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[Formation | Emploi]
Dans les coulisses de l'industrie pharmaceutique
Carrières mystères
par Steve Proulx
Parmi les 13 200 spécialistes qui déambulent dans les locaux des entreprises pharmaceutiques, plusieurs exercent des professions dont on ne soupçonne pas même l'existence. Qui sont ces drôles d'animaux?
Évidemment, ça fourmille de blouses blanches dans les entreprises pharmaceutiques! Il y a ceux qui inventent de nouveaux médicaments, qui les éprouvent et qui les fabriquent. En parallèle se trouvent aussi des spécialistes qui s'occupent tantôt des aspects réglementaires liés à la production de médicaments, tantôt de la vente ou du marketing.
Or, les travailleurs de l'industrie pharmaceutique occupent le plus souvent des postes aussi indispensables que peu connus. «De façon générale, les occupations dans l'industrie pharmaceutique ne sont pas très bien connues de la population, dit Diane Poupart, chargée de projet au Comité sectoriel de main-d'oeuvre de l'industrie des produits pharmaceutiques et biotechnologiques (Pharmabio Développement). Ce sont des occupations souvent très spécifiques au secteur.» Voici quelques professions aussi mal connues que passionnantes, et quelques tuyaux pour y accéder.
Bio-informaticien
Numériser la vie
Le bio-informaticien développe et améliore les logiciels qui servent à stocker, classifier ou analyser les tonnes de données utilisées par les chercheurs. À l'heure actuelle, le grand projet de la bio-informatique est la création d'outils informatiques qui serviront à l'analyse des quelque 30 000 gènes identifiés du corps humain. «Il faut découvrir les fonctions des gènes, dit Sylvain Foisy, gestionnaire de projet au Réseau québécois de bio-informatique. Si on faisait une analogie avec un dictionnaire, on pourrait dire que la génomique (identification des gènes) est l'exercice qui consiste à trouver tous les mots du dictionnaire. Actuellement, il faut écrire une description pour chacun d'eux!»
Le bio-informaticien possède idéalement un diplôme d'études supérieures (baccalauréat, maîtrise ou doctorat) en bio-informatique. Mais pour être
accepté dans ces programmes, il faut au minimum posséder un baccalauréat ou une maîtrise en biologie, en biochimie, en informatique, en mathématiques ou en statistique.
Spécialiste des affaires réglementaires
C'est légal!
Au moment de créer un médicament, il faut veiller à ce que celui-ci respecte les réglementations gouvernementales en vigueur. Bienvenue dans l'univers du spécialiste des affaires réglementaires! «Pour ces postes-là, les entreprises ont des difficultés de recrutement. Comme les réglementations sont de plus en plus complexes, il faut de plus en plus de connaissances multiples pour effectuer le travail», explique Diane Poupart.
«L'étendue du travail peut varier d'une compagnie à l'autre, illustre Hélène Landriault, chef des affaires réglementaires chez Merck Frosst Canada. Chez nous, puisque notre siège social est situé aux États-Unis, on ne fait affaire qu'avec les agences canadiennes (Santé Canada) pour l'approbation des nouveaux médicaments. Par contre, dans une petite compagnie dont le siège social est au Canada, on peut avoir affaire avec des agences internationales.»
Plusieurs profils peuvent mener à une carrière dans ce domaine. Par exemple, Hélène Landriault est pharmacienne, mais on trouve aussi des gens spécialisés en sciences, en pharmacologie ou en chimie.
Technicien en validation
La police des médicaments
Lors de la fabrication d'un médicament, il n'y a pas de place pour l'improvisation : l'enjeu est trop grand. Voilà pourquoi les techniciens en validation, des professionnels rattachés aux experts de l'assurance qualité, s'assurent que les médicaments sont créés selon une norme de l'industrie : les Bonnes Normes de Fabrication (ou Good Manufacturing Practice). «Il s'agit, en quelque sorte, des policiers de la compagnie, dit Martin Groleau, consultant en recrutement dans l'industrie pharmaceutique. Les techniciens en validation s'assurent que les appareils (instruments, machines), les procédures (quantités, innocuité des produits) et les installations (chauffage, ventilation) de l'entreprise sont conformes aux normes.»
Les techniciens en validation ont souvent une formation en génie. La formation continue du Collège Gérald-Godin propose toutefois, pour la première fois cet automne, une attestation d'études collégiales (AEC) en conduite de la validation pharmaceutique qui permet aux diplômés en sciences de se spécialiser dans ce domaine.
