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J'entreprends, tu entreprends, nous prospérons
Rédaction : Kareen Quesada
Coordination : Christine Lanthier
Le Québec est fier de ses Bombardier, Desjardins, Jean Coutu, Cirque du Soleil et autres success stories. Aujourd'hui, on a peine à imaginer que ces moteurs de notre richesse collective ont pris naissance dans la tête de personnes qui ne se destinaient pas forcément au monde des affaires : un mécanicien, un journaliste, un pharmacien, un amuseur de rue (!).
C'est la preuve que l'entrepreneuriat s'apprend, au fil de différentes réalisations, mais aussi par l'intégration de valeurs bien particulières : la créativité, l'autonomie, le sens des responsabilités, le leadership et la solidarité. Voilà ce que prône le Défi de l'entrepreneuriat jeunesse, une stratégie originale du gouvernement québécois mise sur pied avec la collaboration du Fonds Jeunesse Québec. Son objectif : promouvoir la culture entrepreneuriale auprès de la génération montante.
C'est parti!
Le coup d'envoi a été donné en février 2004. Parmi les mesures au programme pour les trois prochaines années, on trouve la conception d'activités pédagogiques axées sur l'entrepreneuriat, la mise en place d'un réseau d'agents de sensibilisation dédiés à l'entrepreneuriat jeunesse ainsi que la promotion de stratégies telles que la gestion de la qualité, le mentorat et le réseautage. Des enseignants, des parents, des élèves, des gens d'affaires, des élus municipaux et une foule d'organismes seront à l'uvre dans tout le Québec pour concrétiser ce vaste projet.
Premier d'une série de trois, ce cahier spécial conçu par Les Éditions Jobboom présente notamment les valeurs entrepreneuriales, telles que vues par le Défi de l'entrepreneuriat jeunesse. Des valeurs que chacun d'entre nous applique au quotidien, peut-être plus souvent qu'on le pense...
Pour en savoir davantage sur le Défi de l'entrepreneuriat jeunesse, visitez le site www.defi.gouv.qc.ca.
Ce publireportage a été réalisé en collaboration avec le Secrétariat à la jeunesse. Le Défi de l'entrepreneuriat jeunesse est rendu possible grâce à la participation du gouvernement du Québec et du Fonds Jeunesse Québec.
L'entrepreneuriat plus accessible qu'on le croit
La capacité d'entreprendre n'est pas exclusive aux gens d'affaires. Chaque jour, chacun de nous entreprend différents projets qu'il tentera de mener à bon port.
Que l'on prépare son premier voyage ou que l'on monte un spectacle amateur, on suit un processus pour se rendre au but. C'est le principe à la base de l'entrepreneuriat. «Tout projet exige de la préparation, de la discipline et un travail d'équipe», explique Martin Bouchard, président de Copernic, une entreprise qui conçoit des logiciels de recherche Internet. «Et plus on entreprend de projets, plus on apprend à se connaître à travers eux.»
Les comportements d'entrepreneur s'observent dans la vie de tous les jours, explique Paul-A. Fortin, directeur général d'Accès Entrepreneur Plus, une entreprise de consultation en entrepreneuriat. «Par exemple, dans une cour d'école, le jeune qui a un comportement proactif, centré sur la résolution de problèmes, a un comportement entrepreneurial.»
«Le jeune qui a un comportement axé sur la résolution de problèmes a un comportement entrepreneurial.»
- Paul-A. Fortin
Cinq valeurs
Il est généralement admis que la culture entrepreneuriale repose sur cinq valeurs que tout le monde met en pratique à divers degrés dans sa vie personnelle : la créativité, le leadership, le sens des responsabilités, l'autonomie et la solidarité. On trouve des idées grâce à la créativité, et c'est le leadership qui nous permet de les communiquer à un groupe. Quand on s'engage à respecter un objectif, on affiche son sens des responsabilités. Et, si on fait preuve d'autonomie quand on décide de son avenir, on est solidaire quand on favorise l'entraide autour de soi. «Ce sont avant tout des valeurs humaines et elles sont toutes liées. Lorsqu'une personne entreprend un projet en considérant chacune de ces cinq valeurs, elle a toutes les chances de réussir», précise Claude Ruel, directeur général du Réseau québécois des écoles micro-entreprises environnementales.
