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Inde
La machine à fabriquer des cerveaux

par Nathalie Lemieux

Avec son milliard d'habitants, l'Inde produit à elle seule près de 290 000 nouveaux ingénieurs chaque année. Dans des villes comme Bangalore ou Hyderabad, ces professionnels sont plus nombreux que dans la Silicon Valley californienne!

L'Inde produit beaucoup d'ingénieurs compétents et très dévoués», lance Eileen Murphy, porte-parole du Groupe CGI. Cette firme montréalaise de services-conseils en technologie de l'information compte plus de 25 000 employés dans le monde, et ses clients viennent de partout. Depuis 2001, elle a pignon sur rue à Bangalore, dans le sud de l'Inde. Environ 650 employés indiens y travaillent, bientôt 1 000 «à la demande de nos clients américains», dit Eileen Murphy, ajoutant que l'entreprise vient aussi de s'installer à Bombay.

Le Groupe CGI reste un minuscule joueur dans le paysage «high-tech» de Bangalore. Avec plus de 75 sociétés de services informatiques, sans compter les multinationales comme Google, Texas Instruments, IBM, Microsoft ou General Electric, qui y emploient des milliers d'ingénieurs qualifiés à moindre coût, cette ville de six millions d'habitants est aujourd'hui une capitale mondiale de l'électronique : la Silicon Valley indienne.

Professeur et chercheur en sciences informatiques à l'Université McGill, Kaleem Siddiqi a grandi à Bangalore. Une ville ancienne et cosmopolite où abondent les palais, la culture, la vie, raconte-t-il. Pourtant, la plus grande richesse y côtoie l'extrême pauvreté. Près de 350 000 personnes vivent dans les bidonvilles ou dans des abris temporaires, selon les statistiques du gouvernement indien. «Les gens se rendent compte qu'ils doivent se former pour réussir, qu'ils doivent travailler avec leur cerveau pour sortir de la pauvreté», analyse cet ingénieur spécialisé dans le développement de nouvelles approches visuelles en intelligence artificielle.

Pas étonnant que plusieurs Indiens se lancent dans l'aventure de la science. D'autant que les écoles, connectées sur des réseaux mondiaux de chercheurs, forment des scientifiques très qualifiés. «Bangalore a d'excellentes écoles, comme l'Indian Institute of Science. À lui seul, cet institut rayonne plus internationalement que la plupart des universités québécoises. En plus, les chercheurs entretiennent des liens étroits avec l'industrie, et plusieurs diplômés lancent leur propre entreprise de consultants.»

Autre facteur du succès des ingénieurs indiens : un système d'éducation très sélectif, calqué sur le modèle britannique. Bien avant de faire leur entrée à l'université, les élèves d'un niveau équivalent au secondaire doivent réussir des examens qui pourraient se comparer au baccalauréat international. «C'est beaucoup plus difficile de réussir en Inde que dans la plupart des écoles publiques en Amérique du Nord!» compare Kaleem Siddiqi, qui a étudié dans une université américaine. Malgré tout, l'éducation est souvent un privilège pour ceux qui n'ont pas les moyens de faire des études supérieures, selon lui.

Victime de son succès?
Aujourd'hui, la réputation des cerveaux indiens n'est plus à faire. Ils contribuent d'ailleurs à l'essor du pays : depuis 1990, l'économie enregistre un taux de croissance annuel d'environ 6 %, selon des données économiques récentes de la CIA. Un véritable boum attribuable à la présence des multinationales et à la sous-traitance. Les exportations de logiciels et de services informatiques ont rapporté à elles seules 12,5 milliards de dollars américains, soit près du quart de toutes les exportations indiennes.

Bombardier Transport est une autre des entreprises qui sollicitent les services informatiques indiens. En 2003, le géant québécois signait un contrat de sous-traitance d'une durée de quatre ans avec Infotech, une firme d'ingénierie située à Hyderabad. «Ça nous permet de travailler 24 heures sur 24, explique la porte-parole de l'entreprise québécoise, Lydia Dufresne. Ça nous ouvre un fuseau horaire additionnel, donc les activités qui ne sont pas de premier plan peuvent être faites en Inde durant la nuit d'Amérique du Nord et d'Europe.»

