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[Formation | Emploi] Les grandes entreprises et la relèveLe talon d'Achille par Steve Proulx Photo : Patrick Deslandes
Les baby-boomers s'apprêtent à quitter la vie active. D'ici à 2007, ils seront 370 000 à accrocher leurs patins et à joindre les rangs des nouveaux retraités. Comment les grandes entreprises se préparent-elles à remplacer ces grosses pointures?
Les connaissances ne se transmettent pas du jour au lendemain : pour certains types d'emplois spécialisés, il faut y consacrer entre une et trois années.Par ailleurs, un employé qui prend sa retraite n'est pas seulement un maillon de la chaîne à remplacer. C'est un individu qui a cumulé de l'expérience, un bagage de connaissances, qui possède des relations dans l'industrie et qui connaît le produit de l'entreprise comme le fond de sa poche. En somme, c'est une partie de la mémoire de l'entreprise qu'il risque d'emporter. «Trop longtemps, les entreprises ont coupé les ponts avec leurs employés en leur donnant une montre en or, une poignée de main et un souper au restaurant, explique Serge Reynaud. On se demandait ensuite pourquoi l'entreprise connaissait des chutes dramatiques dans sa productivité, dans sa rentabilité et dans la motivation de ses employés. C'est parce qu'on s'est coupé d'une immense source de savoir!» Et dans une économie dite «du savoir», ce peut être dangereux... Histoire de mieux passer le flambeau entre ceux qui partent et ceux qui arrivent, de nombreuses entreprises investissent beaucoup d'efforts dans des stratégies de transmission des connaissances. Habituellement, cette transmission se fait grâce au mentorat ou au compagnonnage - activités par lesquelles le futur retraité aide et conseille le «jeune loup» qui le remplacera. On explore également la voie des systèmes de documentation, qui décrivent les tâches que l'employé accomplit afin d'en conserver une trace pour la prochaine génération. Depuis 2000, Hydro-Québec est l'une des organisations québécoises qui investissent beaucoup dans cette fameuse transmission des connaissances. «Pour certains postes très critiques, quand quelqu'un part à la retraite et qu'on l'apprend suffisamment longtemps à l'avance, on pourvoit au poste avant le départ, explique Jean-Luc Chabot, directeur Relève et développement. Ainsi, la personne qui part peut transmettre ses connaissances à celle qui arrive. Cela vise beaucoup les connaissances tacites, non documentées, celles que nos experts possèdent dans leurs neurones.» Les futurs retraités sont-ils ouverts à l'idée de transmettre ainsi leur savoir aux plus jeunes? En général, oui, constatent les spécialistes de la question. «On anticipe souvent des réticences de la part de celui qui part», soutient Nicole Vachon, présidente d'IC Formation, une entreprise qui aide les entreprises à effectuer la transmission des connaissances. «Mais en général, les gens y voient un avantage. Pour eux, c'est une sorte de legs.» Restez donc encore un peu! Les connaissances ne se transmettent pas du jour au lendemain : pour certains types d'emplois spécialisés ou dont les tâches sont concentrées entre quelques mains, il faut y consacrer entre une et trois années. Or, le temps n'est pas une richesse que les entreprises possèdent en quantité! Pour en gagner un peu, elles tentent désormais de retenir leurs employés le plus longtemps possible. Il s'agit d'un changement de culture important, estime Pauline Brassard. «Au cours des 20 dernières années, les services des ressources humaines ont travaillé essentiellement à mettre des gens à la porte. Mais depuis deux ans, on leur a demandé de retenir les travailleurs.» Pour ce faire, les programmes de retraite progressive sont l'une des solutions qui se présentent aux entreprises. Ralentir la rupture entre l'entreprise et le futur retraité permet, par exemple, de se donner une marge de manuvre pour transmettre les connaissances. Enfin, les «programmes d'extension de vie professionnelle», qui permettent aux préretraités d'occuper des fonctions de conseillers, de coachs ou de consultants pour leur entreprise, constituent une autre tendance visant à retenir les employés expérimentés. Ces nouveaux mandats peuvent éveiller suffisamment d'intérêt pour les décider à consacrer de deux à cinq ans supplémentaires à l'employeur, explique Pauline Brassard. Plaire aussi aux jeunes Pendant qu'elles essaient de retenir par la manche les employés expérimentés, les entreprises doivent aussi s'assurer de combler les aspirations de leurs successeurs, estiment les spécialistes. C'est que les représentants de la génération X, ces gens nés entre 1961 et 1981, prennent de plus en plus leur place sur le marché du travail. Et ils ont des valeurs bien différentes de celles des baby-boomers : ils aiment davantage la liberté, veulent des horaires flexibles et beaucoup de défis. «On doit leur fournir un milieu stimulant, sans cesse en évolution, dit Serge Reynaud. Ils ont aussi des besoins propres à leur génération : les deux membres du couple travaillent, ils veulent du temps pour s'occuper de leur famille, ils aiment travailler chez eux lorsque ça les arrange, ils ont besoin d'une garderie en milieu de travail, etc.» Ces changements de murs ne sont pas l'apanage de l'entreprise privée uniquement. Dans la fonction publique aussi, on offre la flexibilité des horaires, explique Nicolas Verilli, directeur du recrutement, de la mobilité et des services aux régions au Secrétariat du Conseil du Trésor. «Ils peuvent travailler quatre ou cinq jours par semaine, au choix, mais sont payés pour 32 heures plutôt que 35. Cela leur permet d'accumuler une dizaine de journées de vacances additionnelles par année. Pour une personne qui voudrait prendre quatre ou six semaines de vacances pour réaliser un projet personnel, il y a donc une souplesse intéressante. Ça plaît beaucoup aux jeunes.» Décidément, les départs à la retraite, ça change le monde... |
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