Pour un apprentissage précoce
Il est donc important de développer ces valeurs chez les jeunes. Le Réseau québécois des écoles micro-entreprises environnementales permet aux enfants du primaire d'intégrer les valeurs environnementales et entrepreneuriales. «Dans nos écoles, nous proposons des projets aux jeunes, par exemple une plantation d'arbres, explique Claude Ruel. Par ces projets, les enfants apprennent à se faire confiance, à trouver des solutions à un problème, à avoir du jugement et à être tenaces. C'est ce qui en fait des personnes plus responsables et plus autonomes.» Les parents peuvent aussi mettre leur grain de sel, en confiant de petits projets à leurs enfants. «Par exemple, on peut leur suggérer de faire la liste des mets qu'ils aimeraient manger durant la semaine. Il est important d'écouter leur opinion et de les responsabiliser.»
Pour Martin Bouchard, l'étincelle entrepreneuriale est apparue vers l'âge de 19 ans. «C'est un autre entrepreneur qui m'a dit que j'étais moi-même entrepreneur», dit-il en parlant de son employeur de l'époque, qui avait remarqué son dynamisme alors qu'il travaillait comme consultant en ventes dans une compagnie d'informatique. À 23 ans, il fondait sa propre entreprise de consultation en informatique et, deux ans plus tard, l'idée du fameux logiciel Copernic est née.
Toutes les collectivités ont besoin de tels porteurs de projets pour s'épanouir. Gaston Tremblay, maire de Forestville, en sait quelque chose. Située loin des grands centres, cette municipalité de la Côte-Nord doit assurer elle-même son avenir grâce à des initiatives comme Gyro-Trac, une entreprise de foresterie fondée par des jeunes de l'endroit. «En région, les petites entreprises jouent un rôle crucial, et il en faut plusieurs pour développer l'économie locale, affirme le maire. Une société qui n'a pas d'entrepreneurs est une société appelée à mourir. Il est important d'avoir des entrepreneurs pour assurer la pérennité des communautés.»
L'entrepreneur dans tous ses états
Qu'est-ce qui caractérise l'entrepreneur? On le dit souvent visionnaire, créatif, têtu, audacieux... Il aurait même des atomes crochus avec le décrocheur. Un spécialiste de la question propose quelques pistes pour le reconnaître en soi ou chez les autres.
«L'entrepreneur a une vision et des idées novatrices. Il est capable de repérer une occasion, un créneau de marché qui n'a jamais été exploité. C'est ce qui le distingue des gens d'affaires qui appliquent des modèles existants», avance Louis Jacques Filion, professeur titulaire à HEC Montréal et directeur de la Chaire d'entrepreneuriat Rogers-J.-A.-Bombardier. Quelques exemples d'entrepreneurs types? Bill Gates, qui a lancé Microsoft ou, plus près de nous, Joseph-Armand Bombardier, l'inventeur de la motoneige, et Jean Coutu, fondateur de la chaîne de pharmacies portant son nom.
En plus de jouir d'une imagination fertile, l'entrepreneur est un passionné qui s'intéresse davantage aux défis qu'aux profits. Tenace, il est prêt à lutter pour mener à bien ses projets. C'est aussi un audacieux, mais pas un joueur pour autant : il reste très conservateur dans la prise de risques. «L'entrepreneur observe et écoute. Il sait saisir les occasions d'affaires. En fait, être entrepreneur est une façon de penser. Cela ne s'improvise pas, mais cela s'apprend en suivant des cours, en lisant des livres et en fréquentant d'autres entrepreneurs», ajoute Louis Jacques Filion.
Des entrepreneurs chez les décrocheurs?
