3 conseils d’India Desjardins pour trouver sa place au travail quand on se sent (un peu) extraterrestre

3 conseils d’India Desjardins
pour trouver sa place au travail quand on se sent (un peu) extraterrestre

Le premier tome du Journal d’Aurélie Laflamme s’intitule : « Extraterrestre… ou presque! ». Je me disais donc qu’India Desjardins, son auteure, devait en savoir très long sur ce curieux sentiment que l’on peut ressentir parfois.

Toutefois, selon India, ce sentiment est plutôt répandu et nous sommes un bien grand nombre d’humains à l’éprouver. Ça explique probablement l’immense succès que le personnage d’Aurélie Laflamme a connu auprès de ses lecteurs (on parle de plus de 2 millions d’exemplaires vendus!).

Dans ses romans, elle a écrit exactement ce qu’elle aurait voulu lire à l’époque de son adolescence. Et jamais elle n’aurait cru avoir un tel impact!

India s’est souvent sentie seule à l’école secondaire, car elle avait de la difficulté à se concentrer en classe et elle n’avait pas beaucoup d’amis. Tout comme le personnage d’Aurélie, il lui est déjà arrivé, à l’heure du dîner, de manger son lunch dans les toilettes.

Aujourd’hui, elle propose ses conseils à tous ceux qui se sentent extraterrestres et qui ont envie d’enfin trouver leur place.

Savoir renouveler ses rêves

India se sent parfois un peu irritée quand elle entend des conférenciers ou ceux qui viennent de remporter des trophées proclamer : « Il ne faut jamais lâcher! Tous les rêves sont possibles! »

Bien sûr, il faut avoir des rêves, travailler, persévérer. C’est magnifique, la ténacité, mais à un certain moment, si aucune porte ne s’ouvre, il faut aussi faire preuve d’introspection et demeurer réaliste. C’est bien d’être capable d’évaluer la faisabilité de ses projets pour ainsi pouvoir renouveler ses rêves.

Au départ, India voulait être journaliste télé, chroniqueuse ou animatrice. Elle a persévéré dans cette voie jusqu’au jour où elle a réalisé qu’aucune porte ne s’ouvrait et que c’était peut-être parce qu’elle n’était pas faite pour ce métier.

Elle passait des auditions pour la télé, mais elle n’était jamais choisie. Entre-temps, elle travaillait comme journaliste pour des magazines en version papier comme Cool, Clin d’œil et Le Journal de Montréal.

Lorsqu’elle écrivait pour Le Journal de Montréal et qu’elle était sur le point de devenir syndiquée, sa patronne lui a fait savoir qu’elle écrivait très bien, mais que le but du journal était surtout de faire de la nouvelle. Bref, India devait changer son approche si elle souhaitait rester.

Toute la nuit, India a pensé à ce qu’elle allait faire car le lendemain, elle devait retourner voir sa patronne et lui faire part de sa décision.

India avait plus de plaisir à inventer des histoires qu’à relater des faits, mais refusait de se l’avouer à elle-même.

En se rendant vers son lieu de travail, son attention s’est tournée vers les paroles d’une chanson de Kevin Parent, qui jouait à l’intérieur d’un magasin : « T’as toujours le choix dans la vie. Sois que tu te fais confiance ou tu fais ce qu’on te dit. »

Pour India, il était clair qu’elle n’était pas sur la bonne voie et qu’elle devait la retrouver. Tant pis pour la permanence! Sa patronne lui a plutôt offert des contrats à la pige pour rédiger des textes destinés aux jeunes. Cette opportunité l’a amené sur une nouvelle trajectoire.

Changer d’objectif en cours de route pour ainsi réaliser un rêve ne devrait pas être vu comme un échec. Il faut aussi être à l’écoute des différents obstacles qui nous entourent et de ses réels talents. Peu à peu, elle a réalisé qu’elle préférait écrire de la fiction plus que toute autre chose. Elle a arrêté de passer des auditions et s’est consacrée à son nouvel objectif : écrire un roman.

Faire le deuil de son premier rêve lui a permis de s’en trouver un nouveau, qui s’est avéré encore plus porteur pour elle.

Assumer ce qu’on aime

La question qui brûle les lèvres des futures auteurs et qu’elle se fait le plus souvent poser est : « Comment fait-on pour vendre beaucoup de livres? »

Il n’y a pas de bonne réponse à cette question. Quand India a publié les premiers tomes du Journal d’Aurélie Laflamme, c’était à une époque où la tendance littéraire était aux héros masculins évoluant dans un univers fantastique. India avait plutôt envie d’explorer la quête d’identité d’une héroïne forte évoluant dans la vraie vie. Elle n’a fait que suivre son cœur.