Bien sûr, les ingénieurs et les informaticiens indiens gagnent bien moins cher que leurs pairs occidentaux. Pour cette raison, la tendance à l'impartition de services en génie informatique et en programmation vers l'Inde ne semble pas sur le point de fléchir. «Plusieurs ingénieurs indiens rêvent de travailler pour des multinationales, dit Kaleem Siddiqi. Même si leur salaire est très bas à l'échelle internationale, localement, sa valeur est très élevée.»

Le succès de son ingénierie est tel que l'Inde représente une menace réelle pour les entreprises américaines spécialisées en technologies de l'information. Mais cela ne serait pas encore le cas au Québec, royaume de la PME, s'accordent pour dire plusieurs spécialistes québécois des technologies de l'information et de la communication. «La majorité des PME qui évoluent dans notre petit marché ne feraient pas d'économies d'échelle et s'éloigneraient des besoins de leurs clients en faisant de la sous-traitance en Inde», soutient Christian Perron, analyste à la Société de développement économique Ville-Marie, un organisme montréalais d'aide à l'entrepreneuriat.

C'est peut-être l'Inde elle-même qui serait victime de son succès, croit Kaleem Siddiqi. Le chercheur voit dans la présence croissante de multinationales une menace à l'essor d'une industrie indienne novatrice. «Au Québec, par exemple, il y a de l'initiative. Les entreprises ne dépendent pas seulement des grosses compagnies américaines, mais développent leur propre technologie. En Inde, malgré des efforts couronnés de succès, les entrepreneurs locaux ne peuvent tout simplement pas concurrencer les salaires des multinationales.»

Le chercheur s'inspirera peut-être de son aventure québécoise pour retourner dans son coin de pays, où il se rend chaque année. «J'ai au moins 20 collègues scientifiques qui sont retournés à Bangalore après un long séjour en Amérique... et ils ont tous eu beaucoup de succès, notamment comme consultants!» Peut-être qu'après tout le nirvana est là-bas.


Afrique du sud
Pas de sida dans ma maison

Une aide familiale congédiée parce qu'elle était séropositive s'est récemment entendue à l'amiable avec ses ex-employeurs, des parents qui avaient retenu ses services pour s'occuper de leur bébé ainsi que des tâches ménagères. L'histoire ne dit pas combien d'argent elle a touché, mais cette cause portée devant le tribunal du travail a mis en lumière un article de loi stipulant que la séropositivité ne peut être retenue contre un employé lorsqu'il ne remplit pas de fonctions en rapport avec son état de santé. En Afrique du Sud, un pays ravagé par l'épidémie de sida, cette affaire montre aussi la frontière controversée entre la discrimination envers les employés de maison, un secteur aussi peu réglementé qu'au Québec, et la prévention contre le risque de transmission.
(Source : Courrier international, 22 juillet 2004.)


Allemagne
Mort aux 35 heures?

Signe des temps ou symbole de la déconfiture des syndicats? Alors qu'elles avaient adopté l'horaire de 35 heures au cours des dernières années, un nombre croissant d'entreprises allemandes poussent leurs salariés à travailler davantage. Depuis le 1er mars, une quarantaine d'entreprises du secteur de la métallurgie ont conclu des accords d'allongement du temps de travail avec les syndicats, tandis qu'une centaine d'autres, tous secteurs confondus, négocient pour rétablir la semaine de 40 heures. En juillet, le géant allemand de l'ingénierie électrique et de l'électronique, Siemens, s'est d'ailleurs entendu avec le syndicat pour abolir la semaine de 35 heures dans deux usines. Cet accord arraché par l'un des grands employeurs du pays ouvre la voie à l'abolition des 35 heures un peu partout au pays.
(Source : Courrier international, 15 juillet 2004.)


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