On entend souvent dire que l'entrepreneur se sent mal à l'aise sur les bancs de l'école ou sous la supervision d'un patron. Or, ce n'est pas une vérité absolue, selon Louis Jacques Filion. «Auparavant, il y avait peu d'entrepreneurs, et cette affirmation s'appliquait à eux. Aujourd'hui, davantage de personnes se lancent en affaires. Il y a donc une plus grande variété de profils.» Ainsi, on peut trouver des gens qui affichent le profil d'un entrepreneur, mais qui fonctionnent bien comme salariés. «Dans ce contexte, ils se révèlent très performants et font preuve d'un grand leadership.»
Malgré tout, les entrepreneurs et les décrocheurs présentent des points communs. «Il existe un grand potentiel entrepreneurial chez les décrocheurs, car ils ont besoin d'exploiter leur créativité et de mettre les notions en pratique plutôt que de les étudier», explique Louis Jacques Filion. Portés à affirmer leur identité, ils ne sont donc pas toujours à l'aise avec les objectifs qu'impose le milieu scolaire.
«Être entrepreneur est une façon de penser. Cela ne s'improvise pas, mais cela s'apprend.»
- Louis Jacques Filion
Et comment déceler le potentiel entrepreneurial en soi ou chez des proches? «Les individus qui aiment faire les choses différemment et non selon des normes établies ont ce potentiel. Mais quand ils émettent leurs idées, leur entourage peut tenter de les étouffer parce qu'elles sortent des sentiers battus. L'entourage doit apprendre à les encourager, et les entrepreneurs doivent faire preuve de ténacité et croire en leurs idées», conclut Louis Jacques Filion. Un peu comme Joseph-Armand Bombardier qui se promenait en motoneige alors que les gens se moquaient de lui!
Seul ou en groupe?
Les formes d'entrepreneuriat
Il y a deux formes d'entrepreneuriat : l'individuel et le collectif. Le choix de l'une ou de l'autre repose sur des motivations bien différentes, mais les deux ont en commun de chercher à améliorer le monde dans lequel on vit.
L'entrepreneuriat individuel, c'est la volonté d'une personne de se démarquer, d'acquérir plus d'indépendance et de liberté sans qu'intervienne une autorité», explique Régis Labeaume, président-directeur général de la Fondation de l'entrepreneurship. Les individus qui empruntent cette voie cherchent à se réaliser sur les plans personnel, professionnel et financier. «Au début, beaucoup d'entrepreneurs se lancent en affaires par passion et non pour faire de l'argent. Puis, ils se rendent compte que cela peut être payant. Alors, pourquoi ne pas faire d'une pierre deux coups? Les profits n'empêchent pas la passion.»
Il y a 20 ans, les entrepreneurs étaient plus rares, et on les considérait comme des êtres exceptionnels, selon Régis Labeaume. Aujourd'hui, un plus grand nombre de personnes se lancent en affaires. Leur statut est de plus en plus valorisé, et davantage de ressources leur sont accessibles; pensons, par exemple, aux services de démarrage d'entreprises.
La création d'une seule entreprise individuelle peut transformer une communauté. «Par exemple, lorsque la papetière Cascades s'est implantée à Kingsey Falls dans les années 60, elle a apporté de l'emploi, de la richesse, de la dignité et un sentiment d'appartenance à la région. L'impact d'une nouvelle entreprise est plus visible dans une région ou dans un quartier défavorisé, mais en fait, il est important dans tous les milieux», ajoute Régis Labeaume.
Quant à l'entrepreneuriat collectif, il est caractérisé par un groupe d'individus qui décèlent un même besoin et qui choisissent d'unir leurs efforts afin de répondre à ce besoin. Prenons pour exemple des étudiants qui fonderaient une coopérative dans le but d'offrir des fournitures scolaires à prix réduit. À plus grande échelle, le Mouvement Desjardins, avec ses quelque cinq millions d'épargnants, et Agropur, qui regroupe 4 000 producteurs laitiers, sont aussi des coopératives. L'entrepreneuriat collectif inclut également les organismes sans but lucratif, qui oeuvrent notamment dans le secteur de l'économie sociale.