Quand on pense à publier, il ne faut jamais avoir d’attentes face aux ventes. Ce qui fait qu’un livre obtient du succès ou non est intangible. Dès sa première publication, India savait que le métier d’auteur était incertain. C’est pourquoi elle a longtemps exercé le métier de journaliste en parallèle. Elle pense qu’il est important d’aborder le métier d’auteur comme un projet personnel.

Après quelques projets, ça devient possible de déterminer si on peut en faire un métier ou non. Mais le milieu du livre est incertain : il y a de nombreuses sorties et plusieurs genres différents, donc beaucoup de choix. Dur de faire sa place dans cette masse. Le mieux qu’on puisse faire, à son avis, est d’écrire le livre qu’on veut, d’en être fier et de lui laisser faire son chemin sans avoir d’attentes sur quoi que ce soit. Si le succès arrive, tant mieux! Sinon, avoir un filet de sécurité en pratiquant un autre métier est préférable.

Il lui arrive parfois que certaines personnes lui parlent d’un projet de livre qu’ils ont envie de faire, mais disent : « Je devrais faire tel livre avant pour me démarquer en tant qu’auteur. » India pense que c’est une mauvaise façon de voir les choses.

Faire un livre « x » avant de faire le livre qu’on veut faire est un peu anti-productif. Pourquoi ne pas se faire confiance avec ce qu’on aime, ce qu’on a envie d’écrire? Comme si le but d’écrire un livre était simplement pour se démarquer, pour plaire aux critiques et pour bonifier son image personnelle.

Elle a comme pensée que tout le monde bâtit son propre chemin. Donc, il n’y a pas un parcours qui est mieux que l’autre. Mais pour sa part, elle préfère les projets qui viennent du cœur et les auteurs qui écrivent par pulsion. En ce sens, il vaut mieux assumer ce qu’on aime et ce qu’on veut écrire. Comme ça, si on n’a pas la chance de publier un deuxième livre, soit parce que les ventes n’ont pas été bonnes ou pour toute autre raison, c’est le livre qu’on avait vraiment envie d’écrire qui se retrouvera sur les tablettes.

Toujours continuer de douter

À chaque fois qu’India a publié un nouveau tome du Journal d’Aurélie Laflamme, elle était incertaine de la réaction du public. Lorsqu’elle a découvert que les gens l’appréciaient, elle a ressenti un immense soulagement car ça l’a poussé à en écrire un autre. Elle ne tient jamais le succès pour acquis, consciente que ça peut être éphémère. Elle souligne qu’un succès ne garantit jamais l’avenir. Elle prend chaque projet un à la fois, sans penser à ce qui a été fait avant.

Pour une raison qu’elle demeure incapable d’expliquer, elle ressent toujours le syndrome de l’imposteur. India vit un stress constant et elle ignore complètement ce qui l’attend dans le futur. L’automne dernier, elle a senti un certain vertige face à l’avenir. Ça lui arrive souvent après avoir accompli un gros projet ou une sortie de livre. Puis, une nouvelle idée lui est apparue et elle a pu rebondir sur de nouveaux projets.

Mais pour elle, cultiver le doute ainsi est un aspect positif de sa personnalité.

Il est important de savoir se remettre en danger et d’éviter de rester dans sa zone de confort afin de favoriser le dépassement de soi-même.

Par exemple, il serait facile de poursuivre l’écriture de nouveaux tomes du Journal d’Aurélie Laflamme dans le seul et unique but de faire des ventes, mais elle tient à respecter sa vision. Elle ne veut surtout pas se répéter et forcer ce qu’elle ne ressent pas. Il lui est aussi arrivé de refuser une proposition lucrative pour une série télé puisqu’à ce moment-là elle avait plutôt envie d’écrire un roman.

India n’a jamais eu de recette secrète pour écrire et publier ses œuvres. Sa démarche a toujours été avant tout, intime et intuitive.

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle a été enchantée d’entendre ceci de la part d’une de ses fans : « Fais ce qui te tente, on va toujours continuer de te suivre! »

Cet article a été écrit dans l’esprit du guide pratique d’orientation Trouver sa place au travail quand on se sent (un peu) extraterrestre publié chez Septembre éditeur. En savoir plus.

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Mathieu Guénette

Mathieu Guénette est un conseiller d’orientation à son compte de plus de 20 ans d’expérience, auteur, chargé de cours et ayant travaillé auprès d’une clientèle variée (jeunes, adultes, gestionnaires, chercheurs d’emploi). En 2017, il a obtenu à la fois le prix professionnel de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec et celui du Livre RH de l'année de l'Ordre des CRHA pour l’ouvrage Le candidat viscéral. Il offre ses services à Montréal, dans Lanaudière et à distance. Son site internet regorge de références pratiques pour vous : Les chercheurs de sens.

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