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[Carrière]
L'humeur au travail
Gérer son bougon
par Steve Proulx
Il y a de ces matins où l'humeur fait la gueule. On broie du noir, même après avoir pris son Nescafé! Mais dans le monde du travail actuel, il faut demeurer productif, créatif, performant, et ce, malgré les aléas de la vie. Comment laisser sa mauvaise humeur à la maison? Gros contrat.
Une engueulade avec sa blonde. Des dettes qui s'accumulent. La musique du voisin qui hérisse le poil des bras. Un appel impromptu du ministère du Revenu. Un ami avec qui ça tourne au vinaigre. Rien à faire, les tracas de notre vie personnelle entrent au bureau en même temps que nous.
Psychologue au Service d'orientation et de consultation psychologique de l'Université de Montréal, Pascale Poudrette estime qu'il est impossible de se couper complètement des émotions qui nous habitent afin de demeurer productif au travail. «Lorsqu'on a de la peine ou qu'on n'a pas dormi de la nuit, dit-elle, ça paraîtra le lendemain au bureau. Il est impossible d'avoir une performance égale en tout temps. Parfois, il faut se donner le droit d'être moins productif.»
Même les saisons influenceraient nos états d'âme! «Au printemps, on est généralement plus énergique et de bonne humeur, explique le Dr Brian Bexton, président de l'Association des médecins psychiatres du Québec. Mais lorsque arrive la fin de l'automne, on est moins stimulé à cause du froid et de la diminution de l'ensoleillement. Environ la moitié de la population est sensible à ces changements et entre 3 % et 5 % des gens vivront un épisode de dépression important qui affectera leur fonctionnement.»
L'humeur négative peut provoquer des tiraillements avec collègues ou patrons, des pannes d'inspiration ou une baisse de la productivité. En fait, pas un travailleur ne réagira de la même façon aux désagréments du quotidien, estime la psychologue montréalaise Denise Choquette. «Parfois, certains sont tellement coupés de leurs émotions qu'ils ne ressentent plus rien. D'autres vont plutôt réagir de façon dramatique et faire une scène au moindre petit inconvénient.»
L'humeur au vestiaire?
Malheureusement, les milieux de travail sont souvent très peu permissifs en ce qui concerne le blues du travailleur. Même dans les cas de souffrance extrême, comme un deuil, si les collègues et patrons se montrent empathiques, le rappel à la productivité n'est jamais bien loin. «On va nous dire : "Je suis désolé pour toi, mais j'ai quand même besoin de mon rapport demain matin", poursuit Pascale Poudrette. On ne peut pas vivre un deuil et être aussi performant. Ça n'a aucun sens.»
Si les milieux de travail laissent aussi peu de place aux émotions en apparence légitimes, qu'en est-il de ces petits matins grincheux? Faut-il afficher ses nuages noirs ou plutôt tenter de tout camoufler? Pascale Poudrette suggère de se confier à d'autres afin de s'aérer l'esprit et d'éviter que nos montées d'adrénaline n'enveniment les relations avec les collègues et patrons. «Il faut parler de ses émotions, mais pas nécessairement dans le cadre du travail, dit-elle. Ça peut être pendant les pauses ou à l'heure du dîner, par exemple.»
Denise Choquette note qu'il est important de bien choisir ses confidents. «Il faut s'adresser à quelqu'un qui nous écoutera de manière empathique. Mais avant de se confier, il vaut mieux préciser ce que l'on attend de la personne : recevoir des conseils ou être seulement écouté dans le but de se défouler.»
Quant à l'humeur à rebrousse-poil qui surgit dans le cadre du travail, la psychologue suggère de l'exprimer seulement si on a des chances d'être entendu de manière utile. «Si on est en beau fusil contre le président de la compagnie, on n'est peut-être pas dans une bonne position pour le confronter. Mais si on prend conscience que la cause de notre mauvaise humeur provient d'une collègue qui parle trop fort, il peut être à-propos d'avoir une petite conférence au sommet avec elle. Si les gens ne s'expriment pas, ça peut être encore plus dommageable pour eux.» Cela dit, la politesse et le civisme demeurent de mise. On ne gagne jamais rien à sortir de ses gonds, ajoute-t-elle.
Prévenir les montagnes russes
Les émotions négatives ne tombent pas du ciel, souligne Denise Choquette. Comme des petits signaux d'alarme, celles-ci nous renseignent sur nos besoins... et devraient nous inciter à faire le point. «L'intensité de l'émotion que l'on éprouve est liée à l'importance du besoin», précise-t-elle. Autrement dit, plus on est triste, plus le vide qui affecte notre vie risque d'être grand.
La clé, selon elle? Identifier correctement son émotion et le besoin qui y est lié. Ainsi, l'anxiété peut signifier que l'on a l'impression qu'un danger nous guette, alors que des colères fréquentes peuvent indiquer une insatisfaction dans notre vie personnelle. Pour le découvrir, il faut prendre rendez-vous avec soi-même et se questionner.
Se réserver des moments de détachement afin de se sortir de ses préoccupations est aussi une bonne chose à faire, selon les spécialistes. «Il est important d'avoir de bons exutoires, ajoute Denise Choquette. Si l'on vit beaucoup de frustration, on pourrait pratiquer un sport qui nous permette de nous défouler, comme le tennis ou le racquetball. Si l'on vit plutôt un sentiment de perte ou de tristesse, on pourrait penser à un sport plus apaisant tel que la natation.»
Et s'il le faut, considérez aussi la boxe...
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