«Dans l'entrepreneuriat collectif, les individus partagent les bénéfices et les risques. Ils ont envie d'entreprendre ensemble et non d'être en concurrence. Ils veulent partager leur leadership, généralement dans le but de créer des retombées sociales et de développer leur milieu», explique Hélène Simard, présidente du Conseil de la coopération du Québec. Le travail d'équipe représente le principal défi de l'entrepreneuriat collectif. «Il faut faire un effort pour garder l'harmonie au sein du groupe, poursuit-elle. Un individu peut changer d'idée comme bon lui semble. Les membres d'un groupe, eux, doivent avoir la volonté de travailler ensemble tout en apprenant à gérer une entreprise.»
Les vitamines de l'économie
La création d'entreprises produit un effet tonique sur l'économie d'une communauté. En plus de réduire la dépendance à l'égard de certaines industries dominantes, elle force les entreprises déjà en place à innover ou à mieux faire, ce qui fouette la productivité et la compétitivité.
L'entrepreneuriat engendre aussi d'importantes répercussions sur le marché du travail. Au Québec, les PME emploient près de 45 % de la main-d'oeuvre. Celles qui comptent 100 employés et moins ont créé plus de 90 % des nouveaux emplois en 2002. Les nouvelles entreprises (en activité depuis moins de 42 mois) ont généré à elles seules 5 % des nouveaux emplois, toutes catégories confondues, selon des estimations pour 2003.
Source : Défi de l'entrepreneuriat jeunesse. Plan d'action triennal 2004-2005-2006.
L'entrepreneuriat en cinq valeurs
La créativité, l'autonomie, le sens des responsabilités, le leadership et la solidarité sont des valeurs que tout le monde a déjà appliquées au quotidien. Voyons comment l'entrepreneur s'en sert pour mener à bien ses projets, qu'ils soient modestes ou gigantesques.
1. La créativité
Le pouvoir insoupçonné des idées
Il nous arrive tous d'avoir des idées géniales. Puis on se dit : ça doit déjà exister, ça ne se peut pas... Plusieurs bonnes idées meurent ainsi dans l'oeuf. «Les gens ne se voient pas comme étant créatifs. Souvent, ils associent créativité à création artistique, explique Micheline Locas, présidente-directrice générale de l'Association des clubs d'entrepreneurs étudiants du Québec. En fait, tout le monde est créatif, mais tout le monde ne sait pas comment exploiter sa créativité. Il suffit pourtant de se faire confiance, et alors, on peut soulever des montagnes!»
Martin Bouchard, président de Copernic, a créé de toutes pièces un produit qui n'existait pas. Alors qu'il naviguait dans Internet et qu'il éprouvait de la difficulté à trouver rapidement une information, il a imaginé un logiciel pouvant livrer les résultats d'une requête à partir de plusieurs moteurs de recherche. «Je rêvais que ce logiciel était utilisé par un million de personnes. J'avais l'intuition que cela pouvait fonctionner. En fait, à cause de ma passion un peu folle ou de ma naïveté, j'en étais convaincu. Mais il y a eu beaucoup de doute de la part de mon entourage.»
Laisser libre cours aux idées
«Un des pires ennemis de la créativité est la pression négative de l'entourage face aux idées nouvelles», indique Camille Carrier, professeure titulaire au Département des sciences de la gestion à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Pour être créatif, il faut plutôt se laisser rêver, jouer avec une idée, la tourner dans tous les sens, précise-t-elle. Pour croire en son idée et en mesurer le potentiel, on a tout avantage à côtoyer d'autres entrepreneurs et à consulter des organismes d'aide au démarrage d'entreprises. Le Concours québécois en entrepreneurship, par exemple, encourage les jeunes de tous les niveaux scolaires qui s'engagent dans un projet à caractère entrepreneurial, de même que les adultes qui souhaitent fonder leur entreprise.
