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[Mode de vie]
Tirages, concours, jeux et autres sweepstakes
J'cours les concours...
par Steve Proulx
Oubliez les mots croisés, la peinture à numéros ou le macramé. Plusieurs tuent les heures en participant de façon intensive à tous les concours imaginables. Certains en font même une occupation à plein temps! Le concourisme, un loisir qui peut devenir payant...
Qui n'a jamais entendu l'histoire de Germaine Lauzon, cette gagnante de un million de timbres-primes qui lui auraient permis d'acquérir mille et un cadeaux si une poignée de parentes et de voisines ne l'en avaient dépossédée par jalousie malsaine. Le drame se déroulait sur les planches du Théâtre du Rideau Vert, en 1968, dans une pièce imaginée par le dramaturge Michel Tremblay : Les Belles-soeurs...
La fièvre des concours ne date pas d'hier. Et elle n'est pas près de s'éteindre! Il y a longtemps que des accros investissent de nombreuses heures à remplir des piles de bulletins de participation dans l'espoir de remporter un quelconque prix. Certains sont même devenus de véritables professionnels de la chose. Et avec la pléthore de concours offerts dans Internet, l'activité connaît un essor sans précédent.
L'infirmière montréalaise Sylvie Laforest, 53 ans, participe à divers concours depuis une vingtaine d'années. C'est par un drôle de hasard qu'elle a attrapé la maladie. À l'époque, lorsqu'elle faisait son épicerie, elle laissait sa fille ramasser les bulletins de participation collés sur les tablettes du supermarché. Une stratégie qui servait à occuper l'enfant, plutôt agitée lors de cette corvée! «Mais mine de rien, j'ai commencé à participer... et les cadeaux se sont mis à arriver.»
Elle en a reçu beaucoup... «J'ai déjà gagné un four à micro-ondes, 2 000 $ en produits alimentaires, un tournevis, des produits pour le bain, une chaîne stéréo, des paniers de produits de beauté. Il y a deux ans, j'ai aussi gagné un voyage à Paris», dit Sylvie Laforest. Au moment de notre appel, la chanceuse venait de remporter rien de moins qu'un plancher de bois franc! «Je ne sais pas pourquoi j'ai participé, j'habite dans un appartement!»
Bien que les concours préférés de l'infirmière soient ceux auxquels on participe par la poste, elle se laisse séduire depuis quelques années par ceux tenus dans Internet. «Je travaille le soir. Quand je reviens chez moi à minuit, je n'ai pas sommeil. J'ouvre la télévision et l'ordinateur et je participe à des concours en regardant mes émissions», ajoute-t-elle. C'est ce qu'on appelle de la convergence!
Depuis qu'elle est en congé de maladie, Louise Naud, 42 ans, court les concours dans Internet pour se distraire. En deux ans, la chance lui a souri plus d'une fois. En plus de nombreux prix de moindre valeur, elle a gagné une batterie de cuisine, un parasol, 100 $ de produits de soins dentaires et 100 $ en bons d'achat offerts par une station de radio. Elle consacre en moyenne huit heures par semaine à son passe-temps. «Les prix que je gagne m'encouragent beaucoup à continuer», confie-t-elle.
Danielle Coursol, 35 ans, qui habite dans les Laurentides, consacre pour sa part environ cinq heures par semaine au concourisme dans Internet. Le hasard ne faisant pas que des heureux, elle a fait moins de gains que ses congénères. «Je n'ai jamais gagné de gros prix, explique-t-elle. On dirait que la chance n'est pas de mon côté! Mais l'an dernier, j'ai tout de même reçu des prix totalisant environ 1 000 $ : des CD, une belle boule de Noël, etc.»
Sites pour accros
Le Web est sans contredit le média chéri des amateurs de concours. Il est facile d'y dénicher des listes de concours en ligne. Y participer est un jeu d'enfant grâce aux fonctions de remplissage automatique des fureteurs Internet.
En 2002, le webmestre Sacha Sylvain s'est employé à créer un répertoire des concours ouverts au public québécois : ConcoursWeb. «Je constatais qu'il n'y avait pas vraiment de sites offrant des hyperliens vers les concours dans Internet», dit-il. Aujourd'hui, ConcoursWeb.com dirige les internautes vers quelque 250 concours différents. Un riche éventail qui offre la possibilité aux participants de gagner toutes sortes de cadeaux : des voyages, des voitures, des aspirateurs, de la vaisselle...
Grâce à son site, M. Sylvain a su rallier toute une communauté de concouristes.«ConcoursWeb.com reçoit environ 50 000 visites par mois et ça augmente toujours», soutient celui qui consacre une quarantaine d'heures par semaine à garder son site à jour. Les internautes l'alimentent parfois en lui soumettant certains concours qu'il n'a pas répertoriés.
Si une entreprise organise un concours, c'est d'abord et avant tout pour promouvoir un nouveau produit, ou encore dans l'objectif d'effectuer une étude de marché.
