu du jeu vidéo en QA?

JG : La principale spécificité de l’assurance qualité dans l’industrie du jeu vidéo c’est qu’elle est très codifiée.

On trouve d’abord une séparation des rôles dans le QA entre trois grands départements : la fonctionnalité, la conformité, et la localisation. Les compétences requises sont assez différentes pour chacun d’entre eux.

Un testeur en fonctionnalité (FQA) s’assure de la qualité du jeu pour un joueur. Il vérifie que tout est accessible et que les visuels, les sons, et la jouabilité sont de qualité.

Un testeur en conformité, ou compliance (CQA) s’assure que le jeu est conforme vis-à-vis de la documentation et des prérequis fournis par les fabricants des consoles sur lesquelles le jeu sera vendu. Si ces règles ne sont pas respectées, le jeu ne sortira pas.

Un testeur en localisation (ou en linguistique) s’assure de la qualité de la traduction du jeu. Cet aspect est souvent pris en charge par des compagnies externes.

JB : Quelles sont les possibilités d’avancement?

JG : Il y a plusieurs possibilités d’avancement en fonction des individus mais aussi des entreprises car elles ne proposent pas toutes les mêmes développements de carrière. Pour des personnes très organisées ou à l’aise en communication, il est possible de devenir coordonnateur ou chef d’équipe, puis possiblement superviseur ou directeur du QA en fin de carrière.

Pour des personnes plus techniques, certaines entreprises proposent des postes de testeur senior. Il est aussi possible de se spécialiser en intégrant un des départements cités ci-dessus, ou en étant directement attaché à l’équipe de développement pour travailler un peu plus en amont (on parle alors de DevQA).

Certains testeurs évoluent aussi vers des compagnies spécialisées dans les logiciels qui cherchent généralement des testeurs expérimentés mais qui ont aussi tendance à offrir de meilleures rémunérations pour les attirer.

JB : Dans quelles industries peut-on trouver des testeurs en assurances qualité?

JG : En fait, l’assurance qualité existe dans presque toutes les industries. Mais les compétences ne sont pas forcément transférables. Naviguer entre le jeu vidéo, les logiciels, les sites internet et les jouets programmés se fait assez facilement, mais dans les usines, c’est un métier tellement différent qu’il faudrait tout réapprendre.

JB : Quelles sont les carrières vers lesquelles un testeur assurance qualité pourrait facilement se transférer?

JG : L’assurance qualité est souvent vue comme une porte d’entrée dans le monde du jeu vidéo et c’est particulièrement vrai dans un studio de développement. C’est encore plus facile si vous êtes un DevQA car vous êtes proche des équipes. Mais cela demande beaucoup de travail personnel car le QA ne fournira pas vraiment les compétences nécessaires pour devenir développeur.

Certaines compagnies proposent des formations et des promotions internes à partir du poste de testeur vers des postes rattachés aux équipes de création : programmation, jouabilité, artistes, etc.

JB : Quelles formations peut-on faire pour devenir testeur?

JG : Il n’y a pas de formation particulière, les entreprises recherchent plutôt des personnes avec le bon état d’esprit. Particulièrement dans le cas des compagnies qui travaillent en sous-traitance pour les éditeurs et les développeurs et qui engagent des testeurs sans expérience ni diplôme.

Les compagnies qui engagent des testeurs logiciels demandent parfois des diplômes collégiaux mais l’expérience prime là aussi.

En revanche, une bonne maîtrise de l’anglais est souvent une obligation dans la mesure où les équipes de développement pour lesquelles travaillent les entreprises ne sont pas toujours au Québec!

JB : Peut-on apprendre ce métier par soi-même?

JG : Oui, un joueur qui arrive à trouver des bugs dans un jeu vidéo de façon régulière et se documente afin d’apprendre un peu le jargon lié au métier peut développer de très bonnes bases. De nos jours, il y a beaucoup de ressources en ligne prévues à cet effet!

Mais être engagé dans une compagnie qui forme un junior est préférable pour apprendre comment le métier s’exerce. Ces compagnies travaillent souvent sur des projets plus variés avec des façons de faire différentes ce qui permet de diversifier rapidement sa connaissance en assurance qualité.

JB : Avez-vous des conseils pour les intéressés?

JG : Mon conseil principal, c’est de ne pas avoir peur d’essayer. Commencez avec une compagnie de sous-traitance, même pour un été seulement! Ce sont des emplois assez peu rémunérés, mais ils offrent beaucoup de variétés et c’est une excellente porte d’entrée dans ce domaine. Ce genre d’expérience peut aussi donner de bonnes références pour postuler chez un éditeur ou un développeur. Vous verrez rapidement si c’est quelque chose que vous appréciez ou non.

JB : Une anecdote de travail particulièrement marquante?

JG : Un des points négatifs du jeu vidéo c’est les heures supplémentaires qui peuvent s’accumuler, il arrive parfois de faire des semaines de 70h. Quand de telles semaines s’enchaînent, les équipes finissent par lâcher un peu plus leur fou. Étonnement, c’est de ces soirées-là dont on garde souvent les meilleurs souvenirs et les meilleurs fous rires généralisés.

 

Le point de vue du recruteur :

Quelles sont les compétences clés que vous cherchez sur le CV d’un intégrateur?

Si vous avez de l’expérience, mettez-là de l’avant et indiquez avec quels outils vous avez travaillé, mais elle n’est pas toujours nécessaire.

Sinon, mettez de l’avant votre connaissance de l’anglais et du français, votre capacité d’analyse ou d’esprit critique, ainsi que votre capacité à écrire et à vous faire comprendre clairement.

Le recrutement d’un testeur dépend plus souvent de l’entrevue et des tests qui pourraient être demandés que du CV. Mais le CV reste un instrument important puisqu’il crée le premier contact.

Quelle importance accordez-vous à un portfolio?

Un portfolio n’est pas primordial. Si vous avez de l’expérience, vous pouvez indiquer sur quels jeu vous avez travaillé, mais la plupart du travail d’un testeur est généralement confidentiel, ce qui ne permet pas de se former un portfolio intéressant.

En entrevue?

Le jeu vidéo est un milieu de passionné! Et comme le travail de testeur est parfois répétitif, une forme de passion est nécessaire. Montrer de la nonchalance ou de l’indifférence par rapport au domaine ou au métier vous fermera généralement les portes.

Il est également très recommandé de prendre le temps de se renseigner sur la compagnie pour laquelle vous appliquez avant l’entrevue et de connaître un minimum les jeux qu’elle a développé.

Le processus de recrutement contient aussi souvent un test, particulièrement pour des nouveaux testeurs. Parfois celui-ci se fait sous la forme d’un questionnaire ou d’exercices pratiques avant l’entrevue, particulièrement dans le cas des testeurs en localisation qui doivent ainsi démontrer leur maîtrise de la langue dans laquelle ils travaillent.

Un test classique pour les candidats consiste à donner un objet commun au testeur (un stylo, une boîte de mouchoirs, etc.) et de lui demander quels tests il faudrait faire sur cet objet. Le but de cet exercice étant de voir comment le candidat aborde le concept du test et comment il construit une analyse et une réflexion.

 

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Florian Saugues

Florian Saugues est curieux, c'est bien là son trait prédominant. Il enseigne l'histoire du jeu vidéo et l'inspiration mythologique pour Rubika Montreal.