Huit ans après avoir eu son éclair de génie, Martin Bouchard voit aujourd'hui son rêve dépasser ses plus folles aspirations : ce n'est pas un, mais 30 millions d'internautes qui ont recours aux différents produits de Copernic.
2. L'autonomie
Choisir la liberté... et bien s'entourer
«Pour un entrepreneur, l'autonomie, c'est créer son propre emploi et être indépendant, tant sur le plan professionnel que financier», résume Vincent Lecorne, directeur des opérations au Service d'aide aux jeunes entrepreneurs (SAJE) Montréal Métro.
Yanik Falardeau fait partie de ces gens qui ont pris leur destinée en main. Elle était chargée de projet pour une entreprise de multimédia quand elle a décidé de se lancer en affaires, en juillet 2002. Aujourd'hui présidente de sa propre entreprise spécialisée en conception de sites Internet, Avoxtar, elle dit avoir agi par besoin de liberté. «Je consacrais beaucoup de temps à mon emploi et j'avais envie d'avoir une belle qualité de vie. Alors, tant qu'à travailler si fort, j'ai choisi de le faire pour moi. Aujourd'hui, je planifie mon horaire, je sélectionne des clients avec lesquels j'ai envie de travailler et qui partagent les mêmes valeurs que moi.»
Mais être autonome ne veut pas dire agir seul, souligne Yanik Falardeau. «Je ne pourrais faire fonctionner mon entreprise sans mes partenaires, mes fournisseurs et mes clients.»
Comprendre les enjeux
En effet, l'entrepreneur ne peut pas tout faire ni tout savoir, souligne Vincent Lecorne. «On ne peut demander à un entrepreneur d'être comptable, mais il doit posséder un minimum de notions pour discuter avec son comptable ou son gérant de banque. En fait, il doit comprendre les différents aspects de son entreprise et savoir faire des choix.» Heureusement, cette compréhension globale s'acquiert. Au SAJE Montréal Métro, on donne aux entrepreneurs les outils dont ils ont besoin pour bien manoeuvrer. «Par exemple, nous les conseillons pour qu'ils puissent établir leur plan d'affaires, mais nous ne le faisons pas à leur place!»
Jacques Dechênes, président du conseil d'administration du Groupe Deschênes, comprend bien ce que cet apprentissage veut dire. Quand son fils, Martin Deschênes, lui a succédé à la présidence de l'entreprise qui distribue des matériaux de plomberie et de chauffage, tous deux ont convenu que Martin aurait son propre conseiller. «Dans une entreprise, on est constamment dans l'action. Avec son conseiller, Martin prend le temps de réflexion nécessaire pour préparer ses projets. Et lorsqu'il les soumet au conseil, ils sont plus complets, et cela lui procure une plus grande confiance en lui-même.»
3. Le sens des responsabilités
Engagez-vous, qu'ils disaient
Prendre des responsabilités, c'est s'engager, se commettre. C'est mettre sa parole et son intégrité en jeu. «Lorsqu'un enfant acquiert le sens des responsabilités, il devient un être humain plus équilibré. Cela lui permet d'être partenaire des gens qui l'entourent et de son milieu et ainsi d'obtenir la confiance des autres», explique Rino Lévesque, directeur de l'École Coeur-Vaillant. Cet établissement primaire public a notamment pour vocation de développer des compétences en entrepreneuriat chez les enfants.
L'entrepreneur a souvent été perçu comme dominant, arrogant et mercantile. Mais à l'École Coeur-Vaillant, c'est une tout autre vision que l'on veut transmettre. «Pour nous, l'entrepreneur est un être humain qui choisit d'assumer son épanouissement et d'innover, afin de contribuer au développement de la société. Il est donc responsable de lui-même, mais aussi de diagnostiquer des problèmes et d'y apporter des solutions novatrices.» Selon le directeur, développer des projets en ayant à l'esprit de ne pas appauvrir le voisin amène l'entrepreneur à être encore plus responsable dans ses engagements et ses objectifs. À terme, cette attitude ne peut que lui valoir une réputation enviable, fondée sur l'éthique, le respect et la confiance, un facteur déterminant dans la réussite.