Pharmacocinéticien
Suivez la posologie
Pharmaco-quoi? S'il existe une posologie pour chaque médicament, c'est surtout grâce au travail des pharmacocinéticiens, des spécialistes qui étudient les effets des médicaments dans l'organisme. «À la base, ce sont des scientifiques qui analysent des données de concentration de médicaments dans un liquide biologique (comme le sang) pour déterminer comment ils sont absorbés, distribués et éliminés par l'organisme», explique Mario Tanguay, directeur principal, affaires scientifiques et réglementaires chez SFBC Anapharm, un laboratoire de recherche clinique situé à Montréal.
Puisqu'il n'existe pas de programme d'études précis dans ce domaine, les entreprises exigent souvent un baccalauréat en sciences de la santé. «Étant donné qu'il n'y a pas vraiment de spécialistes, nous formons beaucoup de gens à l'interne», poursuit Mario Tanguay.
Agent de brevets
Les idées sous bonne garde
Lorsque les entreprises pharmaceutiques mettent au point un nouveau médicament, c'est souvent après plusieurs années de recherche et au terme d'investissements se chiffrant en millions de dollars. Or, afin d'assurer à l'entreprise l'exclusivité de l'utilisation et de la mise en marché du médicament, il faut le breveter. L'agent de brevets rencontre l'équipe de chercheurs responsable de l'invention, rédige tous les formulaires de demande de brevets et les dépose auprès de l'Office des brevets. «Nous nous prononçons afin de déterminer si une invention est brevetable ou non», explique Zhen Wong, agente de brevets pour la firme montréalaise Robic.
Une formation (au minimum un baccalauréat) en chimie, en biologie, en biochimie ou en microbiologie est donc nécessaire. «L'important est de posséder une bonne connaissance en sciences pour être capable de faire affaire avec des chercheurs», estime Zhen Wong. Enfin, passer un examen menant à une certification d'agent de brevets est obligatoire.
Biostatisticien
Compilateur de données
Le rôle du biostatisticien est capital au sein d'une entreprise pharmaceutique, puisque c'est lui qui fournit les données qui aideront à développer des médicaments qui répondront le mieux aux besoins de la population. «Lorsqu'on fait une étude clinique, par exemple, le biostatisticien récoltera des données biologiques à la suite de prélèvements sanguins ou des tests effectués», explique Yves Quintal, président de Quintal & Associés, une firme de consultants en ressources humaines spécialisée dans l'industrie des sciences de la santé. Une fois compilée, toute cette information sert à donner des indications quant aux améliorations à apporter aux médicaments, par exemple.
Pour être biostatisticien, il faut impérativement posséder une formation en statistique, que ce soit un baccalauréat ou une maîtrise. Dans la majorité des cas, les biostatisticiens ont aussi une formation scientifique. À noter : un programme pluridisciplinaire en biostatistique au niveau maîtrise est offert à l'Université d'Ottawa.
Pour en savoir davantage sur les programmes menant à un emploi dans l'industrie pharmaceutique, consultez le site www.inforoutefpt.org.
Des postes à pourvoir
Selon la plus récente enquête sur les besoins de main-d'oeuvre dans l'industrie des produits pharmaceutiques et biotechnologiques du Québec (Pharmabio Développement, 2004), quelque 2 548 embauches devront être réalisées au cours des deux prochaines années dans l'ensemble de l'industrie. Ainsi, dans les entreprises pharmaceutiques qui font de la production de médicaments, les opérateurs de procédés de fabrication pharmaceutique, les analystes de contrôle qualité, les biologistes, les biochimistes et les spécialistes en validation comptent parmi les postes qui seront le plus demandés.
Quant au personnel administratif - en marketing, en finance, en vente ou en informatique -, les représentants seront toujours très recherchés, tout comme les autres professionnels (agents de brevets, acheteurs, spécialistes des affaires réglementaires) : 168 emplois devront être pourvus dans ces secteurs au cours des deux prochaines années. En ce qui concerne la recherche clinique, les entreprises pharmaceutiques devraient recruter environ 147 personnes, plus particulièrement des associés en recherche clinique, mais aussi des médecins et des infirmières.
Pour former des spécialistes aptes à travailler dans cette industrie, on voit naître plusieurs nouvelles formations, particulièrement aux niveaux technique et professionnel. Ainsi, la formation continue du Collège Gérald-Godin proposera pour la première fois cet automne deux nouvelles attestations d'études collégiales (AEC) : Perfectionnement de production pharmaceutique et Conduite de la validation pharmaceutique. Enfin, le programme d'études collégiales (DEC) en techniques de laboratoire a récemment été scindé en deux, soit Techniques de laboratoire (chimie analytique) et Techniques de laboratoire (biotechnologies), afin de former des techniciens en laboratoire
plus spécialisés.

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