Un autre site québécois, Club-Concours, est l'initiative d'un grand amateur de ce loisir hors du commun. Le site inventorie plus de 300 concours. Mais contrairement à ConcoursWeb.com, il ne se limite pas uniquement aux jeux auxquels il est possible de participer directement dans le Web. En effet, les coupons de participation publiés dans les quotidiens ou les magazines sont numérisés et affichés dans le site, avec la provenance bien indiquée. Idéal pour ceux qui ne veulent pas se casser la tête...
La Centrale des jeux-concours publicitaires, un site Internet français, propose pour sa part un guide du concouriste, où les amateurs sont invités à découvrir leur «style». C'est que participer à des concours est un art, et certains perfectionnent des techniques qui leur sont propres!
Ainsi, une catégorie de concouristes participera à tous les concours, sans discrimination. Ils courront par le fait même la chance de gagner de nombreux prix, petits et gros, à condition d'y investir le temps nécessaire, au moins une dizaine d'heures par semaine.
D'autres sélectionneront les concours en fonction de la qualité des cadeaux. Par exemple, un concouriste pourrait s'inscrire strictement aux concours permettant de gagner une voiture ou un voyage. Cette stratégie gobe moins de temps, mais demande plus de persévérance, car de longs mois peuvent s'écouler avant qu'un prix ne soit gagné. «Je choisis les concours qui m'intéressent, dit Danielle Coursol. Je ne participe jamais à ceux dont l'enjeu est un voyage parce que je ne pourrais pas y aller de toute façon.»
Quelques-uns feront jouer en leur faveur la loi des probabilités en ne participant qu'aux concours qui proposent plusieurs prix (un gros lot et des prix secondaires) alors que d'autres jetteront leur dévolu sur les concours les plus difficiles (ceux offerts par la poste ou qui requièrent un code CUP [code inscrit sur le produit], preuve qu'on a acheté l'article). «C'est plus long et plus difficile, mais ce sont mes concours préférés parce qu'il y a moins de participants, dit Sylvie Laforest. Quand on me demande un code CUP, j'écris les produits demandés sur une liste et je vais acheter ceux dont j'ai besoin.»
Plus de chances de gagner!
La Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec (RACJQ) a répertorié 5 369 concours publicitaires l'an dernier. Ce n'est qu'une portion de tous les concours organisés puisque ceux offrant des prix d'une valeur inférieure à 100 $ (livres, DVD, billets de cinéma ou de spectacle) n'ont pas à être déclarés à la RACJQ. C'est donc dire que les concours pullulent, et que les chances de gagner sont relativement élevées.
«Avec les loteries, vous avez peut-être 1 chance sur 14 millions de gagner le gros lot, explique Sacha Sylvain. En comparaison, les concours publicitaires les plus courus reçoivent environ 500 000 bulletins de participation. Et si vous participez au même concours tous les jours pendant un mois, vous avez 30 chances sur 500 000 de gagner, donc autour de 1 chance sur 17 000.»
Lydie Welsh, coordonnatrice marketing à la promotion chez TVA Publications, organise une quarantaine de concours chaque année pour les magazines Filles d'aujourd'hui et Cool. Selon elle, le taux de participation varie énormément d'un concours à l'autre. «Tout dépend du prix. Il y a des concours qui fonctionnent tellement qu'on n'en sort plus! J'ai eu parfois 18 000 participations, d'autres fois 3 000.»
Elle constate toutefois que certains «professionnels» participent systématiquement à tous les tirages imaginables! «On ne regarde pas tous les bulletins, mais ça saute aux yeux, car certains utilisent toujours le même genre d'enveloppe. Mais sur 3 000 participants, par exemple, il y en a peut-être une dizaine ou une vingtaine comme ça.»
Et la pub dans tout ça?
Qu'en est-il de l'objectif initial de tous ces concours? La promotion d'un produit ou d'un service? Parce que si une entreprise organise un concours, c'est d'abord et avant tout pour promouvoir un nouveau produit, ou encore dans l'objectif d'effectuer une étude de marché (il faut souvent répondre à un court sondage sur nos habitudes d'achat pour participer à un concours). Pourtant, il est illégal pour une entreprise d'organiser un concours publicitaire comme moyen direct de vendre des produits (d'où la mention classique «aucun achat requis»). Selon le porte-parole de la RACJQ, Réjean Thériault, «il faut qu'il y ait une possibilité de participer sans payer. Un concours publicitaire sert à faire de la publicité ou à améliorer l'image d'une entreprise.»
On peut se questionner sur l'efficacité de cette stratégie publicitaire. En effet, les amateurs de concours prendront rarement la peine de s'informer sur le produit de l'entreprise. Souvent, ils se contenteront de remplir le bulletin de participation et passeront leur chemin. Lydie Welsh soutient toutefois que les concours complètent la publicité. «Je pensais que les gens participaient seulement pour le prix, mais quand j'appelle les gagnants, ils se souviennent souvent de la marque du produit annoncé! C'est étonnant.»
Stratégie marketing efficace ou pas, les concours font de nouveaux heureux chaque jour... Si vous avez quelques minutes à perdre, tentez votre chance!

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