Gravir les échelons
Jacques Deschênes a récemment vu son fils Martin prendre les rênes de l'entreprise familiale à titre de président et chef de la direction. Ayant lui-même repris le flambeau de son père, il est bien placé pour savoir que le sens des responsabilités ne se transmet pas par l'hérédité, mais qu'il se développe chez l'enfant. «Plus jeune, Martin a participé à plusieurs activités - il a notamment été moniteur de ski - et a pu acquérir son sens des responsabilités par lui-même. Lorsqu'il a fait son entrée dans l'entreprise, il a gravi les échelons sans que j'intervienne, car il avait les compétences requises.»
Mais lorsque son fils a été nommé président par le conseil d'administration, Jacques Deschênes, en bon parent, a eu un réflexe protecteur. «J'aurais personnellement voulu qu'il acquière un peu plus d'expérience. Je craignais que cela soit une trop grande responsabilité pour lui. Mais finalement, mes inquiétudes n'étaient pas fondées, et je suis très fier de mon fils.»
4. Le leadership
Les meneurs font le bonheur
Intuitif et imaginatif, le leader se distingue par sa vision et ses projets stimulants, si bien que les autres ont spontanément envie de le suivre. «Les leaders vont s'imposer par leur passion, leurs compétences ou leurs connaissances», précise Micheline Locas, présidente-directrice générale de l'Association des clubs d'entrepreneurs étudiants du Québec.
Un bon leader est capable de tirer le meilleur des gens qui l'entourent, en travaillant avec les forces et les faiblesses de chacun. Il ne cherche pas à écraser les autres, mais plutôt à partager sa vision et son enthousiasme avec le groupe. Devant un problème, il voit des solutions là où d'autres voient des contraintes, et on le perçoit comme quelqu'un pouvant influencer le cours
des événements.
«Le leader doit cependant éviter de tomber dans certains pièges», prévient Pierre-Paul Gingras, consultant en gestion et en formation chez RCMG et Associés et mentor bénévole à la Fondation de l'entrepreneurship. Des exemples? «Abuser de son pouvoir par caprice personnel, s'abstenir d'intervenir dans des situations délicates par manque d'initiative, refuser de partager le pouvoir ou encore devenir leader pour l'image et l'argent.»
Leader, moi?
Comment savoir si l'on a du leadership? Il suffit de se demander si l'on influence les autres. Par exemple, quand on organise un événement, les gens répondent-ils à notre invitation? «Sinon, je peux me demander si ce sont les idées que je propose ou la façon dont je les avance qui pose problème», indique Pierre-Paul Gingras.
On ne naît pas tous leaders, mais on peut apprendre à le devenir. S'engager dans des projets ou des activités est une bonne façon d'y arriver, comme en témoigne Andrée-Anne Lemelin. Enseignante de musique, elle a perdu son emploi quand l'établissement où elle travaillait a fermé ses portes. Qu'à cela ne tienne, elle lance sa propre école, et ses collègues décident de la suivre. «J'ignorais si je possédais les aptitudes, mais je n'avais pas peur de foncer dans l'inconnu. C'était même plutôt stimulant», raconte celle qui est aujourd'hui présidente et directrice de Maestro Musique. «L'entreprise a connu plusieurs transitions à travers lesquelles j'ai appris à développer mon leadership. Tant que l'on n'a pas vécu une situation difficile, on ne peut en prédire le déroulement.» Avoir un mentor aide à traverser les épreuves et à s'affirmer comme leader, conclut-elle.
5. La solidarité
Tous pour un, un pour tous
La solidarité, c'est l'entraide, l'esprit d'équipe et le sentiment d'appartenance qui nous lient à ceux qui nous entourent : famille, amis, collègues ou concitoyens... «Être solidaire, c'est sentir que si quelqu'un a un problème, on peut l'aider et que si l'on a soi-même un problème, d'autres peuvent nous aider», résume Lucie Villeneuve, coordonnatrice du Réseau québécois du crédit communautaire. Ce regroupement accorde du crédit aux personnes désireuses de lancer une entreprise, mais qui n'ont pas accès au crédit traditionnel. Les investisseurs y sont variés : communautés religieuses, syndicats, institutions financières, entrepreneurs, individus... La solidarité peut prendre plusieurs formes dans le monde des affaires, poursuit Mme Villeneuve. «On n'a qu'à penser au mentorat ou aux réseaux d'affaires.»
Nul n'est une île
«Au Québec, on a beaucoup valorisé l'esprit de combativité de l'entrepreneuriat, mais on n'a pas assez insisté sur la solidarité, estime Jacques Fiset, directeur général du Centre local de développement de Québec. Pourtant, on ne peut développer une entreprise en vase clos, sans solidarité. Un entrepreneur est solidaire de ses investisseurs, de son comptable, de son personnel, des fournisseurs et des autres entreprises. Par exemple, un commerce de détail sur une grande artère est solidaire des autres commerces, car leurs clients vont devenir ses propres clients.»
La formule coopérative s'appuie principalement sur la solidarité, souligne Isabel Faubert Mailloux, responsable des communications au Regroupement québécois pour la coopération du travail. «Une coopérative de travail* est un projet d'affaires géré par un groupe, où sont présents l'esprit d'équipe et le sentiment d'appartenance à l'organisation. Cette solidarité permet de contrer les coups durs en groupe, par exemple en modifiant le fonctionnement de l'entreprise avant même de penser à couper des postes.»
Dans notre société individualiste, est-il facile d'être solidaire? Pour Isabel Faubert Mailloux, il faut savoir penser autrement. Les membres d'une coopérative de travail, par exemple, voient dans leur entreprise plus qu'un gagne-pain. Ils y voient un milieu de vie. «C'est difficile d'être solidaire, mais lorsque les individus le sont, l'organisation est plus forte.»
* Il existe différents types de coopératives : de travail, de consommateurs, de producteurs, de solidarité. La coopérative de travail est celle qui vise la mise sur pied d'un projet d'affaires dans le but précis de créer des emplois.
Qui ne risque rien n'a rien
On n'entreprend rien dans la vie sans être confronté au risque de l'échec. Faut-il le craindre? Peut-on le déjouer? Comment gérer la peur de tout rater? Des experts se prononcent.
La gestion du risque, Maxime Jean connaît. En 2002, il traversait l'océan Atlantique en voilier. En 2004, membre d'une expédition québécoise, il entreprenait d'escalader le mont Everest. Ce dernier périple lui a demandé deux années de préparation. «C'était une entreprise en soi. Il fallait boucler les budgets, chercher des commanditaires, préparer le matériel, faire une première reconnaissance des lieux.» Malgré le risque de l'échec, auquel s'ajoutait celui de perdre la vie, Maxime Jean a continué à croire en son projet et à se dire que tout allait fonctionner. «S'il y avait des embûches, il fallait trouver des solutions. Trois mois avant notre départ, un de nos commanditaires a fait faillite. Il a fallu en trouver un autre», raconte-t-il.
Croire en ses capacités
Tout le monde ne prend pas des risques aussi élevés que l'a fait Maxime Jean. Mais si le risque fait partie de tout projet d'entreprise, comment arrive-t-on à mieux le tolérer? «Il faut mesurer le risque et non le craindre. Lorsqu'on entreprend quelque chose, le premier risque que l'on court est celui de réussir, lance Claude Ruel, directeur général du Réseau québécois des écoles micro-entreprises environnementales. Avoir confiance en soi, savoir que l'on est capable est primordial quand on entreprend un projet.»
Pour Paul-A. Fortin, directeur général d'Accès Entrepreneur Plus, une entreprise de consultation en entrepreneuriat, le profit est le salaire du risque. «Une entreprise qui ne prend pas de risque ne peut se développer. Et, selon moi, une réussite n'a pas le même goût si le chemin pour y arriver a été sans risque.» Or, la gestion du risque s'apprend, soutient-il. «Il faut apprivoiser le risque en y allant étape par étape, en commençant par un petit projet. Il faut valoriser le petit succès et dédramatiser le petit échec. Si la peur de l'échec est trop grande, elle en devient paralysante.»
La peur, frein ou moteur?
En effet, certaines personnes semblent craindre l'échec au point de ne pouvoir prendre de décision. «Les gens ont développé des peurs à cause de remarques négatives de leur entourage. Inconsciemment, ils retiennent ces commentaires, affirme Claude Ruel. Et plus ils ont peur, plus ils perdent leurs moyens. L'inconnu semble être une des principales choses qui freinent les gens.»
Maxime Jean établit un constat semblable. «La plupart des gens ne prennent pas de risques dans leur vie. Ils ont peur du changement. D'autres craignent le succès. Une fois qu'ils ont réussi à atteindre leur objectif, ils trouvent cela trop gros, car ils ne pensaient pas qu'ils pouvaient être projetés aussi loin.» S'entourer de personnes qui vont nous conseiller et nous appuyer peut aider à vaincre ses peurs, à se lancer et à persévérer, croit Claude Ruel. «Les jeunes qui ont un parent entrepreneur bénéficient d'un modèle positif. En voyant leur
parent avancer et prendre des risques, ils seront plus enclins à relever des défis.»
Cela dit, certaines personnes se servent de leurs craintes comme d'un moteur, ajoute-t-il. «La présence du risque est alors vue comme une occasion de se démarquer et d'aller à la limite de ses possibilités. Il faut savoir repousser ses limites, car elles sont avant tout psychologiques.»
Maxime Jean a finalement atteint le sommet de l'Everest le 16 mai 2004, à 8 h 29, au bout de deux mois d'expédition. «La différence entre le succès et l'échec, c'est la préparation, autant sur le plan physique que logistique, croit-il. Cela s'applique à l'entrepreneur, car il doit bien planifier le démarrage de son entreprise, notamment avec un plan d'affaires. En fait, lorsqu'on entreprend un projet, il faut avoir une certaine connaissance du secteur dans lequel on se lance et combler ses lacunes, par exemple avec l'aide d'un mentor. Il ne faut pas craindre le risque, mais savoir le respecter. Se croire au-dessus de tout, ça c'est dangereux», conclut l'aventurier.
Un rêve pour bien des jeunes
L'idée de devenir entrepreneur semble plaire aux jeunes Québécois. En effet, 97,1 % des 18-24 ans et 91,1 % des 25-34 ans considèrent l'entrepreneuriat comme une démarche respectée dans la société. De plus, 40 % des 18-24 ans et 52,7 % des 25-34 ans estiment posséder les compétences pour lancer une entreprise, tandis que 64 % des élèves du secondaire et du collégial auraient l'intention de fonder une entreprise un jour.
Toutefois, rares sont ceux qui font le saut. À titre d'exemple, à l'Université Laval en 2002, 32,5 % des étudiants avaient songé à lancer leur entreprise ou à travailler à leur compte, mais seulement 3,2 % y travaillaient activement. En fait, l'entrepreneuriat québécois est fortement lié au marché de l'emploi : plus il y a d'emplois disponibles, moins il se crée de nouvelles entreprises. Et lorsque le marché de l'emploi décline, les gens, par nécessité, ont tendance à créer des entreprises. Dans le contexte de pénurie de main-d'oeuvre annoncée pour les années à venir, ce trait de culture menace l'essor de l'entrepreneuriat québécois, avec toutes les conséquences que cela suppose sur le plan économique. D'où l'importance de travailler au développement de la culture entrepreneuriale chez les jeunes.
Source : Défi de l'entrepreneuriat jeunesse. Plan d'action triennal 2004-2005-2006.
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